« On ne connaît
pas exactement le nombre d’enfants détenus
par les forces de la coalition en Irak, mais l’enquête
menée à terme par le Sunday Herald suggère
qu’il y en a plus de 170 dans des prisons comme
Abu Ghraib et Um Qasr. On ne connaît ni leur nombre
ni leur lieu d’incarcération, combien de
temps ils vont-y rester et ce qu’ils ont subi
durant leur détention. Selon les témoignages
récoltés par ce média, il y a parmi
les enfants mineurs détenus, certains qui ont
10 ans et qui sont soumis à des viols et à
des tortures. »
Kasim Mehaddi Hilas
affirme qu’au début du mois d’octobre
[2004], il fut témoin du viol d’un garçon
âgé d’environ 15 ans, incarcéré
dans la prison d’Abu Ghraib en Irak. « Le
garçon était gravement blessé,
et toutes les portes étaient recouvertes de draps
», déclara-t-il aux enquêteurs s’informent
sur les abus faits aux prisonniers d’Abu Ghraib.
« Lorsque j’ai entendu des cris, je me suis
hissé au-dessus de la porte et j’ai vu
[le nom du soldat est effacé] qui portait un
uniforme militaire ». Hilas, qui était
aussi menacé d’abus sexuels à Abu
Ghraib, décrit ensuite avec des détails
effrayants la façon dont les soldats violèrent
l’enfant »[1].
Dans la déclaration
d’un autre témoin récoltée
par le Sunday Herald, l’ex-prisonnier Thaar Salman
Dawood affirme :
« J’ai
vu 2 garçons dénudés, face à
face, que l’on [un soldat E.U.] frappait pendant
qu’un groupe de gardiens regardait et prenait
des photos ; trois femmes soldats riaient des prisonniers.
Deux des prisonniers étaient jeunes ».
Un chiffre méconnu
On ne connaît
pas exactement le nombre d’enfants détenus
par les forces de la coalition en Irak, mais l’enquête
menée à terme par le Sunday Herald suggère
qu’il y en a plus de 170. On ne connaît
ni leur nombre ni leur lieu d’incarcération,
combien de temps ils vont-y rester et ce qu’ils
ont subi durant leur détention [2].
La preuve des arrestations
et des incarcérations généralisées
d’enfants en Irak organisées par les armées
E.U. et Britanniques, apparaît dans un rapport
interne élaboré en juin par l’UNICEF.
Étonnamment ce rapport n’a pas été
rendu public. Dans un des principaux chapitres sur la
protection des enfants, intitulé, enfants en
conflit avec la loi et les forces de la coalition, il
est mentionné :
« En juillet
et août 2003 plusieurs réunions furent
organisées avec l’Autorité Provisoire
de la Coalition [...] et le ministère de la justice
pour travailler des questions des jeunes et de la situation
des enfants détenus par les forces de la coalition.
[...] Par l’intermédiaire de différents
canaux, l’UNICEF travaille pour obtenir des informations
plus précises sur les conditions de détention
et d’incarcération des enfants et de s’assurer
si leurs droits sont respectés ».
Il est indiqué
dans un autre chapitre :
L’information
référent au nombre, l’âge,
le sexe et les conditions d’incarcération
est limitée. Il est mentionné qu’à
Bassorah et Karbala les enfants arrêtés
pour des supposées activités à
l’encontre des forces d’occupation, sont
automatiquement transférés dans un centre
d’internement de Um Qasr [au sud de Bassorah].
La classification « d’internes » de
ces enfants est préoccupante, elle implique une
détention illimitée sans aucun contact
avec la famille, sans expectative de jugement et d’un
procès approprié ».
Le rapport affirme
aussi que « un centre de détention pour
enfants a été établi à Bagdad,
à l’intérieur duquel, selon le Comité
International de la Croix Rouge (CICR) il y a un grand
nombre d’enfants en détention. UNICEF informe
que les forces de la coalition planifient le transfert
dans ce centre de détention « spécialisé
» tous les enfants qui se trouvent dans des centres
avec les adultes. En juillet 2003 l’UNICEF a sollicité
une visite de ce centre, mais l’accès lui
a été refusé. Depuis le mois de
décembre dernier les mauvaises conditions de
sécurité dans la zone où se situe
ce centre de détention ont empêché
la visite d’observateurs indépendants tel
que le CICR ». Il continue :
« Les détentions
injustes d’hommes irakiens, y compris des jeunes,
suspectés d’actions contre les forces d’occupation,
se sont transformées en frustration croissante
pour les jeunes irakiens, devenant ainsi une des principales
causes d’une radicalisation potentielle de ce
groupe de population ».
En service à
Abu Ghraib
Les détentions
et les abus d’enfants en Irak ont aussi été
étudiés par des journalistes allemands.
Un journaliste, Thomas Reutter dans le programme de
télévision Report Mainz, s’est entretenu
avec un sergent Samuel Provance arrivant au terme de
6 mois de service à Abu Ghraib, il lui avait
été interdit de parler, mais il raconta
tout de même comment fut arrêté un
garçon de 16 ans. « Il étai terriblement
effrayé, dit Provance. Je n’avais jamais
vu des bras aussi maigres. Son corps entier tremblait.
Ses poignets étaient tellement maigres qu’ils
ne pouvaient même pas lui mettre les menottes.
J’ai ressenti de la peine pour lui dès
qu’ils l’ont emmené pour l’interroger.
Les spécialistes des interrogatoires l’ont
arrosé d’eau et l’ont embarqué
dans une voiture. Puis ils ont roulé toute la
nuit, et à cette époque il faisait très
froid. Ensuite ils l’ont badigeonné de
boue et l’ont présenté ainsi à
son père qui lui aussi était détenu.
Les autres méthodes interrogatoires appliquées
sur lui avaient été vaines. Le spécialiste
m’a dit qu’après avoir vu son fils
dans cet état le père était détruit.
Il se mit à pleurer et à promettre de
dire tout ce qu’ils voulaient savoir ».
Pendant qu’il
montait un documentaire, un journaliste de la télévision
irakienne, Suhaib Badr-Addim Al-Baz, put voir la section
des enfants à Abu Ghraib quand il fut arrêté
par l’armée E.U. Il y est resté
74 jours : « J’ai vu là-bas un camp
pour les enfants. Des garçons qui n’étaient
même pas en âge de puberté. Dans
ce camps il y en avait une centaine d’entre eux
en sécurité ». Al-Baz affirme qu’il
a entendu pleurer une fillette de 12 ans. Son frère
était également détenu dans cette
prison. Un gardien de nuit s’est rendu dans sa
cellule. « Ils la frappaient. Je l’ai entendu
crier : « ils m’ont dénudé.
Ils m’ont arrosé avec de l’eau ».
Il dit qu’il entendait ses cris et ses gémissements
ce qui provoquait les pleurs d’autres enfants
prisonniers lorsqu’ils l’entendaient crier
tous les jours. Al-Baz racontait aussi qu’ils
arrosaient plusieurs fois avec un tuyau d’eau
un garçon de 15 ans jusqu’à ce qu’il
s’effondre. C’est alors que les gardiens
amenaient le père du garçon avec une cagoule
sur la tête. Le garçon s’effondrait
alors de nouveau.
Bien que la majorité
des enfants soit détenus sous la surveillance
états-unienne, le Sunday Herald a pu établir
que quelques-uns le sont sous le contrôle de l’armée
britannique. Les soldats britanniques détiennent
les enfants dans des villes comme Bassorah, qui sont
sous contrôle britannique, ensuite ils transfèrent
les plus jeunes aux états-uniens, qui les interrogeront
et les garderont.
Jusqu’à
107, selon la Croix Rouge
Entre janvier et mai
de cette année, la Croix Rouge a enregistré
après 19 visites dans 6 prisons de la coalition,
un total de 107 enfants mineurs détenus. Rana
Sidani, appartenant à cette organisation, affirme
qu’ils n’ont pas d’information complète
ni sur les âges de ces enfants qui sont détenus,
ni sur la façon dont ils sont traités.
La détérioration de la sécurité
a empêché la Croix rouge de pouvoir visiter
tous les centres de détention.
Amnesty International
(AI) s’est indigné qu’il y ait des
enfants en détention. Elle est consciente des
« nombreuses violations des droits humains sur
les enfants mineurs irakiens, comprenant les détentions,
la torture, la maltraitance, et les assassinats ».
A.I s’est entretenue avec d’anciens détenus
libérés qui confirment avoir vu à
Abu Ghraib des enfants de 10 ans. Les dirigeants de
l’organisation ont lancé un appel aux gouvernements
de la coalition pour qu’ils fournissent l’information
concrète au sujet des âges des enfants,
le nombre de détenus, les motifs, le lieu où
ils se trouvent et les circonstances pour lesquelles
ils ont été détenus. Ils veulent
également savoir si les enfants ont été
torturés.
Alistair Hodgett, directeur
de presse de A.I aux Etats-Unis, affirme que la coalition
doit être « transparente » en respect
à sa politique de détention d’enfants,
il ajoute : « Le secret caché est une chose
qui déclenche des alarmes ». Une brève
autorisation fut concédé à Amnesty
pour qu’elle visite une prison de Mossoul, mais
les permis de visites pour d’autres prisons leurs
ont été refusé. Il signale que
même des pays « [...] qui n’ont pas
de bons antécédents », comme la
Libye, autorisent Amnesty à visiter les prisons.
« La seule conséquence de ces refus est
que cela alimente les rumeurs », insiste Hodgett,
qui ajoute qu’après le transfert de pouvoirs
les armées Britanniques et états-uniennes
ne devraient détenir aucun irakien, et encore
moins des enfants. « Lorsque la coalition a livré
Sadam [Hussein] elle aurait du livrer également
[aux nouvelles autorités irakiennes provisoires]
les autres 3000 détenus » [3].
Le ministre de la Défense
britannique a confirmé que l’armée
du Royaume-Uni a transféré des prisonniers
à celle des Etats-Unis. Il a également
reconnu qu’il y a actuellement des prisonniers
de moins de 18 ans à la prison de Shaibah, près
de Um Qasr. Depuis le début de l’invasion,
les Britanniques ont détenus puis libérés
65 enfants de moins de 18 ans. Il se défend,
le CICR avait accès aux prisons Britanniques
et aux listes des prisonniers.
Mineurs de 14 ans
Plusieurs hauts fonctionnaires
du Pentagone et du Centcom ont déclaré
au Sunday Herald que l’armée des E.U tenait
en captivité des mineurs de 14 ans. « Nous
avons des mineurs en captivité », cette
source déclare : « ils ont été
emprisonné parce que l’on considère
qu’ils peuvent être une menace ou parce
qu’ils ont commis des actes contre la coalition
et les irakiens ».
Le Pentagone déclare
avoir « [...] une soixantaine d’enfants
mineurs en détention qui ont entre 16 et 17 ans
», il est à signaler, que lorsque la Croix
Rouge à dévoilé des chiffres supérieurs,
la source a admit que « [...] ces chiffres ont
pu augmenter ; il est possible que nous ayons détenus
plus de garçons ». Les fonctionnaires n’ont
fait aucun commentaire sur des mineurs de 16 ans incarcérés,
et signalent : « C’est véritablement
difficile de déterminer leur âge. Car à
l’inverse du Royaume-Uni et des Etats-Unis ; il
n’ont aucune pièce d’identité
ni de certificat de naissance ». Cependant, le
Sunday Herald a été informé qu’au
moins 5 enfants de 16 ans sont emprisonnés à
Abu Grhaib et Camp Bucca [à Um Qasr]. Une source
bien placée au Pentagone affirme : « nous
avons enquêté sur les accusations de violation
et d’abus sur les enfants, et nous n’avons
rien vu de cela ».
La politique officielle
du Pentagone est de séparer les enfants mineurs
en détention du reste des prisonniers et de leur
permettre d’avoir des contacts avec les membres
de leurs familles qui pour certains sont également
prisonniers. « Notre principale préoccupation,
est d’éviter que les autres prisonniers
n’abusent d’eux et ne les harcèlent.
Nous savons qu’ils nécessitent un traitement
spécial », affirme un fonctionnaire. Les
sources du Pentagone déclarent ignorer la durée
d’incarcération de ces enfants, mais ils
affirment que leurs cas sont révisés tous
les 90 jours. La dernière révision a été
faite au début de ce mois. Ces sources-là
ont confirmé que les enfants ont été
interrogé, mais ils n’ont pu établir
si « [...] les interrogations se sont déroulées
comme celles des adultes ».
Le gouvernement Norvégien,
qui appartient à la « Coalition de la Bonne
Volonté » [4], a déjà déclaré
qu’il va dire aux États-uniens que l’hypothèse
de la torture des enfants est intolérable. Odd
Jostein Saeter, secrétaire parlementaire du bureau
du premier ministre norvégien affirme :
« Ces agressions
sont intolérables. Elles sont contraires au droit
international et sont également inacceptables
du point de vue moral. C’est la raison pour laquelle
nous réagissons avec fermeté. [...] nous
nous occupons directement et sévèrement
de cette affaire, et nous réclamons des réponses
concrètes. Cela terni la lutte pour la démocratie
et les droits humains en Irak ».
Au Danemark, qui fait
partie de la coalition, l’association «
Save the Children » (Sauver les enfants) a lancé
un appel à son gouvernement pour qu’il
exige des forces d’occupation, la libération
immédiate des enfants prisonniers. Neals Hurdal,
directeur de la section danoise de Save the Children,
affirme qu’il y avait depuis le mois de mars les
rumeurs que des enfants sous surveillance à Bassorah
étaient maltraités.
L’UNICEF est
« profondément inquiète »
à cause des informations sur les enfants ayant
subis des abus de la part des forces de coalition. Alexander
Yuster, conseillère supérieure de l’UNICEF
sur la détention des enfants mineurs, affirme
que selon le droit international la détention
d’enfants doit être le dernier recours et
seulement dans ce cas et pour le moins de temps possible.
Ils doivent avoir accès à des avocats,
à leurs familles, être maintenus en condition
de sécurité, de salubrité, éduqués,
bien alimentés et ne doivent être soumis
à aucune forme de punition psychologique ou physique.
UNICEF tente désespérément d’obtenir
plus d’informations sur le sort des enfants qui
sont actuellement incarcérés dans les
prisons de la coalition.
Esteban Garcia
Traduction pour IraqSolidaridad
par Beatriz Morales 18/08/2005
http://www.nodo50.org/iraq/2004-2005/docs/represion_18-08-05.html
Notes d’IraqSolidaridad.
1.Les photos des tortures
sur les enfants et les femmes à Abu Ghraib n’ont
pas été diffusées, bien que l’on
connaisse leur existence.
2.Les renseignements
concrets, sur la détention des enfants mineurs
ont été fournis à la délégation
de la CEOSI qui a visité l’Irak en avril
dernier, par une avocate membre de l’association
des avocats en Irak.
3.Le 26 juillet dernier,
le porte parole du Pentagone Larry Di Rita a informé
que les forces d’occupation E.U maintenaient pour
l’heure et sous leur surveillance 17000 prisonniers
irakiens. Dans ce chiffre il n’est pas inclus
les 4000 autres prisonniers détenus par les forces
de sécurité irakiennes. « Nous détenons
un grand nombre d’individus sur qui nous enquêtons,
accusés d’être des criminels ou des
insurgés potentiels desquels nous pouvons obtenir
des informations supplémentaires [sur la résistance],
indiqua Di Rita. Ce chiffre suppose une nouvelle augmentation
par rapport au dernier chiffre du Pentagone en mars
: 10500 .
4.Coalition of the
Willing, c’est le nom donné aux pays des
forces d’occupation en Irak.
De : Esteban Garcia
dimanche 21 août 2005
IraqSolidaridad (www.nodo50.org/iraq), 18 de
agosto, 2005 |