Directeur: Ahmed Manaï

8 février 2006

Khaled Mechal : Le gouvernement du Hamas comportera des chrétiens, des femmes et des indépendants.

http://www.assafir.com/iso/today/front/140.html

Traduit de l'arabe en français par Ahmed Manaï, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique (transtlaxcala@yahoo.com). Cette traduction est en Copyleft.

Quoique parfaitement conscient du contexte général arabe difficile dans lequel le mouvement Hamas est arrivé à la tête de l'Autorité palestinienne, le président du Bureau politique du Hamas, Khaled Mechal (Abou Walid) demeure optimiste.

Dans son entretien avec ASSAFIR au Caire, K.M. estime que l'impasse actuelle des Palestiniens n'est pas plus aiguë que celle des autres forces politiques. Il a exprimé sa satisfaction des rencontres qu'il a eues avec les responsables égyptiens de la sécurité avec à leur tête le directeur général des renseignements, le général Omar Souleymane et ses collaborateurs, ainsi qu'avec Oussama El Baz, le conseiller du président égyptien. Il a dit que le dialogue était positif et que l'Egypte n'a pas posé des conditions à la participation et à la présidence par le Hamas du gouvernement palestinien.

Un des dirigeants du Hamas qui avait participé aux rencontres avec les responsables égyptiens, a expliqué à Assafir qu'il n'y aura pas de rencontre dans l'immédiat avec le président égyptien, mais que cela est à envisager dans l'avenir et que le président s'est contenté de transmettre, par l'intermédiaire du général Souleymane, ses félicitations à Hamas pour sa victoire. Ce dirigeant a remarqué que le rôle actuel de l'Égypte consiste à faciliter la réunion du Conseil législatif palestinien le 18 février et l'élection des commissions parlementaires, et que l'Égypte projette d'appeler à l'issue de cette période à un dialogue général national palestinien au Caire.

Il semble que les dirigeants du Hamas réunis au Caire soient devenus plus discrets dans leurs déclarations qu'auparavant. Certains d'entre eux croient à l'importance « du mutisme créateur » particulièrement dans l'étape actuelle.

Certains d'entre eux sont apparus très contrariés hier soir, après minuit, quand les agences de presse avaient fait un point de fixation sur le terme «annulation », contenu dans la déclaration du dirigeant Abou Marzouk, sur les accords avec Israël. Répondant à une question d'une chaîne télévisée, Abou Marzouk avait déclaré que le Hamas soumettrait chaque accord au Conseil législatif et que ce dernier l'annulerait s'il n'est pas dans l'intérêt du peuple palestinien.

Des dirigeants du Hamas ont estimé que le Conseil législatif ne possède pas foncièrement de prérogatives politiques et que celles-ci étaient du ressort de l'OLP, lequel devra être reconstruit sur des bases nouvelles.

Khaled Mechal :

De son côté et dans un long entretien qui s'est poursuivi jusqu'à après minuit, Mechal a déclaré que le Hamas est à la veille d'une situation inédite qui consiste à participer et à diriger l'Autorité mais que cela ne changera en rien la nature du mouvement qui ne soit en accord avec ses principes. Il a assuré que l'expérience du Hamas au cours des 20 dernières années a prouvé que toutes les tentatives pour l'assujettir avaient échoué. C'est un mouvement en pleine jeunesse qui progresse et gagne et personne ne doit parier sur une mue une fois qu'il sera au pouvoir. Pour lui, le Hamas, au contraire des autres mouvements, voit dans le gouvernement une nécessité et non pas un besoin.

Aussi il va agir au gouvernement en tirant des leçons des erreurs du Fatah au pouvoir.

Quoiqu'il croie fermement que le pouvoir est corrupteur, Mechal n'a pas exprimé une grande crainte de s'engager dans l'expérience, expliquant que pour éviter la corruption du pouvoir, le Hamas comptait sur la base morale que lui fournirait la religion. Mechal a expliqué que la différence entre le Hamas et le Fatah dans l'exercice du pouvoir, est que le premier s'est constitué sur la base d'institutions auxquelles il serait difficile d'imposer l'autoritarisme ou le bon vouloir d'un homme ou plus. Il a dit que le Hamas allait faire tout ce qui est en son pouvoir pour collaborer avec Abou Mazen et qu'il lui fera plus confiance que ne lui en a fait son propre mouvement. Il a dit aussi qu'il y a une quasi-unanimité sur la scène palestinienne sur l'échec du règlement politique et que cela incombe à Israël. Il ajoute « beaucoup considèrent que les Palestiniens sont dans l'impasse, mais le Hamas estime que l'impasse des Palestiniens est moins grave que celles des autres, y compris les USA et Israël. Le peuple palestinien connaît ses choix et est prêt à faire des sacrifices, considérant qu'il n'y a pas d'autre voie, toutes les autres ayant été expérimentées.

Il est convaincu que le sort des Palestiniens sous la direction du Hamas sera, tout compte fait, meilleur qu'auparavant, malgré tous les obstacles locaux, régionaux et internationaux.

Il affirme que le gouvernement qui sera formé par le Hamas reposera sur des technocrates et qu'il comportera des personnalités du Hamas, d'autres formations ainsi que des indépendants. Il a ajouté que la coalition qui sera constituée sera prometteuse et qu'il y a des signes premiers de participation de certains groupes du Fatah. Le Hamas discute actuellement des noms des ministrables plus qu'autre chose." Notre direction est claire et le gouvernement comprendra des personnalités chrétiennes et des femmes". Il a affirmé que ce gouvernement donnera aux Palestiniens de toutes tendances plus de sécurité qu'ils n'en ont eu auparavant.

Le Hamas va demander à toutes les forces désireuses de participer au gouvernement de présenter des noms, ajoutant que le dialogue à ce propos n'est pas encore très « pressé ».

A propos des services de sécurité, Mechal a reconnu que le Fatah les dominait et il a paru très réservé quant aux changements à entreprendre à la direction et dans les cadres de ces services. Le Hamas ne licenciera personne à cause de son appartenance à telle ou telle organisation, mais le Hamas est arrivé avec un programme de réformes qui touche tous les départements de l'Autorité, y compris les services de sécurité, ajoutant que son mouvement croit à l'action graduelle et non pas aux changements brusques. À propos de l'aide européenne, Mechal déclare que le Hamas agira dans la transparence et il montrera à tout le monde que les aides seront utilisées au service du peuple palestinien et non pas du mouvement. Le Hamas ne fera rien qui puisse empêcher l'arrivée des aides mais ne permettra pas non plus que cette aide devienne un moyen de chantage contre les Palestiniens et leur direction. Il ajoute : avant même qu'il n'hérite du pouvoir, le Hamas a eu de nombreuses promesses d'aides arabes, de gouvernements et d'autres, particulièrement des pays du Golfe. Il a insisté sur le fait que si les Palestiniens arrivent à bien gérer leurs ressources, leur besoin en aide diminuera beaucoup. Mechal a affirmé que le Hamas allait élargir ses relations arabes et internationales, ajoutant qu'il a de très nombreux rendez-vous avec des dirigeants arabes et qu'il a l'intention d'élargir les relations avec des pays comme la Turquie, l'Iran, l'Afrique du sud, des pays asiatiques et latino-américains.

 

Avec Moussa :

Mechal a déclaré après sa rencontre avec A'mr Moussa, secrétaire général de la Ligue arabe : « Nous avons tendu la main à nos frères du Fatah et de toutes les autres organisations. Nous sommes décidés et déterminés à élaborer un système politique palestinien multipartite, fondé sur l'unité nationale, la démocratie, le respect de l'autre et l'alternance pacifique au pouvoir. La vision du Hamas pour cette étape est claire. Le Hamas se trouve face à une réalité et comprend qu'il y a une distance entre cette réalité et les droits nationaux légitimes du peuple palestinien. Partant de cette réalité, le Hamas va agir avec vigueur et réalisme pour réaliser les droits du peuple palestinien. Il n'y a d'autre alternative pour Israël que de reconnaître ces droits sinon il choisit la voie de la guerre et de l'insécurité. »

A propos de la reconnaissance par Hamas d'Israël, Michal déclare : quand Israël reconnaîtra les droits des Palestiniens, se retirera de nos terres et nous restituera nos droits, il y aura sûrement une disposition des Palestiniens et des Arabes à faire ensemble un pas positif, mais pas avant qu'Israël ne parvienne à cette étape. Ajoutant que c'est à l'assassin de reconnaître en premier son crime contre la victime.

Des sources diplomatiques ont révélé que Moussa a proposé à la délégation du Hamas que le mouvement déclare son accord avec l'initiative de paix arabe faite au sommet de Beyrouth en 2002 et qui stipule qu'Israël doit se retirer de tous les territoires occupés en 1967, en échange d'une normalisation entre l'État hébreu et tous les pays de la Ligue arabe. Ces mêmes milieux ajoutent que Moussa estime que le fait que Hamas accepte cette initiative est de nature à lui trouver une issue face aux pressions internationales lui demandant de « reconnaître gratuitement Israël ». Mais Moussa et Mechal ont confirmé qu'ils n'y a pas eu d'accord entre eux à ce propos.

En réponse à une question concernant cette initiative, Mechal déclare : « Nous ne nous opposerons pas à la position arabe».

De son côté Abou Marzouk a déclaré pour sa part concernant les armes du Hamas : les combattants du Hamas demeureront des moujahidine, Hamas étant l'autorité, les armes du Hamas seront restituées à l'Autorité », ajoutant : « Quand la Palestine historique sera réhabilitée, les Juifs pourront venir et vivre parmi nous. Ils auront la nationalité palestinienne».

 

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