L'affaire
des caricatures danoises du Prophète Muhammad
Pétition:
En défense des Lumières.
La publication d'une
série de caricatures du Prophète Mohammed
dans un certain nombre de journaux occidentaux a causé
la colère des Musulmans du monde entier. Les réponses
apportées jusqu'ici, se sont exprimées en
grande partie, par des manifestations et des drapeaux
brûlés, par des condamnations de la part
des représentants de gouvernements et l'appel au
boycott de produits, et par les attaques de plusieurs
ambassades Européennes aux Moyen Orient. Quelques
mois après la diffusion des rapports sur la destruction
de Coran par des troupes américaines dans la prison
de Guantanamo, bien qu'elle soit reniés à
la suite, ces caricatures ont renforcé chez de
nombreux Musulmans la perception qu'ils sont non seulement
exploités économiquement par les puissances
hégémoniques occidentales, mais qu'ils sont
également insultés au niveau culturel.
Cette controverse survient
dans un contexte où les armés de plusieurs
pays occidentaux ont été déployées
en Afghanistan et en Iraq; qu'Israël poursuit son
occupation des territoires palestiniens, que l'Occident
a menacé de couper son aide financière à
l'Autorité Palestinienne suite à la victoire
aux élections parlementaires du Mouvement de Résistance
Islamique, le Hamas, et que l'Iran demeure en tension
pour son programme nucléaire. En Occident, de nombreux
Musulmans et d'autres communautés minoritaires
souffrent depuis longtemps de l'érosion de la diversité
culturelle qui se traduit par un préjudice croissant.
Dans un monde si fortement polarisé, la poursuite
de l'escalade de ce nouveau conflit pourrait avoir des
conséquences désastreuses.
La publication de ces
caricatures a été défendue par certains
en Occident au motif de la liberté d’expression.
Cependant, la liberté d’expression peut développer
la compréhension seulement si elle est exercée
avec une rigueur intellectuelle, une responsabilité
sociale et une intégrité morale. Présenter
le Prophète Mohammed comme un symbole du terrorisme,
comme cela a été fait dans l'une des caricatures,
n'est pas différent d'une présentation du
prophète Moise comme un symbole des actions des
Israéliens d'extrême droite à l'égard
des Palestiniens, association qui serait à juste
titre condamnée comme étant antisémite
et interdite par les lois de nombreux pays européens.
Les Musulmans n'ont jamais blâmé Jésus-Christ
pour les nombreuses atrocités qui ont été
commises dans le monde entier au nom du Christianisme.
Le réductionnisme populiste qui se trouve derrière
la publication des caricatures est enraciné dans
la tradition de l'anti-Sémitisme Européen
qui a commencé par la démonisation des Juifs,
de leur foi et de leur culture et qui s'est terminée
par la tentative de leur extermination.
Nous appelons à
une présentation sérieuse du Prophète
de l'Islam par l'Occident serait en conformité
avec ce qu'il y a de mieux dans la tradition intellectuelle
de l'Occident. Beaucoup de gens dans le monde Musulman
ont été impressionnés et inspirés
par l'engagement aux faits et l'analyse rationnelle qui
ont été démontrée dans la
pensée occidentale depuis le siècle des
Lumières. Des écrits sur l'Islam par des
auteurs tels que les défunts Maxime Rodinson et
Montgomery Watt , biographes Français et Britannique
du Prophète Mohammed- sont considérés
par de nombreux Musulmans et non Musulmans comme des modèles
d'érudition. Au moment où l'humanité
a besoin de connaissance pour garantir une coexistence
pacifique, la propagation de ces caricatures, a renforcé
l'ignorance et le racisme envers les Musulmans et a incité
la violence contre les citoyens européens et leurs
intérêts dans plusieurs pays arabes et musulmans.
Pour défendre les droits de tous ceux qui ont été
touchés, nous appelons les autorités de
tous les pays concernés à juger les responsables,
qu'ils aient abusé de la liberté d'expression
ou qu'ils aient commis des actions violentes au lieu de
chercher recours auprès de la Justice.
Initiators
Hossein Shahidi, Assistant
Professor of Communication, American University of Beirut
Sari Hanafi, (hanafi@p-ol.com)
Visiting Associate Professors of Sociology, American University
of Beirut First Signatures
Hassan Hanafi, Prof.
of Philosopher, University of Cairo
Nabil Dajani, Professor
of Communication, American University of Beirut
Armando Salva tore, Research
fellow in Sociology at Humboldt University, Berlin
Ray Jureidini, Associate
Prof. of Sociology, American University in Cairo
Lisa Taraki, Prof. of
Sociologist, Birzeit University Georges Giacaman, Prof.
of Philosopher, Birzeit University
Omar Nashabe, Assistant
Prof. of sociology, American University of Science and
Technology
Baudoin Dupret, CNRS/IFPO,
Damascus Benois Challand, Senior researcher, European
University Institute, Italy
Lena Jayyuisi, Prof.
of Communication, American University of Sharqa
Michael Warschawski,
Human rights activist, Jerusalem, Israel
Joss Dray, Photographer,
France Micheline Garreau, Human rights activist, France.
Françoise Clément,
Associated Researcher, CEDEJ, Cairo, Egypt
Merci de signer (hanafi@p-ol.com)-
et diffuser à vos connaissances
Françoise Clément
AUX
MUSULMANS DU MONDE ENTIER
Par
Carsten Juste Rédacteur en chef de Jyllands Posten
jeudi 9 février 2006
Citoyens musulmans, Permettez-moi,
tout d’abord, d’affirmer que notre journal,
Jyllands Posten, croit en la liberté d’appartenance
religieuse et la valorise, soutient la démocratie
et respecte tout individu. Nous nous excusons pour le
grand malentendu généré par la publication
des caricatures qui ont présenté le Prophète
Mohamed (QSSSL) et nourri des sentiments belliqueux à
l’égard du Danemark ainsi que des appels
au boycott des produits danois. Et là, permettez-moi
d’apporter certaines clarifications dans l’espoir
de dissiper le malentendu. Jyllands Posten a publié
le 30 septembre 2005 12 caricatures du Prophète
Mohamed (QSSSL) dessinées par 12 caricaturistes
danois. Il est d’une importance capitale de préciser
que ces caricatures ne visaient nullement à porter
atteinte à la personne du Prophète (QSSSL)
ni à diminuer de sa valeur, mais elles étaient
proposées comme préambule à un dialogue
sur la liberté d’expression dont nous sommes
fiers dans notre pays. Cependant, nous n’avons,
à aucun moment, réalisé l’extrême
sensibilité des musulmans vivant au Danemark et
celle des millions de musulmans à travers le monde
face à cette question. La publication de ces caricatures
ne transgresse aucune loi danoise relative à la
liberté de la presse et celle d’expression.
Cependant, ces caricatures
ont manifestement porté atteinte à des millions
de musulmans à travers le monde et c’est
pour cette raison que nous présentons aujourd’hui
nos excuses et nos profonds regrets pour ce qui vient
de se produire et qui n’était nullement dans
l’intention du journal, lequel a été
lauréat du Prix d’excellence de la Commission
européenne à la suite de la publication
d’une série d’articles dans son supplément
spécial consacré à la cohabitation
pacifique, au respect mutuel entre Danois et toutes les
autres minorités vivant au Danemark. Beaucoup de
sujets abordés dans ce supplément étaient
consacrés, de façon positive, à l’Islam
et aux musulmans. Ce qui s’est produit après,
en fait, c’est la publication et la diffusion dans
le monde musulman de caricatures intentionnellement blasphématoires
contre l’Islam et son Prophète Mohamed (QSSSL).
Ces caricatures n’ont aucun rapport avec notre journal
ni avec nous, et nous en sommes innocents, car elles n’ont
jamais été publiées dans les pages
du Jyllands Posten. Nous avons toujours veillé
et insisté sur l’éthique basée
sur le respect des principes. C’est pour cette raison
que nous exprimons notre profond regret pour l’amalgame
entretenu entre nous et ces caricatures tendancieuses.
Concernant les 12 caricatures
publiées par notre journal, certaines s’expliquent
par un malentendu dû à des différences
culturelles et nous ne préférons pas une
culture par rapport à une autre. Ces caricatures
ont donc été présentées comme
une campagne féroce que nous aurions engagée
contre les musulmans au Danemark et à travers le
monde. Nous rejetons cette approche et la condamnons,
car nous croyons en la liberté de toutes les religions
et sacralisons la liberté des individus dans l’exercice
de leurs cultes religieux. Nous n’avons jamais pensé
et nous ne pensons jamais porter atteinte ou agresser
une quelconque religion. Nous regrettons le fait d’avoir
été mal compris et affirmons que l’objectif
n’a jamais été d’attenter à
quiconque.
Et dans une tentative
sincère, de notre part, de dissiper ce malentendu,
nous avons tenu une série de réunions avec
les représentants de la communauté musulmane
au Danemark. Ces rencontres ont été positives
et le dialogue fructueux. Nous visons, et par tout moyen,
à consolider les liens avec les musulmans du Danemark.
Notre espérons,
au sein de notre journal, que se réalise la cohabitation
pacifique entre les peuples et que règne l’esprit
de dialogue avec les musulmans danois. Enfin, permettez-moi,
au nom du journal Jyllands Posten, de présenter
mes excuses pour tout ce qui s’est produit et d’affirmer
ma totale désapprobation de tout acte visant à
porter atteinte à toute religion, toute nationalité
et à tout peuple. J’espère qu’ainsi
j’aurais dissipé le malentendu. Que Dieu
vous aide !
Meilleurs sentiments
Carsten Juste
Rédacteur en chef de Jyllands
Posten
Liberté
d’expression ou liberté de l’insulte
et de la provocation ?
par Mostafa Brahami
La publication résolument
provocatrice des caricatures associant la figure du Prophète
Muhammad (et non point Mahomet!) à la violence
et au terrorisme a soulevé et soulève encore
les populations musulmanes à travers le monde.
À cette réprobation de 1,4 milliard d'êtres
humains, certains répondent que la liberté
d'expression est sacrée et constitue un des fondements
de la culture occidentale contemporaine. Cette réponse
appelle plusieurs remarques :
– Il y a une différence
entre liberté d'expression et l'insulte et la diffamation.
Cet amalgame volontairement entretenu entre les deux notions
doit être dénoncé. La liberté
d'expression ne donne pas droit à la liberté
de l'insulte et de la provocation. Je ne pourrai penser
que la culture occidentale puisse ériger l'insulte
et la diffamation comme valeurs culturelles suprêmes
à défendre, comme sembleraient nous le faire
comprendre certaines personnalités culturelles
et politiques !
– La liberté
d'expression, faut-il le rappeler, n'est pas totale et
sans limite. Il existe en effet des lois qui limitent
son usage et qui punissent (à juste titre d'ailleurs)
les propos xénophobes, racistes, antisémites,
nazis… Oserait-on, sous couvert de liberté
d'expression, appeler à la haine contre des peuples,
des cultures ?
– La liberté
d'expression ne saurait être sélective. Les
journaux qui ont publié ces caricatures oseraient-ils
publier d'autres qui dénigreraient la tuerie des
Juifs en Europe durant la Seconde Guerre ou qui en limiteraient
la gravité ? Et pourtant des livres ont été
interdits, des universitaires ont été licenciés
pour le seul tord de vouloir débattre historiquement
et scientifiquement de certains aspects de la Seconde
Guerre. Alors liberté pour certains et censure
pour d'autres ?
Il n'y a pas plus irresponsable
et dangereux que d'entretenir le sentiment d'injustice
envers des peuples et des cultures différentes,
notamment par l'utilisation de deux poids, deux mesures,
comme nous le vivons actuellement sur beaucoup de problèmes
internationaux.
Quant à la colère
des Musulmans, elle est non seulement compréhensible,
mais légitime et normale. Protéger la personne
du Prophète et ses valeurs procède de l'obligation
religieuse.
Offenser publiquement
la valeur la plus sacrée après Dieu ne peut
qu'engendrer ces réactions de colère. Pour
les Musulmans, l'offense est la même, qu'elle ait
visé le prophète Muhammad ou ses frères
Jésus, Moïse, David, Abraham et les autres,
qu'elle ait visé le Coran ou les Évangiles
ou la Thora. La culture musulmane interdit l'insulte non
seulement contre l'être humain, mais aussi contre
les animaux, contre les phénomènes naturels,
contre les idoles des animistes et contre le diable lui-même.
L'Islam est une culture du respect de l'autre dans sa
diversité, non une culture de l'insulte.
Ce qui a offensé
les Musulmans, n'est pas tant la représentation
du visage de Muhammad comme le prétendent certains,
mais c'est l'association provocatrice et vulgaire de son
visage à la terreur et à la violence. Faut-il
le répéter, le prophète Muhammad
représente le modèle suprême pour
les croyants. Et ces caricatures ont visé ce symbole
de manière délibérée.
Ensuite, associer le visage
du Prophète à la violence et à la
terreur, c'est aller trop vite en besogne et oublier l'histoire
occidentale et sa propre terreur et son extrême
brutalité à travers les siècles (massacre
d'Indiens, pillage colonial, esclavage, 64 millions de
victimes pour la seule deuxième guerre mondiale,
deux cents milles morts en quelques secondes à
Hiroshima) ! Alors faire des raccourcis contre l'histoire
comme ont voulu le faire les caricatures incriminées
ne reflète aucunement la réalité
historique.
Enfin, faut-il souligner
la gestion désastreuse, et irresponsable, de la
crise de la part du premier ministre danois et son attitude
arrogante et de défi, à la limite de l'insulte,
qui a jeté de l'huile sur le feu.
Mostafa Brahami Docteur
en sciences économiques
Paru dans 24 Heures (Lausanne)
du 6 février 2006 original:
http://www.24heures.ch/vqhome/archives_2006/question_du_jour/Debat_caricatures_060206.html
L’Inquisition
libérale Par Dr Younes Bounab
Ô liberté
! Que de crimes on commet en ton nom !
La presse européenne
qui a reproduit les caricatures haineuses, obscènes
et calomnieuses du journal de droite danois Jyllands-Posten
est elle plus libre, maintenant que l’arbre de sa
liberté d’expression a été
arrosé par l’offense de 1.4 milliards de
musulmans ? Disséminer à grande échelle
des insultes outrageantes et incendiaires sur le Prophète
(qpssl) de l’Islam et blesser, dans leur foi, des
centaines de millions de musulmans a-t-il certifié
sa virilité libérale ? Un musulman est en
droit d’en douter. La liberté qui s’établit
par l'oppression d'autrui n’est pas la liberté.
Que l’on ne nous
raconte pas que cette affaire est un conflit entre deux
sacrés, la liberté d’expression d’un
coté, et le Prophète Muhammad (qpssl) de
l’autre.
La liberté d’expression
n’est qu’un prétexte dont font usage
les apologues de cette campagne de haine islamophobe.
Depuis quand la liberté
d’expression aurait-elle été en Europe,
ou ailleurs, un absolu, une valeur sacrée ?
La liberté d’expression
y a toujours été restreinte, ses frontières
étant souvent délimitées par des
lois sur l’obscénité, l’incitation
à la haine raciale, la subversion, la trahison
et l’atteinte à la sécurité
nationale, la diffamation, etc.
De plus, comme l’expliquait
Simon Jenkins, dans les pages du Sunday Times dimanche
dernier, « un journal n’est pas un monastère
retiré du monde et sourd aux réactions.
Chaque centimètre d’encre imprimée
reflète les opinions de ses auteurs et le jugement
de ses rédacteurs. Quotidiennement, les journaux
prennent des décisions sur l’équilibre
entre audace, délit, bon goût, prudence et
maladresse. Ils doivent décider à qui donner
la parole et à qui la dénier. Ils sont contraints
par les lois sur la diffamation, par la politesse ou le
savoir vivre, et ce qui est acceptable aux lecteurs. L’expression
n’est libre qu’au sommet de la montagne ;
tout le reste n’est que décision rédactionnelle.
[…] Sur chaque page plane un censeur, quand bien
même il est honoré du titre de rédacteur.»
La liberté d’expression
n’est pas absolue en Europe, et ses limites sont
constamment négociées pour assurer l’harmonie
sociale et la protection de certaines minorités,
en particulier la minorité juive, et ce à
juste titre.
Si la liberté d’expression
n’est donc pas, de fait, absolue, la question est
pourquoi ses limites ne prennent-elles pas en compte la
protection contre l’incitation à la haine
anti-islamique ?
Pourquoi les musulmans
en Europe devraient-ils accepter que la liberté
d’expression soit exercée en profanant ce
qui leur est le plus sacré ? Si la liberté
d’expression s’arrête la ou commencent
les droits contre la discrimination sexuelle et raciale,
pourquoi la conviction religieuse ne serait-elle pas pertinente
dans la définition de ses limites ? D’autant
plus que la religion participe à l’identité
du musulman aussi fortement que le détermine son
sexe ou sa race, car, pour lui, l’Islam est un caractère
inévitable, plutôt que contingent, de sa
nature.
Agnès Callamard,
directrice de l’organisation internationale Article
19 pour la liberté d’expression, explique
dans un article intitulé « Fausseté
Prophétique », publié dans le Guardian
du 2 février, pourquoi il ne faut pas restreindre
la liberté d’expression contre l’incitation
à la haine anti-musulmane : « Nous reconnaissons
que les caricatures ont offensé beaucoup de musulmans,
mais l’offense et le blasphème ne devraient
pas être des standards limites pour restreindre
la liberté d’expression. Les lois contre
le blasphème protègent les croyances et
non les personnes. »
Mais la disjonction entre
les croyances et les personnes sur laquelle repose cet
argument est absurde. Les croyances sont une partie intégrante
de l’identité des personnes. Si la remise
en cause des croyances sur certains événements
de la deuxième guerre mondiale, qui font maintenant
partie de la mémoire collective juive, sont un
standard pour restreindre la liberté d’expression,
pourquoi la profanation d’une croyance partagée
par un sixième de l’humanité ne pourrait-elle
pas être une limite de la liberté d’expression
?
En résumé,
on voit que la reproduction des caricatures haineuses
par une certaine presse européenne ne peut se défendre
avec cohérence par l’argument de la liberté
d’expression.
Si la reproduction des
caricatures anti-islamiques ressemble à une liberté,
elle ressemble alors plutôt à la liberté
de tyranniser et à la solidarité dans la
tyrannie.
Preuve en est que, non
satisfait de violer le sacré des musulmans et de
promouvoir la haine de leur religion, cet intégrisme
libéral leur dicte aussi, quotidiennement, avec
une condescendance effrontée, comment ils devraient
réagir avec « maturité » face
à l’offense qu’il leur fait subir.
L’inquisition libérale exerce ce qu’elle
considère son droit démocratique d’offenser
les musulmans, mais en même temps elle leur dénie
le droit se sentir offensés !
Solidarité corporatiste
avec les profanateurs du sacré musulman oblige,
même Reporters sans frontières rabâche
le même sermon sur la liberté d’expression,
sans un mot sur les responsabilités qu’elle
engage, et se permet, en plus, d’appeler «
les responsables politiques et religieux des pays musulmans
ainsi que la presse du monde arabe à tout faire
pour calmer les esprits », position qui rappelle
ce que disait Steve Biko, l’Africain du Sud : «
Non seulement les blancs nous frappent, mais en plus ils
nous dictent la façon de réagir à
leurs coups. »
La fraternité médiatique
qui propage l’incitation à la haine anti-islamique
ferait bien de méditer cet enseignement du Prophète
(qpssl) qu’elle insulte. Muhammad (qpssl) a dit
: « Soutiens ton frère qu’il soit oppresseur
ou opprimé». Les gens dirent « Ô
Prophète, nous soutiendrons celui qui est opprimé,
mais comment soutenir l’oppresseur ? » Le
Prophète (qpssl) répondit : « En l'empêchant
d'opprimer les autres. »
Dr Younes Bounab Chercheur
à l’Institut Hoggar 7 février 2006
http://www.hoggar.org/modules.php?name=News&file=article&sid=132/
Cet
amour de la liberté qui nous fait caricaturer Mahomet
Par Louis de Saussure
Quand on demande à
l'ancien ministre français Patrick Devedjian s'il
est «libéral», il répond que
sa conception du monde et de la vie est libérale
de manière générale: «J'aime
la liberté», conclut-t-il, plongeant dans
ce que l'âme humaine a de plus universel. Quand
George Bush se réjouit de son entente avec Angela
Merkel, il salue le fait qu'elle «aime la liberté»,
une référence à la rhétorique
d'après le 11 septembre. La devise actuelle du
Parti libéral genevois est «L'esprit de liberté»;
sur son site internet, sa section neuchâteloise
explique d'emblée que «la liberté
est une valeur à protéger». Christoph
Blocher dans son Discours de l'Albisguetli, en 2000, avait
reproché aux socialistes «l'adoration de
l'Etat universel, la référence permanente
au collectif et le mépris de la liberté
individuelle». Le mot liberté est un puissant
fédérateur, ceci parce qu'il évoque
une nuée de sentiments positifs, heureux et rassurants.
D'autres concepts, auxquels
nous tenons pourtant tout autant, et pour lesquels on
peut aussi mourir, n'éveillent pas en nous ce petit
instant de bonheur que nous offre le mot de liberté.
Par exemple, le mot de justice. Qui n'est pas révolté
par l'injustice? Qui n'est pas profondément attaché
à l'équité? Et pourtant, justice
ne nous envole pas autant que liberté. Combien
de chansons sur la liberté, combien de complaintes
en son absence; c'est le poète qui chante la liberté
en écrivant son nom. Mais la justice a plus de
philosophes que de poètes.
Outre le concept qu'ils
codent, certains mots suscitent un réseau d'associations
affectives. Les plus simples concernent la situation du
concept sur l'axe du bien et du mal; les plus complexes
confinent à l'émotion. Ce sont les connotations,
pour lesquelles il existe à peu près autant
de théories que de linguistes.
Ces connotations ne sont
pas pour autant indépendantes des concepts eux-mêmes.
Elles naissent souvent par le jeu des relations d'oppositions.
Ainsi, la liberté s'oppose à quelque chose
d'effrayant: l'impossibilité d'agir selon ses besoins
et sa nature. De même pour la paix face à
la guerre ou pour la sécurité face au danger.
Voici des concepts qui touchent à notre survie,
d'où - en large partie - les associations que nos
esprits construisent entre le sens conceptuel de ces mots
et ces évocations affectives, sans toujours voir
qu'il y a une échelle entre la liberté absolue
et sa privation totale. Quand on touche à ces concepts,
nous nous sentons menacés. Si les foules de l'Islam
se fâchent contre les caricaturistes du Prophète,
nous croyons que notre liberté est en péril.
Un peu plus et c'est nous qui sommes agressés.
Et nous croyons avoir le droit d'expédier toute
forme de sacré au Moyen Age, porteurs que nous
sommes de l'esprit des Lumières contre l'obscurantisme.
Pourtant, qui aurait oublié
ce que nous avons appris sur les bancs de l'école,
fruit de ces mêmes Lumières: ma liberté
s'arrête là où celle d'autrui commence.
Nous avons la liberté de parler, mais nous n'avons
pas celle d'insulter. La presse a la liberté d'informer,
de commenter, de prendre parti, de défendre des
opinions, mais pas celle d'agresser de manière
irresponsable des groupes ethniques ou religieux. Mais,
bien en peine de trouver du sacré quelque part,
nous le mettons volontiers dans un mot, par exemple celui
de liberté, simplement parce que nous l'aimons.
Pourtant, on peut également, si l'on est musulman,
aimer aussi le Prophète. Caricaturer le Prophète,
c'est caricaturer nos propres valeurs de respect pour
les autres cultures et pour nos propres minorités.
C'est imposer notre culte de la liberté face à
un culte religieux. C'est sacraliser la liberté
d'expression comme un absolu totalisant.
Le problème principal
réside en ceci que moins nous prenons conscience
de ces fameuses connotations, moins notre esprit critique
est développé à leur égard,
plus nous sommes susceptibles de réagir à
un discours sur leur seule base, quitte même parfois
à effacer le sens conceptuel, ou le rendre vide
dans le contexte considéré. A moins d'y
regarder à deux fois, nous tendons à applaudir
d'une manière pavlovienne celui qui évoque
la liberté, et nous lui donnerons notre crédit,
même s'il parle sans faire sens. Manquons-nous tant
de liberté, dans notre vie quotidienne, au point
de répondre aussi positivement à ce thème
de discours? Parallèlement, on pourrait se demander
pourquoi les «ultra-libéraux» sont
par ailleurs bien peu nostalgiques au souvenir de la liberté
sexuelle des années 70, et relativement peu préoccupés
de défendre cette même liberté quand
elle met en péril leurs propres intérêts.
Ou, à l'inverse, prompts à multiplier les
interdictions quand certains tabous sont en jeu, comme
l'homosexualité ou l'avortement, voire limiter
la liberté de mouvement de ressortissants indésirables,
requérants d'asile qu'on emprisonne sans le moindre
délit.
A un moment où
la réflexion devrait s'imposer de plus en plus
face à un monde dans lequel la complexité
des problèmes va croissant, c'est malheureusement
la capacité des discours à bâtir le
succès sur les connotations, la métaphore
et l'incantation qui prévaut souvent. Au lieu de
rêver à la liberté en donnant des
voix trop romantiques aux ultras, il y aurait peut-être
à faire du côté de la justice.
Louis de Saussure Professeur
de linguistique à l'Université de Neuchâtel
(Suisse) Article paru dans le quotidien Le Temps du 8
février 2006 http://www.hoggar.org/modules.php?name=News&file=article&sid=133/
Aimez-vous
Mohammed ?
07 février 2006
Ce n'est pas dans mes habitudes de prendre
part aux polémiques qui traversent notre société
à propos de l'Islam, je préfère à
cela travailler au quotidien à témoigner
de ma foi de musulmane et de l'amour que je porte à
mon messager et mon bien aimé Mohammed. Auprès
de sa parole, je cherche réconfort et sagesse.
Mais voilà qu'au nom de la liberté de la
presse, on s'attaque à lui. Spontanément
je voudrais répondre en posant cette question :
Aimez-vous Mohammed ? Si l'on pose cette question aux
Musulmans aujourd'hui, quelque soit leur origine, leur
engagement dans leur foi ou dans la pratique de leur religion,
la réponse sera majoritairement : oui ! La raison
est toute simple, il est facteur unificateur entre eux
; les plus intransigeants comme les plus modérés
disent tous suivre son exemple et citent ses paroles pour
légitimer ou conforter leur prises de position.
Ainsi, quand les dessinateurs norvégiens, usant
de leur liberté d'expression et puisant dans leurs
préjugés, présentent le prophète
de L'islam comme un être violent, débauché
et terroriste, leurs caricatures choquent toutes catégories
de musulmans. En effet, elles ne ciblent pas des personnalités
emblématiques de l'intégrisme musulman dont
plusieurs sont caricaturées par des dessinateurs
arabo-musulmans aussi. Elles déforment l'image
du symbole de l'Islam même ; son messager. Elles
renvoient donc aux musulmans une image réductive
de leur religion et d'eux-mêmes : vous êtes
tous des terroristes comme votre prophète. Oui,
on a beau plaidé la liberté de l'expression,
ces caricatures ont bel et bien un message stigmatisant
tous les musulmans à travers Mohammed. Certains
éditorialistes français essayent de faire
comprendre, à nous autres musulmans, qu'accepter
ces caricatures ne peut que nous faire du bien : un peu
de sens d'autodérision ! Allons ! Sortez de votre
bigoterie, réformez-vous, bref, évoluez
! Pour que ces paroles soient audibles par les Musulmans,
il faut peut-être, que leurs auteurs évoluent
aussi dans leur regard sur l'Islam et Musulmans et arrêtent
de les traiter comme les « attardés de l'humanité
». Avant d'essayer d'enlever la paille de la «
bigoterie » des yeux des Musulmans, qu'ils regardent
un peu la poutre de «l' Islamo phobie » dans
les leurs. Elle les empêche de percevoir les blessures
qu'ils provoquent par leurs mots alors qu'ils sont les
mieux placés pour savoir que les mots peuvent blesser,
et manière profonde ! Donc, oui nous sommes avec
vous pour la liberté de la presse, mais la presse
libre doit être aussi responsable. Défendre,
au nom de cette liberté, des dessins pleins d'ostracisme
envers deux milliards de musulmans risque de discréditer
cette liberté à leurs yeux ; eux qui en
ont vraiment besoin.
Je suis militante du dialogue
religieux et de dialogue tout court, depuis une bonne
dizaine d'années. Je suis persuadée que
c'est le chemin que nous emprunterons tous, tôt
ou tard. Je suis consciente des dégâts des
actes de violences commis par des musulmans sur la progression
de ce dialogue, c'est pourquoi je ne mâche pas mes
mots pour les dénoncer, auprès des jeunes
surtout, en ayant recours aux paroles du prophète
Mohammed. Depuis le débarquement de la polémique
des caricatures insultantes à son égard
en France, je vis un beau dilemme : que répondre
à ces coups de fils que je reçois et qui
posent tous la même question : alors Zia tu gardes
toujours la pêche ? Tu crois toujours aux vertus
du dialogue, même quand on insulte celui au nom
de qui tu prêches la paix et l'ouverture ?
Au risque d'être
traitée de naïve, je continue à croire
qu'il faut passer par la parole et l'écoute de
l'autre pour sortir de cette polémique. C'est auprès
de Mohammed, mon messager bien aimé, que j'ai puisé
cette conviction. En effet, ses biographes nous rapportent
qu'un homme (apparemment non musulman) a fait irruption
un jour dans un lieu où le prophète se réunissait
avec ses disciples et l'a agrippé violemment en
lui le sommant de lui rembourser sa dette ! Outré
par ce manque de respect, l'un des disciples du prophète
se rua sur l'agresseur de toutes ses forces. Mohammed
arrêta net son mouvement lui dit : « tu ferais
mieux de lui rappeler de demander son dû de façon
convenable et de me rappeler à moi d'honorer mes
dettes et ne pas les oublier ». Voilà pourquoi
je l'aime, il a su toujours être un homme comme
les autres, même face à ses détracteurs.
Cela n'enlevait rien à son aura et son statut de
guide des humains. Après avoir interpellé
ceux qui pensent devoir critiquer, voire dénigrer,
Mohammed, j'aimerais bien interpeller ses fidèles,
mes frères et sœurs musulmans : Ne tombez
pas dans la démesure en exprimant votre attachement
au prophète, il n'aurait pas aimé cela.
Méditez avec moi
cette phrase sage entendue suite à un autre outrage
à Mohammed : en février 1988, en visite
à Londres, j'ai pris un taxi dont le chauffeur
était Soudanais. Comme la circulation était
bloquée aux alentours de Queen's Park, j'ai demandé
au chauffeur s'il y avait un événement spécial,
il me répondit : « les Musulmans manifestent
contre la parution d'un livre qui insulte le prophète
(il parlait des versets sataniques) ». Je rétorquai
« je comprends bien leur colère ! »
et le chauffeur me répondit, en son beau dialecte
soudanais, « et bien pas moi ! Ils se fâchent
contre un homme qui se fout pas mal de la religion quand
il insulte le prophète ! Ils auraient mieux fait
de se fâcher contre eux-mêmes car ils insultent
des centaines de fois par jour le prophète en se
comportant de manière qui n'honore pas son message
! »
Zia, une femme qui aime
Mohammed, Salut et Bénédiction de Dieu sur
Lui ;
http://www.elkhadra.org/forum/viewtopic.php?t=1253/
Posté par Nour El Houda
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