Directeur: Ahmed Manaï

29. Novembre 1997
Petit bilan d'une petite campagne contre un petit dictateur


Journal de marche zapatiste.N°7- 29 novembre 1997

Fausto Giudice

Après une période d'apparente hibernation mise à profit pour nous informer sur le monde comme il va, l'AZLS se devait, pour son offensive de printemps 1997, de choisir une cible à sa mesure. Petite organisation dotée de faibles moyens mais aux immenses ambitions, nous ne nous sentions cependant pas en mesure de nous mesurer d'emblée au Laogai chinois et à ses dizaines de millions d'esclaves ou à l'Europe de Maastricht ou même aux fauteurs de la guerre au Kurdistan, pour citer pas tout à fait au hasard quelques possibles objets de campagne.
Nous avons donc choisi un dictateur au petit pied, qui fait souffrir les 10 millions d'habitants et d'exilés de ce petit pays qu'est la Tunisie. Le Général Ben Ali a réussi, en dix ans, à mettre en coupe réglée la Tunisie, profitant de l'ombre portée de ses confrères et amis algériens pour encaserner tout un peuple. Il a pu agir en toute impunité grâce à l'aveuglement des «grandes démocraties», au nom de la lutte contre le nouvel ennemi du genre humain, l'islamisme, venu fort à propos remplacer le péril bolchevik depuis une quinzaine d'années.
Sacré «démocrate», le Général en a profité pour piller le pays, remplir ses coffres et ceux de son clan et éliminer toute opposition. A-t-il pour autant écrasé toute résistance?
Nous savons de bonne source que non.
Deux éléments ont contribué à nous mettre en campagne: une nouvelle agression de la part de sbires de Ben Ali contre un réfugié tunisien en France, auteur d'un livre de dénonciation des méthodes benaliesques, Le Supplice tunisien [Editions La Découverte]. Une première agression, impunie à ce jour, avait été commise contre le même Ahmed Manaï un an plus tôt, sans susciter beaucoup de réactions. Une autre grave agression avait été commise, en plein Paris, contre un autre citoyen tunisien défenseur des droits de l'homme en Tunisie, Mondher Sfar. Le choix de ces victimes par les services de Ben Ali n'était pas le fruit du hasard: dans les deux cas, il s'agissait de personnes indépendantes des groupes politiques tunisiens existants et oeuvrant dans un esprit unitaire pour les droits de l'homme en Tunisie.
La division - l'atomisation même - de l’opposition étant le grand allié de Ben Ali, il s'agit pour lui d'empêcher tout rapprochement entre diverses sensibilités et d'éviter la naissance de dynamiques nouvelles, rompant avec les pratiques et méthodes qui ont définitivement fait leur temps, en Tunisie comme ailleurs. Et le meilleur moyen d'obtenir cela, c'est, pour Ben Ali comme pour tous ses semblables, la terreur et la violence physique, associées à la diffamation et à la corruption.Pour la diffamation, le Palais de Carthage et ses officines parisiennes sont passés maîtres dans l'art de la diffamation, utilisant des feuilles illégales et anonymes distillant des mensonges à la petite semaine, mais aussi des montages vidéo du pire acabit.
La deuxième motivation de cette campagne, lancée le 9 avril dernier, était l'imminence d'une visite officielle de Ben Ali en France. Prévue initialement pour 1996 puis repoussée au 5 mai 1997 et enfin au 20 octobre 1997, cette visite aura été l'occasion pour l'opinion française d'en savoir un peu plus sur ce régime et ses méthodes.
Nous avons donc organisé, après un mois de préparatifs un premier rassemblement sur le thème Ben Ali, 10 ans ça suffit et RCD=Répression, corruption, délation [le RCD est le parti unique au pouvoir, qui revendique le nombre fabuleusement soviétique de ...1 700 000 membres! Mais il ne faut s'étonner de rien au pays d'un Ben Ali, élu avec 99, 92% des voix!...].Ce rassemblement a donc eu lieu le 3 mai rue Botzaris, dans le XIXeme arrondissement de Paris, devant les locaux d'une annexe de l'ambassade de Tunisie, qui abrite (officiellement le RCD, l’ ATF, une association- croupion du régime, le «centre culturel» et une partie des activités des barbouzes de Ben Ali à Paris.Leur accueil a été à la mesure de leur peur. Le solide cordon de CRS nous séparant ne les a pas empêchés de se livrer à de nombreuses provocations et de nous filmer abondamment, après avoir envoyé se mêler à nous une femme couverte d'un voile noir intégral, afin d'alimenter leur propagande standard, selon laquelle tout ce qui est contre Ben Ali est islamiste.Manque de pot pour ces messieurs, l'AZLS n'a, c'est le cas de le dire, ni dieu ni maître autre qu' Emiliano Zapata, seul chef que nous reconnaissions et que nous avons choisi pour des raisons pratiques: il est mort depuis 1919 en fait, il n'est pas vraiment mort, mais ceci est une autre histoire] et nous préférons avoir un chef mort qu'un chef vivant. Nous nous sommes d'ailleurs toujours méfiés des chefs, avec et sans barbe, avec et sans moustache. Le rassemblement catalyseur a été suivi de plusieurs mois d'un travail d'information sur la Tunisie relativement «intensif à travers la France et plusieurs pays d'Europe, fous avons diffusé un nombre important de tracts et de journaux en français, en arabe et en anglais informant sur a situation en Tunisie. L'écho suscité a été généralement positif, évidemment surtout en Tunisie, où notre matériel a bien circulé. Aucune dictature, si féroce soit-elle, ne peut désormais édifier des barrières infranchissables autour du peuple qu'elle opprime. Merci donc à tous nos amis européens qui ont mis à profit leurs vacances en Tunisie pour faire oeuvre utile d'information! Cet aspect de notre campagne était évidemment fondamental, dans la mesure ù nous voulions faire savoir à la société tunisienne - aux prisonniers d'opinion, aux citoyens privés de libertés et harcelés, aux intellectuels qui n'ont pas plié - qu'elle n'est as abandonnée à son sort et que ses actes de résistance ont et seront appréciés et soutenus à travers le monde.La visite de Ben Ali a ensuite été l'occasion d'une série d’actions de protestation et d'information, auxquelles nous avons participé. Les autorités françaises ont tout de même interdit un rassemblement devant l'Hôtel de Ville de Paris, ù Tiberi accueillit Ben Ali, mais ce dernier a quand même entendu les cris Ben ALI assassin!, malgré ses très nombreux sbires présents et l'interpellation de 20 manifestants. Il a donc piqué un petit sprint à sa descente de voiture. Il devrait faire du sport; il fait de la mauvaise graisse, cet homme...Bref, Ben Ali n'a pas du tout apprécié l'accueil que lui ont réservé les médias, les politiciens français et les organisations de défense des droits de l'homme. Il s'est même fâché tout rouge et est reparti plus tôt que prévu, annulant la partie privée de son séjour... Nous ne pouvons Que l’encourager à continuer de se fâcher et vive l’apoplexie !

La campagne Ben Ali, 10 ANS, Ca SUFFIT ! s’est enfin clôturée par une marche aux flambeaux organisée par l’AZLS le 7 novembre, date- anniversaire du coup d’Etat commis par Ben Ali en 1987, de Jussieu à la Bastille, qui nous a permis de sensibiliser encore plusieurs milliers de personnes.En définitive, cette campagne a été un excellent stimulant pour toutes celles et tous ceux qui y ont participé de près ou de loin. Elle a permis à des Tunisiens de divers courants et à des citoyens d’ailleurs de travailler ensemble, elle a amené les uns et les autres à se positionner et à commencer- ou recommencer- à se bouger un peu, à sortir de la léthargie.L’AZLS a tenté par cette petite campagne de créer un espace d’information, d’initiative et d’_expression sur la Tunisie et de montrer qu’on pouvait agir même sans grands moyens. La balle est maintenant dans le camp des Tunisiens qui aspirent vraiment à la liberté, à la justice et à la démocratie.

BASTA- YAKFI !

Ben Ali, 10 ans, ça suffit !

Le 7 novembre 1987, le policier Zine El Abidine Ben Ali a pris le pouvoir en Tunisie par un coup d'Etat, avec la bénédiction des capitales occidentales.

Dix ans plus tard, le bilan de ce pouvoir illégitime est catastrophique pour le peuple tunisien. Ben Ali et son clan ont littéralement fait main basse sur le pays. La société civile a été écrasée par la terreur et la corruption. Toutes les libertés ont été supprimées. Un petit groupe d'affairistes s'est enrichi au détriment de la masse des citoyens, réduits à l'état de sujets. Des milliers d'hommes et de femmes sont emprisonnés ou exilés pour avoir osé réclamer la justice sociale et la dignité. La torture est une pratique quotidienne dans les casernes, les commissariats et jusque dans les locaux du ministère de l'Intérieur, en plein centre de Tunis, à côté de l'hôtel Africa.

L'accord de partenariat économique avec l'Union européenne ne fera qu'aggraver les conditions de vie des petites gens, en détruisant encore plus le tissu social, par la privatisation des entreprises publiques, la disparition des petites et moyennes entreprises et l'accaparement des terres agricoles, tout cela sous couvert de mise à niveau et de néo-libéralisme. En 1996, 542 000 touristes français ont passé en Tunisie quatre millions de nuits. Plusieurs millions d'Européens passent chaque année leurs vacances en Tunisie et croient connaître ce pays. Ce qu'ils en voient est un mirage. Derrière la vitrine touristique, il y a la souffrance et la résistance d'un peuple qui aspire à la liberté, à la justice et à la démocratie.

Manifestez votre solidarité

en participant à la manifestation

pour la liberté, la justice et la démocratie en Tunisie

le vendredi 7 novembre 1997 Rassemblement à 18 heures à Jussieu

alliance zapatiste de libération sociale
Fondée en mars 1995par les signataires du Manifeste
zapatiste, l'Azls a pour objet de lutter pour la liberté, la
justice et la démocratie en Europe et dans le monde.

Lisez basta!, journal de marche zapatiste. Correspondance: AZLS, 5 rue de Douai, F-75009 Paris, Fax 0149 95 0656

Ce tract a été distribué par milliers dans les marchés parisiens et ailleurs tout au long de l’automne 1997.

 

Journal de marche zapatiste.N°7- 29 novembre 1997 |

liberté! justice! démocratie!

Tout pour tous, rien pour nous-mêmes !

TUNISIE 1997

Sérénité, d'accord

Mais justice d'abord!


Une campagne publicitaire tout azimut fait actuellement la promotion de la Tunisie," erre de sérénité". Cette campagne est mensongère. La Tunisie n'est pas sereine.

Tant qu'elle sera sous la coupe du général Ben Ali, venu au pouvoir par un coup d'Etat en 1987, son peuple ne sera pas serein.


A-t-on le droit de dire la vérité sur la Tunisie de Ben Ali?

En Tunisie, ce n'est pas le cas. Les milliers de prisonniers politiques, les victimes de torture et de l'arbitraire, les démocrates empêchés de s'exprimer, la presse muselée, les centaines de personnes contraintes à l'exil peuvent en témoigner.

A-t-on le droit de dire la vérité sur la Tunisie de Ben Ali en France?

Oui, mais à condition d'être courageux. Peuvent en témoigner tous les opposants à Ben Ali victimes d'agressions, de menaces et de calomnies commanditées par le régime de Carthage sur le sol français.

Les partisans tunisiens de la liberté, de la justice et de la démocratie ne se laissent pas bâillonner. Ils résistent à la tyrannie. Leurs amis sont à leurs côtés.

Ensemble, ils vous appellent à vous rassembler le

Samedi 3 mai 1997

face au Centre culturel de Tunisie,

36 rue Botzaris, Paris XIX, M° Colonel Fabien,

à partir de 15 heures.

Ce rassemblement silencieux et pacifique, à l'image des formes de résistance développées par la population en Tunisie ces derniers temps, durera jusqu'à' 17 heures. Nous vous proposons de venir munis d'un bandeau blanc ou d'un sparadrap. Nous l'appliquerons sur nos bouches pour donner à
voir l'état dans lequel Ben Ali a mis la société tunisienne: bouche cousue et au garde-à-vous. Une rencontre-débat à bouche décousue aura lieu après le rassemblement en un autre lieu, qui sera communiqué sur place aux participants.

10 ans, ça suffit! !

Liberté, justice, démocratie pour la Tunisie!

Solidarité internationale avec le peuple tunisien! .

alliance zapatiste de libération sociale

Correspondance: AZLS 5 RUE DE DOUAI 75009 PARIS France

Le sermon du 3 mai 1997
Ce texte a été lu devant le centre Botzaris par une jeune femme franco-tunisienne dont les parents ont été dès le surlendemain mis en garde par l'ambassadeur de Ben Ali à Paris contre les engagements de leur fille, qui pourraient leur attirer des ennuis...

« Nous, citoyens de Tunisie et du monde, rassemblés ce 3 mai 1997 face à l'annexe de l'ambassade de Tunisie à Paris, 36 rue Botzaris, faisons aujourd'hui le serment solennel de :
- Continuer à unir nos efforts jusqu'à la chute de la tyrannie du général Ben Ali.

- Oeuvrer à l'instauration d'une démocratie respectant les droits du peuple et de la
personne. Au-delà de nos origines et appartenances philosophiques ou partisanes, nous nous engageons à :

- Etre solidaires avec chaque victime du régime inique de Ben Ali,

- Défendre toute personne et tout groupe persécutés par lui.

- Pratiquer la fraternité et l'égalité dans toutes nos activités.

Nous lançons un appel solennel à tous nos frères et soeurs tunisiens, où qu'ils soient dans le monde: ne vous laissez pas intimider par les agents du régime! La liberté triomphe toujours de la tyrannie! Pour la liberté, la justice et la démocratie en Tunisie.»

Ce texte a été lu et adopté à l'unanimité par les participants au rassemblement du 3 mai.

Si vous voulez vous y associer, adressez-nous ce simple texte: "Je [nous] signe [signons] le serment du 3 mai 1997." Préciser Nom, prénom et/ou organisation, adresse et signer.

Vous pouvez commander YEKFI! 5 exemplaires: 10 f. 10 ex.: 20 f..

Le tract "Connaissez-vous la Tunisie" est disponible en arabe, en français et en anglais.100 exemplaires: 10 f. 200 ex.: 20 f etc.

 

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