L'événement
: Société mondiale de l'information
En ce jour
d’ouverture du Sommet mondial sur la société
de l’information (SMSI) à Tunis, prions à
la mémoire de Marouane Ben Zineb, brillant informaticien,
assassiné dans la fleur de l’âge, pour
avoir découvert fortuitement et révélé
la présence israélienne à Carthage,
seize ans avant que Silvan Shalom ne vienne souiller le
sol de notre chère Tunisie.
Marouane Ben Zineb : la
sauvagerie d'un régime
par Ahmed Manaï,
Horizon 94, n° 1, août 1993, p. 11-12.
Marouane Ben Zineb était
un brillant informaticien de 27 ans. Au mois de juillet
1989, en pleine canicule de l'été tunisien,
alors que ses amis s'adonnaient aux plaisirs de la plage,
il préparait fébrilement son voyage aux
USA, où il a réussi à obtenir une
bourse d'études, en même temps qu'il se relevait,
par de longues séances de rééducation,
d'un récent accident de la circulation.
Un matin du 28 juillet, il emprunta comme à son
accoutumée, la vieille R12 de son père pour
se rendre à l'hôpital. Sur son chemin, il
prit un ami qu'il déposa quelques kms plus loin,
pour ne plus donner signe de vie durant huit jours.
Dès le nuit tombée, c'est le désarroi
total chez les Ben Zineb. On avait remarqué chez
Marouane, au cours des dernières semaines, une
nervosité inaccoutumée, qu'on essaya d'expliquer
par les préparatifs du voyage. Mais cela ne pouvait
justifier une éventuelle fugue d'un jeune homme
bien rangé. Toute la famille se mobilise pour le
retrouver.
Toutes les démarches auprès de la police,
de la garde nationale, des hôpitaux s'avèrent
aussi vaines que celles entreprises assez tôt auprès
des amis.
Ce n'est qu'au deuxième jour que sa soeur se souvint
que Marouane lui avait fait part de sa peur pour le secret
qu'il avait percé quelques semaines auparavant,
en s'introduisant fortuitement dans le système
informatique de la présidence. Il lui avait parlé
notamment d'agents du Mossad israéliens accrédités
à Tunis pour surveiller les chefs de l'OLP et nombre
de militants tunisiens et arabes de la cause palestinienne.
Il ne lui en dira pas plus, mais c'était déjà
assez.
Au troisième jour, Habib Ben Zineb, le père,
Juge à la retraite, obtint une audience auprès
de Chedly Neffati. Celui-ci venait d'être nommé
ministre de l'Intérieur en compensation de la paire
de claques qu'il reçut publiquement quelques jours
auparavant dans le hall du ministère, alors qu'il
n'était que secrétaire d'État, de
la part de Moncef Ben Ali, pour avoir ordonné l'arrestation
de quelques uns de ses proches dealers.
Le père rappela au ministre la longue liste des
services qu'il a rendus à l'État durant
sa carrière de Juge et l'assura qu'il consentirait
bien à lui sacrifier encore le fils si cela était
nécessaire : pourvu qu'on lui dise que c'était
l'État qui en disposait.
Le ministre lui fit la réponse qu'il a entendue
trois jours durant de la bouche des chefs de poste de
police : Marouane n'a pas été arrêté,
n'a jamais été recherché et n'a été
signalé dans aucun accident de la circulation.
Cela a été dit sur un ton dont la fibre
mensongère n'échappa pas au vieux Juge.
En quittant le ministère, Habib Ben Zineb était
convaincu que son fils était passé par là,
et que s'il n'y était plus, il devait être
déjà enterré, ou quelque part dans
une morgue d'hôpital.
Au huitième jour de sa disparition, Marouane fut
retrouvé effectivement à la morgue de l'hôpital
Charles Nicolle, inscrit sous un faux nom, cinq jours
plus tôt. Motif du décès : accident
de la circulation.
En même temps que son cadavre, on retrouva sa vieille
R 12 à Hammam-Lif, au niveau de Bou-Kornine à
quelques mètres de la voie ferrée et à
moins de 50 mètres du poste de police de la circulation
!
Dans le coffre de la voiture, il y avait les papiers,
les lunettes, la montre et d'autres effets personnels,
rangés avec un grand soin. Mais il y avait surtout
les clés de la voiture miraculeusement déposées
sur l'enjoliveur de la roue droite avant.
Avant de "se jeter" sous le train, Marouane
avait pris soin de tout mettre en ordre. Mais jamais un
mort n'a eu autant de mal à gagner sa sépulture.
Il attendit encore huit jours pour être porté
en terre.
Jamais la police n'a autant honoré de sa présence
les funérailles d'un simple et anonyme citoyen.
La veille de son inhumation, elle investit le quartier
et se mêla à la famille pour veiller le corps.
Elle assura pendant des semaines la protection rapprochée
de la tombe, à l'affût d'une quelconque révélation
outre-tombe de Marouane...
Nous venons d'apprendre que le père de Marouane
est tombé, depuis quelques mois, dans un coma profond
à la suite d'une attaque cérébrale.
La Société mondiale de l'information chez
le flic Ben Ali
Mercredi commence à Tunis un sommet de l'ONU sur
la "société mondiale de l'information".
L'agression dont a été victime vendredi
l'envoyé spécial de Libération, poignardé
en pleine rue de Palestine par des sbires du régime
tunisien, donne un avant-goût de ce sommet, dans
un pays où des internautes sont condamnés
à des dizaines d'années de prison. Les délégués
au sommet auront-ils le courage de dénoncer les
pratiques criminelles du régime tunisien ou choisiront-ils
de faire le dos rond ? Combien de participants au contre-
sommet citoyen prévu dans la capitale tunisienne
seront-ils refoulés à l'aéroport
de Tunis ? Les journalistes qui oseront mettre le nez
au dehors du lieu où se tiendra le sommet pour
aller à la rencontre de la société
civile tunisienne en lutte pour la liberté, connaîtront-ils
le même sort que Christophe Boltanski ?
Site :http://www.quibla.net/
Par Monder Sfar
Il y a cinq ans, Ben Ali ordonnait l’assassinat
à l’arme à feu du journaliste Riadh
Ben Fadhl dont le seul crime était d’avoir
rappelé dans Le Monde, lors de l’affaire
Ben Brik, que le Président devait respecter le
terme de ses mandats présidentiels et ‘préparer
le passage de relais.
Etranges ressemblances avec l’agression contre Christophe
Boltanski :
L’attentat contre Ben Fadhl a eu lieu quelques heures
après la publication de son article dans Le Monde
L’agence TAP affirme que c’est Ben Fadhl qui
se serait fait tirer sur lui-même…
Echappé par miracle à l’attentat qui
a eu lieu non loin du Palais de Carthage, Ben Ali recevait
officiellement la victime pendant plus de deux heures
pour étouffer l’affaire – L’agence
TAP a évoqué peu avant l’hypothèse
de tentative de suicide…
Ci-dessous, 4 documents :
- L’article de Riad Ben Fadhl dans le Monde du 21
mai 2000 ;
- Dépêche AFP du 24 mai 2000, le lendemain
de l’attentat manqué.
- Dépêche AFP du 25 mai : Riad Ben Fadhel
pourrait s'être tiré dessus, selon l’agence
TAP officielle du régime
- Le 28 mai Ben Ali reçoit Ben Fadhl pendant plus
de deux heures, (site de la Présidence carthage.tn)
Le Monde daté du dimanche 21 mai 2000
En finir avec le « syndrome de Carthage »,
Par Riad Ben Fadhel
Près de 80 % de la population propriétaire
de son logement, une espérance de vie de soixante-douze
ans, un faible taux de mortalité (27 pour 1 000),
une école obligatoire qui scolarise autant les
filles que les garçons (96 %), un droit à
la santé et à l'éducation accessible
à tous, une croissance économique incontestable,
un niveau de vie qui s'est réellement amélioré,
avec près de 2 500 dollars de revenu par tête
d'habitant. Et tout cela avec pour voisins deux pays trublions
autrement mieux dotés en hydrocarbures. Comment,
mais comment diable la Tunisie, avec autant d'indicateurs
au vert, a-t-elle réussi à gérer
aussi dramatiquement son image et à mettre dans
une gène certaine jusqu'à ses derniers soutiens
sur la scène internationale ?
Autrement dit, si Merlin l'Enchanteur n'a jamais réussi
à transformer le plomb en or, il semble qu'en Tunisie
les miracles de l'alchimie gouvernementale aient réussi
l'impossible : faire du plomb avec de l'or !
A titre d'exemple, et sur la base d'une analyse froide
et lucide de ce qui est devenu l'affaire Taoufik Ben Brik,
force est de constater que nous vivons une situation ubuesque
: la mécanique gouvernementale s'est enrayée
sur un dossier qui, somme toute, n'aurait jamais, mais
au grand jamais, dû prendre les proportions qu'il
a prises.
Le point d'orgue de ce psychodrame ayant été
atteint, après un rappel sans précédent
des troupes et une « mobilisation patriotique »,
par la rencontre entre le chef de l'Etat tunisien et l'ensemble
des responsables des partis politiques reconnus, syndicats
et organisations professionnelles et patronales.
Il va sans dire que les différents médias
de la place, dont la crédibilité laisse
à désirer, reproduisent aussi bien les échos
de cette mobilisation que les différents communiqués
de soutien indéfectible à la personne du
président victime d'un complot des forces du mal
et de « certains médias français ».
Complot orchestré par un Dark Vador qui aurait
élu domicile dans ce pays avec qui nous, Tunisiens,
entretenons une complexe relation d'attraction- répulsion
: la France.
Mais, au-delà de ces péripéties,
ce n'est pas tant le contenu des réactions tunisiennes
qui pose problème, que le niveau exceptionnellement
élevé de l'intervention publique puisque
c'est de Carthage que ce dossier a été géré.
Et pas par n'importe qui mais par le premier d'entre les
Tunisiens, le président Ben Ali lui-même
! !
C'est précisément là que le bât
blesse car, ailleurs, et pas nécessairement dans
les pays du Nord, ce type d'affaire n'aurait jamais pris
une telle ampleur et aurait été réglé
à des niveaux administratifs largement inférieurs.
L'affaire Ben Brik, par-delà la nécessité
sans cesse renouvelée de se battre pour le respect
du droit de chacun à s'exprimer et circuler librement,
est révélatrice de la myopie grandissante
de l'administration tunisienne. Cette dernière,
recluse dans sa tour d'ivoire, est de plus en plus incapable
de fournir des fusibles et contre-feux au président
de la République.
Faire le constat du niveau disproportionné de l'intervention
présidentielle dans la gestion de cette affaire
nous amène légitimement à poser une
question : pourquoi cette paralysie de l'administration
tunisienne, incapable de défendre le président
de la République lorsqu'il s'estime victime d'une
campagne de dénigrement savamment orchestrée
?
Mais, au fait, cette administration tunisienne, dont la
pertinence et le mérite professionnels ont souvent
été relevés par les experts des différentes
institutions financières internationales (par exemple
la Banque mondiale), lui a t-on demandé de jouer
ce rôle ? Au regard des dérives inévitablement
liées à une gestion aussi pyramidale du
pouvoir, avec tout ce que cela implique comme perte d'autonomie
décisionnelle des différentes sphères
administratives, il est bien évident que l'équipe
politique de Carthage a été obligée
de monter au filet, en lieu et place d'une administration
démonétisée. Le désarroi de
cette administration n'a d'égal que celui des jeunes
capitaines d'industrie qui ne savent plus à quel
saint se vouer tant l'opacité des circuits financiers
et des privatisations est devenue la règle.
Il est temps aujourd'hui, alors que nous n'en sommes qu'aux
premiers soubresauts, et près de treize ans après
la transition pacifique qui a permis à la Tunisie
de tourner avec doigté la page d'un bourguibisme
trahi par la vieillesse et les luttes de sérail,
de donner au pays un nouvel élan et de répondre
aux aspirations diffuses d'une jeunesse lycéenne
et étudiante sans repères et sans projet.
La Tunisie a toujours été forte de ses différences
et de ses contrastes. Elle a besoin aujourd'hui d'un New
Deal, d'autant plus que l'hypothèque islamiste
a été écartée. Ben Ali, l'homme
de la déclaration du 7 novembre 1987 et dont le
mandat est constitutionnellement le dernier, a le devoir
de préparer le passage de relais. Il le faut, pour
que soit enfin démenti « le syndrome de Carthage
» - auquel avait déjà succombé
Bourguiba. Pour que la Tunisie ne soit jamais le pays
des jasmins fanés.
Riad Ben Fadhel est économiste ; il travaille dans
le secteur de la communication.
Un ancien journaliste
blessé par balles à Tunis
TUNIS, 24 mai (AFP) - M. Riad Ben Fadhel, ancien rédacteur
en chef de la version arabe du mensuel français
Le Monde diplomatique, a été blessé
par balles mardi [23 mai] matin par des inconnus devant
son domicile à Carthage (banlieue nord de Tunis),
a-t-on appris mercredi auprès de sa famille.
M. Ben Fadhel a été atteint de deux projectiles
devant la porte de sa maison alors qu'il s'apprêtait
à monter dans sa voiture, a-t-on précisé
de même source. Il a été admis en
urgence dans une clinique de Tunis.
Mercredi, ses médecins n'avaient pas encore décidé
s'ils allaient l'opérer ou pas, mais ses jours
n'étaie! nt en principe pas en danger, a-t-on encore
affirmé.
Aucune indication officielle n'a été fournie
sur cette affaire dont la presse tunisienne ne s'est pas
fait l'écho jusqu'à présent. Economiste
de formation, M. Ben Fadhel est devenu directeur de l'Agence
de publicité "Impact Média" depuis
près de deux ans, après la suspension à
Tunis du Monde diplomatique, qui publiait des articles
très critiques à l'égard de la situation
des libertés en Tunisie. Le siège de l'édition
du Monde diplomatique en arabe a depuis lors été
transféré à Beyrouth. L'agression
contre M. Ben Fadhel a été confirmée
par la direction du Monde diplomatique à Paris.
M. Ben Fadhel avait publié le week-end dernier
dans le quotidien français Le Monde un article
intitulé "En finir avec le syndrome de Carthage",
dans lequel il critiquait la manière dont l'affaire
du journaliste tunisien Taoufik Ben Brick avait été
gérée par le pouvoir tunisien.
Riadh Ben Fadhel pourrait s'être tiré dessus,
selon l'enquête de police
TUNIS, 25 mai (AFP) - L'ancien journaliste tunisien Riadh
Ben Fadhel, blessé par balles mardi près
de son domicile dans la banlieue de Tunis, pourrait s'être
lui-même tiré dessus, selon les premiers
résultats de l'enquête de police préliminaire,
rapportés jeudi par l'agence officielle TAP.
Riadh Ben Fadhel, 40 ans, a été atteint
de deux projectiles tirés depuis un véhicule
non loin de sa maison à Carthage (banlieue nord
de Tunis) alors qu'il se trouvait dans sa voiture, selon
l'un de ses frères, Hakim Ben Fadhel.
Les jours de Riadh Ben Fadhel, ancien rédacteur
en chef du mensuel le Monde Diplomatique en arabe à
Tunis, ne sont "en principe pas en danger",
avait affirmé son frère mercredi soir à
l'AFP.
La police a indiqué de son côté que
Riadh Ben Fadhel avait déclaré avoir été
"la cible d'un coup de feu tiré à partir
d'une voiture de petite cylindrée, ayant à
son bord deux individus (...) sans préciser ni
la marque, ni le numéro minéralogique du
véhicule".
Site : carthage.tn
28 mai 2000
Le Président Zine El Abidine Ben Ali reçoit
M. Riadh Ben Fadhl
Le Président Zine El Abidine Ben Ali a reçu,
M. Riadh Ben Fadhl qui était accompagné
de son frère le Dr. Slim Ben Fadhl.
A l'issue de l'entrevue, M. Riadh Ben Fadhl a déclaré
: "Je remercie Monsieur le Président pour
nous avoir reçus et pour l'intérêt
qu'il a porté à mon état de santé
après l'accident dont j'ai été victime.
J'ai acquis la certitude que tous les moyens seront mis
en œuvre pour établir la vérité
en Tunisie, Etat de droit".
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