Le gouvernement irakien organise
certains des attentats contre les civils en Irak
Chicago Tribune
jeudi 16 février 2006 Traduit de l'anglais en français
par Marcel Charbonnier, membre de Tlaxcala, le réseau
de traducteurs pour la diversité linguistique (transtlaxcala@yahoo.com).
Cette traduction est en Copyleft.
L'armée américaine
a découvert des preuves de l'implication du gouvernement
irakien dans des massacres de civils irakiens, dans diverses
régions de l' Irak.
D'après un reportage
publié par Chicago Tribune, l'armée américaine
a arrêté 22 hommes revêtus de l'uniforme
des commandos de la police (irakienne), lesquels s'apprêtaient
à exécuter un Irakien (sunnite).
Ces hommes, qui sont en
garde à vue depuis le mois de janvier, se sont
avérés être non pas des membres de
commandos de la police irakienne, mais des employés
du ministère de l'Intérieur, engagés
en tant que patrouilleurs sur les autoroutes, d'après
le major général Joseph Peterson, qui dirige
les équipes de formation de la police civile en
Irak.
« Nous avons trouvé
un des escadrons de la mort », a-t-il dit. «
Ils appartiennent à la police irakienne ».
Des allégations
selon lesquelles des escadrons de la mort s'en prenant
à des Sunnites opéraient au sein des forces
de la police irakienne, majoritairement chiites, circulaient
depuis mai dernier, les corps de Sunnites détenus
par des hommes portant l'uniforme de la police ayant commencé
à faire leur apparition dans des dépôts
d'ordures et des terrains vague, à la périphérie
de Bagdad. La plupart des victimes avaient été
torturées, et beaucoup avaient été
exécutés par balles, sans doute des pelotons
d'exécution, a rapporté Chicago Tribune.
Ces assassinats ont commencé
après l'arrivée au pouvoir du gouvernement
actuel à majorité chiite, et après
la nomination d'un nouveau ministre de l' Intérieur,
Bayan Jabr, un des responsables de haut rang du Conseil
suprême de la Révolution islamique en Irak,
soutenu par l'Iran. Ceci fait peser sur les forces du
ministère de l'Intérieur irakien le soupçon
qu'elles seraient en train de mener une campagne sectaire
contre des Sunnites.
Le quotidien Chicago Tribune
a indiqué que des milliers de Sunnites ont été
arrêtés depuis lors par les forces du ministère
de l'Intérieur, dans le cadre d'une rafle contre
l'insurrection majoritairement sunnite, d'après
les chiffres du ministère. Des organisations politiques
sunnites affirment que 1 600 des personnes détenues
par des hommes portant l'uniforme de la police ont été
retrouvés morts après leur disparition.
Mais il n'existait jusqu'ici
aucune preuve solide que les personnes tuées aient
été détenues par la véritable
police, et des responsables irakiens ont fréquemment
déclaré soupçonner des insurgés,
des criminels ou des membres de milices se faisant passer
pour des policiers d'être responsables des assassinats,
sans doute afin d'alimenter les tensions interconfessionnelles
qui déstabilisent le pays.
Les anciens uniformes
de la Garde républicaine irakienne ressemblent
à ceux des nouveaux commandos de police chargés
de mener les opérations contre l' insurrection,
a indiqué Peterson, et des uniformes et autres
équipements de la police sont en vente sur les
marchés, ce qui permet à n'importe qui de
se déguiser en policier.
Néanmoins, Peterson
a ajouté qu'il est vraisemblable qu'il y ait d'autres
escadrons de la mort, qui opèrent au sein des forces
de sécurité. « Nous persistons à
penser qu'il y a d'autres escadrons de cette nature, qui
opèrent en ce moment », a-t-il dit.
Au cours des dernières
semaines, il y a eu une nouvelle flambée d' assassinats,
avec notamment la découverte, à Bagdad,
des corps d'une trentaine d'hommes adultes sunnites, dont
quatorze ont été trouvés dans la
benne d'un camion, qui avaient eu les yeux bandés
et avaient été abattus, après avoir
été arrêtés dans une mosquée
par des hommes habillés en policiers.
Le ministre de l'Intérieur,
M. Jabr, a nommé des commissions chargées
d' enquêter sur ces assassinats, et Peterson s'est
dit convaincu que le ministère n'était en
rien impliqué dans des escadrons de la mort qui
pourraient opérer au sein de ses forces.
« Qui sont ces gens
? C'est ce que le ministère s'efforce de savoir
», a-t-il dit. « Ils discréditent et
le ministre et ses services. Il veut les coincer. Il ne
les soutient en rien. »
La découverte de
l'escadron de la mort a été rendue possible
par un fait du hasard : un contrôle de l'armée
irakienne a arrêté ces hommes, au nord de
Bagdad, à la fin janvier, et il leur a demandés
ce qu'ils faisaient. Ils ne cachèrent pas aux soldats
qu'ils étaient en train d'emmener des Sunnites,
afin de les fusiller.
« Ce qui est complètement
dingue, c'est qu'ils vous disent carrément ce qu'
ils vont faire ! » a commenté Peterson.
Quatre de ces hommes,
dont on pense qu'ils sont les meneurs du commando, sont
détenus dans la prison américaine d'Abu
Ghraib, a indiqué Peterson. Les dix-huit autres,
qui vraisemblablement se contentaient d'obéir à
des ordres, sont dans une prison irakienne. Le Sunnite,
accusé d'assassinat, est également dans
une prison irakienne.
Les hommes en uniforme
se sont avérés être tous employés
par le ministère en tant que patrouilleurs sur
les autoroutes, et l'enquête suggère que
les quatre « instigateurs » sous garde américaine
appartiennent à l'Organisation Badr, la branche
armée du Conseil Suprême, a indiqué
Peterson.
Le général
Husssein Ali Kamal, haut responsable au ministère
de l'Intérieur, a indiqué qu'une commission
a été formée et chargée d'enquêter
sur cette affaire, mais qu'elle n'est encore parvenue
à aucune conclusion. « Le ministère
a désigné une commission pour mener l'enquête,
pour trouver la vérité et savoir exactement
ce qui s'est passé », a-t-il indiqué.
Les infiltrations de milices
sont devenues une des principales préoccupations
de l'armée américaine, qui cherche à
accélérer le transfert d 'autorité
aux forces de sécurité irakiennes, afin
de permettre aux troupes américaines de se retirer
d'Irak. Dans certaines régions du pays, des membres
de l'Organisation Badr, des Peshmerga kurdes et de l'armée
du Mahdi (la milice du mollah rebelle Muqtada Sadr) opèrent
ouvertement parallèlement avec les forces de la
police, voire carrément en leur sein.
Bien que des membres des
milices aient été encouragés à
s'enrôler dans la police et l'armée, dans
le cadre d'un plan visant à démanteler les
milices à l'initiative de la précédente
administration américaine en Irak, leur présence
soulève des doutes quant à la loyauté
future des forces de sécurité.
« C'est un problème
de loyauté, d'allégeance », a dit
Peterson. « Si vous continuez à porter votre
T-shirt Badr sous votre uniforme, c'est un problème.
»
Depuis quelque temps,
l'armée américaine intensifie ses efforts
pour contrôler les performances des forces de police
en Irak en matière de droits de l'homme, depuis
la découverte de victimes de la torture parmi les
prisonniers détenus dans une prison du ministère
de l'Intérieur à Jadriyah, dans la banlieue
de Bagdad, à l'automne dernier. Les Etats-Unis
envisagent d'adjoindre 2 000 conseillers militaires aux
1 500 opérant déjà auprès
des 152 000 policiers irakiens, dans l'espoir d' améliorer
ainsi la conscience de la police irakienne en matière
de droits, a indiqué Peterson. Ce sont quelque
85 000 membres de la police actuelle qui ont suivi un
entraînement américain, consistant en un
cours sur dix semaines, qui comporte 32 heures de formation
aux droits de l'homme. A la fin de l'année, les
responsables américains escomptent avoir assuré
la formation de la totalité de la police irakienne,
forte de 200 000 hommes.
Mais les Américains
ne peuvent surveiller toute l'activité des forces
de sécurité, a objecté Peterson.
Il y a actuellement 38 équipes de 11 conseillers
chacune, au sein des bataillons de la police nationale
irakienne chargés de la majorité des opérations
anti-insurrectionnelles, mais chacun de ces bataillons
comptant entre 500 et 700 hommes, « nous ne pouvons
pas surveiller ces gars 24 heures sur 24 », lui
avons-nous entendu dire.
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