Directeur: Ahmed Manaï

février 2006

L'affaire des caricatures danoises du Prophète Muhammad

Pétition: En défense des Lumières.

La publication d'une série de caricatures du Prophète Mohammed dans un certain nombre de journaux occidentaux a causé la colère des Musulmans du monde entier. Les réponses apportées jusqu'ici, se sont exprimées en grande partie, par des manifestations et des drapeaux brûlés, par des condamnations de la part des représentants de gouvernements et l'appel au boycott de produits, et par les attaques de plusieurs ambassades Européennes aux Moyen Orient. Quelques mois après la diffusion des rapports sur la destruction de Coran par des troupes américaines dans la prison de Guantanamo, bien qu'elle soit reniés à la suite, ces caricatures ont renforcé chez de nombreux Musulmans la perception qu'ils sont non seulement exploités économiquement par les puissances hégémoniques occidentales, mais qu'ils sont également insultés au niveau culturel.

Cette controverse survient dans un contexte où les armés de plusieurs pays occidentaux ont été déployées en Afghanistan et en Iraq; qu'Israël poursuit son occupation des territoires palestiniens, que l'Occident a menacé de couper son aide financière à l'Autorité Palestinienne suite à la victoire aux élections parlementaires du Mouvement de Résistance Islamique, le Hamas, et que l'Iran demeure en tension pour son programme nucléaire. En Occident, de nombreux Musulmans et d'autres communautés minoritaires souffrent depuis longtemps de l'érosion de la diversité culturelle qui se traduit par un préjudice croissant. Dans un monde si fortement polarisé, la poursuite de l'escalade de ce nouveau conflit pourrait avoir des conséquences désastreuses.

La publication de ces caricatures a été défendue par certains en Occident au motif de la liberté d’expression. Cependant, la liberté d’expression peut développer la compréhension seulement si elle est exercée avec une rigueur intellectuelle, une responsabilité sociale et une intégrité morale. Présenter le Prophète Mohammed comme un symbole du terrorisme, comme cela a été fait dans l'une des caricatures, n'est pas différent d'une présentation du prophète Moise comme un symbole des actions des Israéliens d'extrême droite à l'égard des Palestiniens, association qui serait à juste titre condamnée comme étant antisémite et interdite par les lois de nombreux pays européens. Les Musulmans n'ont jamais blâmé Jésus-Christ pour les nombreuses atrocités qui ont été commises dans le monde entier au nom du Christianisme. Le réductionnisme populiste qui se trouve derrière la publication des caricatures est enraciné dans la tradition de l'anti-Sémitisme Européen qui a commencé par la démonisation des Juifs, de leur foi et de leur culture et qui s'est terminée par la tentative de leur extermination.

Nous appelons à une présentation sérieuse du Prophète de l'Islam par l'Occident serait en conformité avec ce qu'il y a de mieux dans la tradition intellectuelle de l'Occident. Beaucoup de gens dans le monde Musulman ont été impressionnés et inspirés par l'engagement aux faits et l'analyse rationnelle qui ont été démontrée dans la pensée occidentale depuis le siècle des Lumières. Des écrits sur l'Islam par des auteurs tels que les défunts Maxime Rodinson et Montgomery Watt , biographes Français et Britannique du Prophète Mohammed- sont considérés par de nombreux Musulmans et non Musulmans comme des modèles d'érudition. Au moment où l'humanité a besoin de connaissance pour garantir une coexistence pacifique, la propagation de ces caricatures, a renforcé l'ignorance et le racisme envers les Musulmans et a incité la violence contre les citoyens européens et leurs intérêts dans plusieurs pays arabes et musulmans. Pour défendre les droits de tous ceux qui ont été touchés, nous appelons les autorités de tous les pays concernés à juger les responsables, qu'ils aient abusé de la liberté d'expression ou qu'ils aient commis des actions violentes au lieu de chercher recours auprès de la Justice.

Initiators

Hossein Shahidi, Assistant Professor of Communication, American University of Beirut

Sari Hanafi, (hanafi@p-ol.com) Visiting Associate Professors of Sociology, American University of Beirut First Signatures

Hassan Hanafi, Prof. of Philosopher, University of Cairo

Nabil Dajani, Professor of Communication, American University of Beirut

Armando Salva tore, Research fellow in Sociology at Humboldt University, Berlin

Ray Jureidini, Associate Prof. of Sociology, American University in Cairo

Lisa Taraki, Prof. of Sociologist, Birzeit University Georges Giacaman, Prof. of Philosopher, Birzeit University

Omar Nashabe, Assistant Prof. of sociology, American University of Science and Technology

Baudoin Dupret, CNRS/IFPO, Damascus Benois Challand, Senior researcher, European University Institute, Italy

Lena Jayyuisi, Prof. of Communication, American University of Sharqa

Michael Warschawski, Human rights activist, Jerusalem, Israel

Joss Dray, Photographer, France Micheline Garreau, Human rights activist, France.

Françoise Clément, Associated Researcher, CEDEJ, Cairo, Egypt

Merci de signer (hanafi@p-ol.com)- et diffuser à vos connaissances

Françoise Clément

AUX MUSULMANS DU MONDE ENTIER

Par Carsten Juste Rédacteur en chef de Jyllands Posten jeudi 9 février 2006

Citoyens musulmans, Permettez-moi, tout d’abord, d’affirmer que notre journal, Jyllands Posten, croit en la liberté d’appartenance religieuse et la valorise, soutient la démocratie et respecte tout individu. Nous nous excusons pour le grand malentendu généré par la publication des caricatures qui ont présenté le Prophète Mohamed (QSSSL) et nourri des sentiments belliqueux à l’égard du Danemark ainsi que des appels au boycott des produits danois. Et là, permettez-moi d’apporter certaines clarifications dans l’espoir de dissiper le malentendu. Jyllands Posten a publié le 30 septembre 2005 12 caricatures du Prophète Mohamed (QSSSL) dessinées par 12 caricaturistes danois. Il est d’une importance capitale de préciser que ces caricatures ne visaient nullement à porter atteinte à la personne du Prophète (QSSSL) ni à diminuer de sa valeur, mais elles étaient proposées comme préambule à un dialogue sur la liberté d’expression dont nous sommes fiers dans notre pays. Cependant, nous n’avons, à aucun moment, réalisé l’extrême sensibilité des musulmans vivant au Danemark et celle des millions de musulmans à travers le monde face à cette question. La publication de ces caricatures ne transgresse aucune loi danoise relative à la liberté de la presse et celle d’expression.

Cependant, ces caricatures ont manifestement porté atteinte à des millions de musulmans à travers le monde et c’est pour cette raison que nous présentons aujourd’hui nos excuses et nos profonds regrets pour ce qui vient de se produire et qui n’était nullement dans l’intention du journal, lequel a été lauréat du Prix d’excellence de la Commission européenne à la suite de la publication d’une série d’articles dans son supplément spécial consacré à la cohabitation pacifique, au respect mutuel entre Danois et toutes les autres minorités vivant au Danemark. Beaucoup de sujets abordés dans ce supplément étaient consacrés, de façon positive, à l’Islam et aux musulmans. Ce qui s’est produit après, en fait, c’est la publication et la diffusion dans le monde musulman de caricatures intentionnellement blasphématoires contre l’Islam et son Prophète Mohamed (QSSSL). Ces caricatures n’ont aucun rapport avec notre journal ni avec nous, et nous en sommes innocents, car elles n’ont jamais été publiées dans les pages du Jyllands Posten. Nous avons toujours veillé et insisté sur l’éthique basée sur le respect des principes. C’est pour cette raison que nous exprimons notre profond regret pour l’amalgame entretenu entre nous et ces caricatures tendancieuses.

Concernant les 12 caricatures publiées par notre journal, certaines s’expliquent par un malentendu dû à des différences culturelles et nous ne préférons pas une culture par rapport à une autre. Ces caricatures ont donc été présentées comme une campagne féroce que nous aurions engagée contre les musulmans au Danemark et à travers le monde. Nous rejetons cette approche et la condamnons, car nous croyons en la liberté de toutes les religions et sacralisons la liberté des individus dans l’exercice de leurs cultes religieux. Nous n’avons jamais pensé et nous ne pensons jamais porter atteinte ou agresser une quelconque religion. Nous regrettons le fait d’avoir été mal compris et affirmons que l’objectif n’a jamais été d’attenter à quiconque.

Et dans une tentative sincère, de notre part, de dissiper ce malentendu, nous avons tenu une série de réunions avec les représentants de la communauté musulmane au Danemark. Ces rencontres ont été positives et le dialogue fructueux. Nous visons, et par tout moyen, à consolider les liens avec les musulmans du Danemark.

Notre espérons, au sein de notre journal, que se réalise la cohabitation pacifique entre les peuples et que règne l’esprit de dialogue avec les musulmans danois. Enfin, permettez-moi, au nom du journal Jyllands Posten, de présenter mes excuses pour tout ce qui s’est produit et d’affirmer ma totale désapprobation de tout acte visant à porter atteinte à toute religion, toute nationalité et à tout peuple. J’espère qu’ainsi j’aurais dissipé le malentendu. Que Dieu vous aide !

Meilleurs sentiments

Carsten Juste

Rédacteur en chef de Jyllands Posten


Liberté d’expression ou liberté de l’insulte et de la provocation ?

par Mostafa Brahami

La publication résolument provocatrice des caricatures associant la figure du Prophète Muhammad (et non point Mahomet!) à la violence et au terrorisme a soulevé et soulève encore les populations musulmanes à travers le monde. À cette réprobation de 1,4 milliard d'êtres humains, certains répondent que la liberté d'expression est sacrée et constitue un des fondements de la culture occidentale contemporaine. Cette réponse appelle plusieurs remarques :

– Il y a une différence entre liberté d'expression et l'insulte et la diffamation. Cet amalgame volontairement entretenu entre les deux notions doit être dénoncé. La liberté d'expression ne donne pas droit à la liberté de l'insulte et de la provocation. Je ne pourrai penser que la culture occidentale puisse ériger l'insulte et la diffamation comme valeurs culturelles suprêmes à défendre, comme sembleraient nous le faire comprendre certaines personnalités culturelles et politiques !

– La liberté d'expression, faut-il le rappeler, n'est pas totale et sans limite. Il existe en effet des lois qui limitent son usage et qui punissent (à juste titre d'ailleurs) les propos xénophobes, racistes, antisémites, nazis… Oserait-on, sous couvert de liberté d'expression, appeler à la haine contre des peuples, des cultures ?

– La liberté d'expression ne saurait être sélective. Les journaux qui ont publié ces caricatures oseraient-ils publier d'autres qui dénigreraient la tuerie des Juifs en Europe durant la Seconde Guerre ou qui en limiteraient la gravité ? Et pourtant des livres ont été interdits, des universitaires ont été licenciés pour le seul tord de vouloir débattre historiquement et scientifiquement de certains aspects de la Seconde Guerre. Alors liberté pour certains et censure pour d'autres ?

Il n'y a pas plus irresponsable et dangereux que d'entretenir le sentiment d'injustice envers des peuples et des cultures différentes, notamment par l'utilisation de deux poids, deux mesures, comme nous le vivons actuellement sur beaucoup de problèmes internationaux.

Quant à la colère des Musulmans, elle est non seulement compréhensible, mais légitime et normale. Protéger la personne du Prophète et ses valeurs procède de l'obligation religieuse.

Offenser publiquement la valeur la plus sacrée après Dieu ne peut qu'engendrer ces réactions de colère. Pour les Musulmans, l'offense est la même, qu'elle ait visé le prophète Muhammad ou ses frères Jésus, Moïse, David, Abraham et les autres, qu'elle ait visé le Coran ou les Évangiles ou la Thora. La culture musulmane interdit l'insulte non seulement contre l'être humain, mais aussi contre les animaux, contre les phénomènes naturels, contre les idoles des animistes et contre le diable lui-même. L'Islam est une culture du respect de l'autre dans sa diversité, non une culture de l'insulte.

Ce qui a offensé les Musulmans, n'est pas tant la représentation du visage de Muhammad comme le prétendent certains, mais c'est l'association provocatrice et vulgaire de son visage à la terreur et à la violence. Faut-il le répéter, le prophète Muhammad représente le modèle suprême pour les croyants. Et ces caricatures ont visé ce symbole de manière délibérée.

Ensuite, associer le visage du Prophète à la violence et à la terreur, c'est aller trop vite en besogne et oublier l'histoire occidentale et sa propre terreur et son extrême brutalité à travers les siècles (massacre d'Indiens, pillage colonial, esclavage, 64 millions de victimes pour la seule deuxième guerre mondiale, deux cents milles morts en quelques secondes à Hiroshima) ! Alors faire des raccourcis contre l'histoire comme ont voulu le faire les caricatures incriminées ne reflète aucunement la réalité historique.

Enfin, faut-il souligner la gestion désastreuse, et irresponsable, de la crise de la part du premier ministre danois et son attitude arrogante et de défi, à la limite de l'insulte, qui a jeté de l'huile sur le feu.

Mostafa Brahami Docteur en sciences économiques

Paru dans 24 Heures (Lausanne) du 6 février 2006 original:
http://www.24heures.ch/vqhome/archives_2006/question_du_jour/Debat_caricatures_060206.html


L’Inquisition libérale Par Dr Younes Bounab

Ô liberté ! Que de crimes on commet en ton nom !

La presse européenne qui a reproduit les caricatures haineuses, obscènes et calomnieuses du journal de droite danois Jyllands-Posten est elle plus libre, maintenant que l’arbre de sa liberté d’expression a été arrosé par l’offense de 1.4 milliards de musulmans ? Disséminer à grande échelle des insultes outrageantes et incendiaires sur le Prophète (qpssl) de l’Islam et blesser, dans leur foi, des centaines de millions de musulmans a-t-il certifié sa virilité libérale ? Un musulman est en droit d’en douter. La liberté qui s’établit par l'oppression d'autrui n’est pas la liberté.

Que l’on ne nous raconte pas que cette affaire est un conflit entre deux sacrés, la liberté d’expression d’un coté, et le Prophète Muhammad (qpssl) de l’autre.

La liberté d’expression n’est qu’un prétexte dont font usage les apologues de cette campagne de haine islamophobe.

Depuis quand la liberté d’expression aurait-elle été en Europe, ou ailleurs, un absolu, une valeur sacrée ?

La liberté d’expression y a toujours été restreinte, ses frontières étant souvent délimitées par des lois sur l’obscénité, l’incitation à la haine raciale, la subversion, la trahison et l’atteinte à la sécurité nationale, la diffamation, etc.

De plus, comme l’expliquait Simon Jenkins, dans les pages du Sunday Times dimanche dernier, « un journal n’est pas un monastère retiré du monde et sourd aux réactions. Chaque centimètre d’encre imprimée reflète les opinions de ses auteurs et le jugement de ses rédacteurs. Quotidiennement, les journaux prennent des décisions sur l’équilibre entre audace, délit, bon goût, prudence et maladresse. Ils doivent décider à qui donner la parole et à qui la dénier. Ils sont contraints par les lois sur la diffamation, par la politesse ou le savoir vivre, et ce qui est acceptable aux lecteurs. L’expression n’est libre qu’au sommet de la montagne ; tout le reste n’est que décision rédactionnelle. […] Sur chaque page plane un censeur, quand bien même il est honoré du titre de rédacteur.»

La liberté d’expression n’est pas absolue en Europe, et ses limites sont constamment négociées pour assurer l’harmonie sociale et la protection de certaines minorités, en particulier la minorité juive, et ce à juste titre.

Si la liberté d’expression n’est donc pas, de fait, absolue, la question est pourquoi ses limites ne prennent-elles pas en compte la protection contre l’incitation à la haine anti-islamique ?

Pourquoi les musulmans en Europe devraient-ils accepter que la liberté d’expression soit exercée en profanant ce qui leur est le plus sacré ? Si la liberté d’expression s’arrête la ou commencent les droits contre la discrimination sexuelle et raciale, pourquoi la conviction religieuse ne serait-elle pas pertinente dans la définition de ses limites ? D’autant plus que la religion participe à l’identité du musulman aussi fortement que le détermine son sexe ou sa race, car, pour lui, l’Islam est un caractère inévitable, plutôt que contingent, de sa nature.

Agnès Callamard, directrice de l’organisation internationale Article 19 pour la liberté d’expression, explique dans un article intitulé « Fausseté Prophétique », publié dans le Guardian du 2 février, pourquoi il ne faut pas restreindre la liberté d’expression contre l’incitation à la haine anti-musulmane : « Nous reconnaissons que les caricatures ont offensé beaucoup de musulmans, mais l’offense et le blasphème ne devraient pas être des standards limites pour restreindre la liberté d’expression. Les lois contre le blasphème protègent les croyances et non les personnes. »

Mais la disjonction entre les croyances et les personnes sur laquelle repose cet argument est absurde. Les croyances sont une partie intégrante de l’identité des personnes. Si la remise en cause des croyances sur certains événements de la deuxième guerre mondiale, qui font maintenant partie de la mémoire collective juive, sont un standard pour restreindre la liberté d’expression, pourquoi la profanation d’une croyance partagée par un sixième de l’humanité ne pourrait-elle pas être une limite de la liberté d’expression ?

En résumé, on voit que la reproduction des caricatures haineuses par une certaine presse européenne ne peut se défendre avec cohérence par l’argument de la liberté d’expression.

Si la reproduction des caricatures anti-islamiques ressemble à une liberté, elle ressemble alors plutôt à la liberté de tyranniser et à la solidarité dans la tyrannie.

Preuve en est que, non satisfait de violer le sacré des musulmans et de promouvoir la haine de leur religion, cet intégrisme libéral leur dicte aussi, quotidiennement, avec une condescendance effrontée, comment ils devraient réagir avec « maturité » face à l’offense qu’il leur fait subir. L’inquisition libérale exerce ce qu’elle considère son droit démocratique d’offenser les musulmans, mais en même temps elle leur dénie le droit se sentir offensés !

Solidarité corporatiste avec les profanateurs du sacré musulman oblige, même Reporters sans frontières rabâche le même sermon sur la liberté d’expression, sans un mot sur les responsabilités qu’elle engage, et se permet, en plus, d’appeler « les responsables politiques et religieux des pays musulmans ainsi que la presse du monde arabe à tout faire pour calmer les esprits », position qui rappelle ce que disait Steve Biko, l’Africain du Sud : « Non seulement les blancs nous frappent, mais en plus ils nous dictent la façon de réagir à leurs coups. »

La fraternité médiatique qui propage l’incitation à la haine anti-islamique ferait bien de méditer cet enseignement du Prophète (qpssl) qu’elle insulte. Muhammad (qpssl) a dit : « Soutiens ton frère qu’il soit oppresseur ou opprimé». Les gens dirent « Ô Prophète, nous soutiendrons celui qui est opprimé, mais comment soutenir l’oppresseur ? » Le Prophète (qpssl) répondit : « En l'empêchant d'opprimer les autres. »

Dr Younes Bounab Chercheur à l’Institut Hoggar 7 février 2006
http://www.hoggar.org/modules.php?name=News&file=article&sid=132/


Cet amour de la liberté qui nous fait caricaturer Mahomet

Par Louis de Saussure

Quand on demande à l'ancien ministre français Patrick Devedjian s'il est «libéral», il répond que sa conception du monde et de la vie est libérale de manière générale: «J'aime la liberté», conclut-t-il, plongeant dans ce que l'âme humaine a de plus universel. Quand George Bush se réjouit de son entente avec Angela Merkel, il salue le fait qu'elle «aime la liberté», une référence à la rhétorique d'après le 11 septembre. La devise actuelle du Parti libéral genevois est «L'esprit de liberté»; sur son site internet, sa section neuchâteloise explique d'emblée que «la liberté est une valeur à protéger». Christoph Blocher dans son Discours de l'Albisguetli, en 2000, avait reproché aux socialistes «l'adoration de l'Etat universel, la référence permanente au collectif et le mépris de la liberté individuelle». Le mot liberté est un puissant fédérateur, ceci parce qu'il évoque une nuée de sentiments positifs, heureux et rassurants.

D'autres concepts, auxquels nous tenons pourtant tout autant, et pour lesquels on peut aussi mourir, n'éveillent pas en nous ce petit instant de bonheur que nous offre le mot de liberté. Par exemple, le mot de justice. Qui n'est pas révolté par l'injustice? Qui n'est pas profondément attaché à l'équité? Et pourtant, justice ne nous envole pas autant que liberté. Combien de chansons sur la liberté, combien de complaintes en son absence; c'est le poète qui chante la liberté en écrivant son nom. Mais la justice a plus de philosophes que de poètes.

Outre le concept qu'ils codent, certains mots suscitent un réseau d'associations affectives. Les plus simples concernent la situation du concept sur l'axe du bien et du mal; les plus complexes confinent à l'émotion. Ce sont les connotations, pour lesquelles il existe à peu près autant de théories que de linguistes.

Ces connotations ne sont pas pour autant indépendantes des concepts eux-mêmes. Elles naissent souvent par le jeu des relations d'oppositions. Ainsi, la liberté s'oppose à quelque chose d'effrayant: l'impossibilité d'agir selon ses besoins et sa nature. De même pour la paix face à la guerre ou pour la sécurité face au danger. Voici des concepts qui touchent à notre survie, d'où - en large partie - les associations que nos esprits construisent entre le sens conceptuel de ces mots et ces évocations affectives, sans toujours voir qu'il y a une échelle entre la liberté absolue et sa privation totale. Quand on touche à ces concepts, nous nous sentons menacés. Si les foules de l'Islam se fâchent contre les caricaturistes du Prophète, nous croyons que notre liberté est en péril. Un peu plus et c'est nous qui sommes agressés. Et nous croyons avoir le droit d'expédier toute forme de sacré au Moyen Age, porteurs que nous sommes de l'esprit des Lumières contre l'obscurantisme.

Pourtant, qui aurait oublié ce que nous avons appris sur les bancs de l'école, fruit de ces mêmes Lumières: ma liberté s'arrête là où celle d'autrui commence. Nous avons la liberté de parler, mais nous n'avons pas celle d'insulter. La presse a la liberté d'informer, de commenter, de prendre parti, de défendre des opinions, mais pas celle d'agresser de manière irresponsable des groupes ethniques ou religieux. Mais, bien en peine de trouver du sacré quelque part, nous le mettons volontiers dans un mot, par exemple celui de liberté, simplement parce que nous l'aimons. Pourtant, on peut également, si l'on est musulman, aimer aussi le Prophète. Caricaturer le Prophète, c'est caricaturer nos propres valeurs de respect pour les autres cultures et pour nos propres minorités. C'est imposer notre culte de la liberté face à un culte religieux. C'est sacraliser la liberté d'expression comme un absolu totalisant.

Le problème principal réside en ceci que moins nous prenons conscience de ces fameuses connotations, moins notre esprit critique est développé à leur égard, plus nous sommes susceptibles de réagir à un discours sur leur seule base, quitte même parfois à effacer le sens conceptuel, ou le rendre vide dans le contexte considéré. A moins d'y regarder à deux fois, nous tendons à applaudir d'une manière pavlovienne celui qui évoque la liberté, et nous lui donnerons notre crédit, même s'il parle sans faire sens. Manquons-nous tant de liberté, dans notre vie quotidienne, au point de répondre aussi positivement à ce thème de discours? Parallèlement, on pourrait se demander pourquoi les «ultra-libéraux» sont par ailleurs bien peu nostalgiques au souvenir de la liberté sexuelle des années 70, et relativement peu préoccupés de défendre cette même liberté quand elle met en péril leurs propres intérêts. Ou, à l'inverse, prompts à multiplier les interdictions quand certains tabous sont en jeu, comme l'homosexualité ou l'avortement, voire limiter la liberté de mouvement de ressortissants indésirables, requérants d'asile qu'on emprisonne sans le moindre délit.

A un moment où la réflexion devrait s'imposer de plus en plus face à un monde dans lequel la complexité des problèmes va croissant, c'est malheureusement la capacité des discours à bâtir le succès sur les connotations, la métaphore et l'incantation qui prévaut souvent. Au lieu de rêver à la liberté en donnant des voix trop romantiques aux ultras, il y aurait peut-être à faire du côté de la justice.

Louis de Saussure Professeur de linguistique à l'Université de Neuchâtel (Suisse) Article paru dans le quotidien Le Temps du 8 février 2006 http://www.hoggar.org/modules.php?name=News&file=article&sid=133/


Aimez-vous Mohammed ?

07 février 2006
Ce n'est pas dans mes habitudes de prendre part aux polémiques qui traversent notre société à propos de l'Islam, je préfère à cela travailler au quotidien à témoigner de ma foi de musulmane et de l'amour que je porte à mon messager et mon bien aimé Mohammed. Auprès de sa parole, je cherche réconfort et sagesse. Mais voilà qu'au nom de la liberté de la presse, on s'attaque à lui. Spontanément je voudrais répondre en posant cette question : Aimez-vous Mohammed ? Si l'on pose cette question aux Musulmans aujourd'hui, quelque soit leur origine, leur engagement dans leur foi ou dans la pratique de leur religion, la réponse sera majoritairement : oui ! La raison est toute simple, il est facteur unificateur entre eux ; les plus intransigeants comme les plus modérés disent tous suivre son exemple et citent ses paroles pour légitimer ou conforter leur prises de position. Ainsi, quand les dessinateurs norvégiens, usant de leur liberté d'expression et puisant dans leurs préjugés, présentent le prophète de L'islam comme un être violent, débauché et terroriste, leurs caricatures choquent toutes catégories de musulmans. En effet, elles ne ciblent pas des personnalités emblématiques de l'intégrisme musulman dont plusieurs sont caricaturées par des dessinateurs arabo-musulmans aussi. Elles déforment l'image du symbole de l'Islam même ; son messager. Elles renvoient donc aux musulmans une image réductive de leur religion et d'eux-mêmes : vous êtes tous des terroristes comme votre prophète. Oui, on a beau plaidé la liberté de l'expression, ces caricatures ont bel et bien un message stigmatisant tous les musulmans à travers Mohammed. Certains éditorialistes français essayent de faire comprendre, à nous autres musulmans, qu'accepter ces caricatures ne peut que nous faire du bien : un peu de sens d'autodérision ! Allons ! Sortez de votre bigoterie, réformez-vous, bref, évoluez ! Pour que ces paroles soient audibles par les Musulmans, il faut peut-être, que leurs auteurs évoluent aussi dans leur regard sur l'Islam et Musulmans et arrêtent de les traiter comme les « attardés de l'humanité ». Avant d'essayer d'enlever la paille de la « bigoterie » des yeux des Musulmans, qu'ils regardent un peu la poutre de «l' Islamo phobie » dans les leurs. Elle les empêche de percevoir les blessures qu'ils provoquent par leurs mots alors qu'ils sont les mieux placés pour savoir que les mots peuvent blesser, et manière profonde ! Donc, oui nous sommes avec vous pour la liberté de la presse, mais la presse libre doit être aussi responsable. Défendre, au nom de cette liberté, des dessins pleins d'ostracisme envers deux milliards de musulmans risque de discréditer cette liberté à leurs yeux ; eux qui en ont vraiment besoin.

Je suis militante du dialogue religieux et de dialogue tout court, depuis une bonne dizaine d'années. Je suis persuadée que c'est le chemin que nous emprunterons tous, tôt ou tard. Je suis consciente des dégâts des actes de violences commis par des musulmans sur la progression de ce dialogue, c'est pourquoi je ne mâche pas mes mots pour les dénoncer, auprès des jeunes surtout, en ayant recours aux paroles du prophète Mohammed. Depuis le débarquement de la polémique des caricatures insultantes à son égard en France, je vis un beau dilemme : que répondre à ces coups de fils que je reçois et qui posent tous la même question : alors Zia tu gardes toujours la pêche ? Tu crois toujours aux vertus du dialogue, même quand on insulte celui au nom de qui tu prêches la paix et l'ouverture ?

Au risque d'être traitée de naïve, je continue à croire qu'il faut passer par la parole et l'écoute de l'autre pour sortir de cette polémique. C'est auprès de Mohammed, mon messager bien aimé, que j'ai puisé cette conviction. En effet, ses biographes nous rapportent qu'un homme (apparemment non musulman) a fait irruption un jour dans un lieu où le prophète se réunissait avec ses disciples et l'a agrippé violemment en lui le sommant de lui rembourser sa dette ! Outré par ce manque de respect, l'un des disciples du prophète se rua sur l'agresseur de toutes ses forces. Mohammed arrêta net son mouvement lui dit : « tu ferais mieux de lui rappeler de demander son dû de façon convenable et de me rappeler à moi d'honorer mes dettes et ne pas les oublier ». Voilà pourquoi je l'aime, il a su toujours être un homme comme les autres, même face à ses détracteurs. Cela n'enlevait rien à son aura et son statut de guide des humains. Après avoir interpellé ceux qui pensent devoir critiquer, voire dénigrer, Mohammed, j'aimerais bien interpeller ses fidèles, mes frères et sœurs musulmans : Ne tombez pas dans la démesure en exprimant votre attachement au prophète, il n'aurait pas aimé cela.

Méditez avec moi cette phrase sage entendue suite à un autre outrage à Mohammed : en février 1988, en visite à Londres, j'ai pris un taxi dont le chauffeur était Soudanais. Comme la circulation était bloquée aux alentours de Queen's Park, j'ai demandé au chauffeur s'il y avait un événement spécial, il me répondit : « les Musulmans manifestent contre la parution d'un livre qui insulte le prophète (il parlait des versets sataniques) ». Je rétorquai « je comprends bien leur colère ! » et le chauffeur me répondit, en son beau dialecte soudanais, « et bien pas moi ! Ils se fâchent contre un homme qui se fout pas mal de la religion quand il insulte le prophète ! Ils auraient mieux fait de se fâcher contre eux-mêmes car ils insultent des centaines de fois par jour le prophète en se comportant de manière qui n'honore pas son message ! »

Zia, une femme qui aime Mohammed, Salut et Bénédiction de Dieu sur Lui ;

http://www.elkhadra.org/forum/viewtopic.php?t=1253/ Posté par Nour El Houda

 

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