Le vrai dépouillement
des voix, se fait Avant et non…après le
scrutin
Par Ahmed SMIAI
Traduit de l’arabe par Ahmed Manaï
Les autorités en charge du peuple
tunisien ont fini de peaufiner la nouvelle version du
spectacle qu’elles présentent régulièrement,
tous les cinq ans, sous le titre « élections
présidentielles et législatives »,
lequel sera joué, comme prévu, le 24 octobre
prochain.
Les autorités en charge du peuple tunisien ont
fini de peaufiner la nouvelle version du spectacle qu’elles
présentent régulièrement, tous
les cinq ans, sous le titre « élections
présidentielles et législatives »,
lequel sera joué, comme prévu, le 24 octobre
prochain.
L’objectif de ces mascarades électorales
étant toujours, bien sûr, de rappeler le
citoyen à son devoir d’obéissance
au pouvoir qui lui a été imposé,
de le convaincre qu’il n’a aucun espoir
de le changer et qu’il ne lui reste qu’à
se soumettre entièrement et définitivement
à sa volonté pour préserver sa
subsistance. S’il aspire par contre à obtenir
quelques privilèges, le citoyen a la possibilité
de faire allégeance et de participer à
la mascarade.
L’ancien régime du Président Bourguiba
justifiait la terreur qu’il exerçait sur
le pays et les citoyens par des considérations
pratiques, telles que la préservation de l’unité
nationale ou le développement et la construction
du pays. Il fondait sa politique sur quelques bribes
d’une idéologie de gauche, en vogue dans
le tiers monde à l’époque, qui ne
laissait aucune place aux libertés et les considéraient
même comme des revendications bourgeoises et réactionnaires.
Le régime de « l’ère nouvelle
» quant à lui, a fondé sa politique
sur la lutte contre « le terrorisme » pour
justifier sa répression généralisée
de tout un peuple et l’empêcher d’exprimer
sa volonté.
« La lutte contre le terrorisme
» :
Depuis la fin du siècle dernier,
la lutte contre le terrorisme constitue le fond de commerce
de l’occident et notamment de l’alliance
américano- sioniste pour étendre leur
domination sur le monde, pour réprimer les peuples,
les étrangler et les obliger à se soumettre
à leur volonté. Cette guerre, qui est
bien antérieure aux événements
du 11 septembre 2001, vise tout particulièrement
les musulmans et l’islam parce que ce dernier
est devenu l’ennemi numéro un, après
la chute de l’Union Soviétique et de l’idéologie
communiste.
La manière dont, déjà au niveau
du vocabulaire, certains traitent de la résistance
Palestinienne est à cet égard très
révélatrice de ce climat. La résistance
Palestinienne est considérée tout simplement
comme l’incarnation du terrorisme pour les américains,
qui, à ce titre, n’épargnent aucun
moyen pour la combattre. Ainsi, ils multiplient les
tentatives pour semer la zizanie dans ses rangs, font
pression sur la Syrie, Le Liban et l’Iran pour
mettre fin à leur soutien et surtout exercent
un chantage permanent sur l’autorité Palestinienne
pour l’engager à combattre tous les mouvements
armés, engagés dans la lutte contre l’occupation
sioniste.
Il n’est pas difficile par ailleurs de constater
qu’il existe une sorte d’accord tacite,
entre les forces pro- sionistes et les régimes
arabes, pour réprimer les mouvements islamiques,
qualifiés, tous et sans exception, de terroristes
ou favorables au terrorisme, même quand leur action
opère par des moyens pacifiques.
Ce sont les « intellectuels laïcistes »
qui se mobilisent en général, pour donner
à la répression violente et brutale, les
explications théoriques spécieuses et
les justifications politiques absurdes qui confortent
les pouvoirs, du genre « séparation la
religion de l’Etat » ou « non politisation
de la religion », formules plus ambiguës
les unes que les autres.
Nous savons, maintenant, par expérience, que
« La guerre contre le terrorisme » ne s’improvise
pas, mais se prépare longtemps à l’avance
et opère selon des procédés bien
rodés.
Elle commence par la provocation des musulmans, les
attaques ciblées et bien coordonnées contre
leur foi, leurs symboles et tout ce qu’ils ont
de sacré. Cela fait bouger et réagir les
victimes qui en appellent à l’esprit de
solidarité de l’Oumma pour résister
et se défendre.
C’est alors que l’agresseur se transforme
en victime, agressé injustement …par des
« terroristes » ! C’est alors aussi
que la machine répressive des pouvoirs locaux
se déclenche, apportant aide et savoir faire,
pour soutenir de toutes leurs forces, les puissances
coloniales et participer ainsi à humilier davantage
leurs peuples et à écraser leurs concitoyens.
Ce schéma- provocation suivie de résistance,
elle-même contrée par la répression
d’Etat- est celui auquel nous assistons dans tous
les conflits qui se produisent actuellement entre les
musulmans et leurs ennemis, un peu partout dans le monde.
Depuis l’occupation de l’Afghanistan et
de l’Irak par la coalition occidentale, la guerre
contre « le terrorisme » s’étend
chaque jour à de nouvelles contrées du
monde musulman. Demain le Soudan avec la région
de Darfour et le Sahara occidental, en Afrique et, plus
tard, le Liban, la Syrie et l’Iran, maintenus
sous la menace permanente de l’intervention américano-
sioniste.
Sous couvert d’incitation aux réformes
politiques, les Etats-Unis exercent un chantage éhonté
sur tous les pays musulmans pour les contraindre à
modifier leurs programmes scolaires et leurs législations
et à les expurger de tout ce qui rappelle, de
près ou de loin, la foi et les valeurs religieuses.
Ils n’hésitent pas, le cas échéant,
à menacer les récalcitrants d’intervention
militaire et même à l’entreprendre,
au mépris du droit international et des conventions
des Nations Unies.
Les troupes Us encerclent tous les lieux Saints de l’Islam
et n’hésitent pas à les violer comme
cela s’est passé récemment au Nadjaf.
Cela entraîne les réactions violentes de
larges pans des sociétés musulmanes et
même des révoltes armées, comme
au Yémen ces derniers mois.
Il est difficile de prévoir ce qui peut arriver
un jour prochain, en réaction à la violence
sans bornes d’une hyper- puissance, détentrice
des armes de destruction les plus sophistiquées
et, qui n’hésite pas à les utiliser,
en bafouant les droits des peuples, la légitimité
internationale et tous les principes qui fondent le
monde moderne.
La Tunisie a aussi vécu cette situation au début
des années quatre vingt dix, sous la forme d’une
répression sophistiquée et implacable
qui a tout ravagé sur son chemin : terreur généralisée,
ratissages, arrestations massives, torture systématique
ayant entraîné la mort d’un grand
nombre de détenus, parodies de procès
dans lesquels ont été condamnés
des milliers de gens et tous les drames et les tragédies
qui découlent d’une situation de guerre
larvée.
Le plus grave est que nous sommes en train de vivre
les prémices d’un renouvellement de cette
tragédie qui, Dieu nous en préserve, risque
fort d’être encore plus violente et plus
destructrice.
Aussi, j’en appelle à tous mes compatriotes,
que le sort de notre patrie intéresse, pour qu’ils
tirent les leçons de l’histoire et agissent
vite et avec sagesse pour éteindre le feu qui
couve et épargnent à leur peuple et à
leur nation, une catastrophe qui ne profite qu’à
leurs ennemis.
Le sommet de la provocation :
En Tunisie, l’islam et les musulmans
sont l’objet d’une provocation de tous les
instants. Je vois, je constate et je vis cette provocation
au quotidien. Les mosquées, en état de
siège permanent et, fermées au public
en dehors des heures de prière, ne jouent, ni
leur rôle social d’orientation et de conscientisation
des citoyens, ni leur rôle religieux d’éducation
des croyants. Ce n’est pas dans nos mosquées
que les gens apprennent à construire leurs solidarités,
à consolider leurs fraternités ou à
affronter ensemble les défis de l’iniquité
et de l’injustice.
Je vois, je constate et je vis cette provocation dans
les discours et les prêches des faux imams, qui,
se targuant d’être des exégètes,
des muftis et même des réformateurs, n’hésitent
pas à nous débiter un discours débile
qui dépouille l’islam de son essence, c’est-à-dire
de sa dimension sociale, culturelle et économique
et le réduit à de simples pratiques cultuelles.
Je vois, je constate et je vis cette provocation dans
les attaques en règle de certains tunisiens contre
tout ce qui relève de l’islam, de l’authenticité
de son livre saint à la personnalité de
son prophète, en passant par ses symboles les
plus sacrés. Et c’est de cette façon
qu’il faut comprendre l’initiative de certains,
à diffuser, sous forme de pétitions, un
texte du Saint Coran expurgé de certains versets.
Mais la provocation ne se limite pas au discours. Elle
est aussi et surtout, dans certaines pratiques et certains
comportements, dans l’espace public, au café,
dans la rue, sur les pages des journaux, sur les écrans
de télévision et dans les « festivals
de l’inculture » qui polluent l’été
tunisien. Elle est dans les boîtes de nuit que
les analyses, les explications et les reportages des
médias ont fait découvrir aux Tunisiens,
cet été, à la veille de la réforme
de la loi qui les régit. Dorénavant, les
jeunes de moins de dix huit ans, peuvent les fréquenter
légalement !
Que l’on ne se méprenne pas sur mes propos
et que l’on ne prétende pas que je veuille
interdire à quiconque de jouir de sa liberté
et de tous ses droits. Je réclame simplement
que tous, sans exception, puissent jouir aussi de leur
liberté et de tous leurs droits et que l’espace
public ne soit pas celui du règne de la médiocrité.
Mais la provocation est aussi ailleurs et à des
niveaux plus dangereux. Elle est dans cet acharnement
à réprimer les islamistes, à les
opprimer et à les priver de leurs droits politiques,
culturels et sociaux et même de leurs droits à
l’éducation, au travail, au déplacement
et au voyage. Paradoxalement, mais on n’est pas
à un paradoxe près, « l’élite
laïciste » soutient inconditionnellement
le pouvoir sur ce point, au nom …de la démocratie
!
La provocation est aussi dans l’indifférence
sadique, du pouvoir et de l’opposition officielle
réunis, face au problème des prisonniers
politiques islamistes, à leur long calvaire et
à tous les crimes perpétrés contre
eux et contre leurs familles.
Et voilà qu’aujourd’hui, le pouvoir
et son opposition, s’appliquent à détourner
l’attention d’un drame qui a trop duré,
en nous offrant ce spectacle du 24 octobre.
La provocation est aussi et surtout dans l’humiliation
permanente du peuple Tunisien, que le pouvoir et certains
partis d’opposition, d’un commun accord,
traitent en mineur, en l’appelant à participer
à une mascarade électorale aux résultats
connus d’avance et, dont l’objectif principal,
est de perpétuer le despotisme, la répression
et la dépendance.
La provocation est enfin dans ce complot ourdi par cette
coalition, pouvoir- opposition, pour garantir l’impunité
aux criminels, priver les victimes de leur droit à
la justice et exclure arbitrairement de la scène
politique, des militants sincères en les maintenant
en prison ou en exil.
Provocation certes, mais aussi complicité, des
centres de décision occidentaux, avec un régime
et son opposition, qu’ils continuent d’appuyer
et de soutenir sans compter et qu’ils considèrent
exemplaires, dans leur conception de la démocratie
et de la modernité et même dans la manière
dont ils pillent les rares richesses du pays.
Mais fort heureusement plus personne, pas même
en occident, n’est dupe, aucun ne croit plus à
ces slogans creux et, encore moins, aux faux prétextes
invoqués pour agresser les musulmans et dominer
le monde.
Le piège des élections :
De tous les subterfuges utilisés
par les puissances impérialistes, pour redorer
le blason des régimes despotiques à leur
solde, celui des élections est le seul qui continue
à faire illusion.
C’est pour cette raison qu’elles recommandent
à leurs protégés d’en organiser
périodiquement, en prenant soin d’en exclure
toutes les forces représentatives, supposées
d’avance hostiles à la domination étrangère
et d’y associer tous les groupuscules marginaux,
opportunistes et favorables aux forces de domination.
L’objectif étant bien sûr de donner
à ces régimes, la légitimité
dont ils sont dénués.
Les élections prévues en Tunisie au mois
d’octobre, ne diffèrent pas, par leur objectif,
de celles qu’on prépare en Afghanistan
à la fin de l’année, en Irak au
début de l’année prochaine ou n’importe
où ailleurs.
Les élections prévues en Afghanistan,
se dérouleront dans un pays occupé et
meurtri par une série de guerres coloniales.
Elles engageront un peuple fier, attaché à
ses structures sociales et à son organisation
tribale, profondément hostile à toute
présence étrangère sur son sol
et à ses représentants fantoches. Ces
élections n’ont d’autre but pour
les occupants que de donner un semblant de légitimité
à « l’homme » qu’ils
auraient choisi pour présider aux destinées
de l’Afghanistan et aux « représentants
» du peuple Afghan qui auraient obtenu leur grâce.
Aussi, les Afghans, forts conscients de cette situation,
n’ont d’autre préoccupation que celle
de libérer leur pays.
Il en est de même des élections prochaines
en Irak. Elles sont préparées par un pouvoir
fantoche, sans autre légitimité, nationale
ou internationale, que celle que lui donnent les forces
d’occupation. Ses forces armées, sa police
et sa garde nationale ne sont que les supplétifs
des forces d’occupation. Ces élections
se dérouleront dans un pays dévasté
par la guerre mais mobilisé dans une résistance
farouche aux nouveaux colonialistes. C’est pour
ces raisons que de telles élections ne pourront
jamais donner une quelconque légitimité
à ceux qui sont illégitimes par essence.
Qu’en est-il de nos « élections »,
prévues prochainement en Tunisie
Même si leur contexte politique est différent
des deux exemples précédents, nos «
élections » n’en seront pas plus
légitimes, parce qu’elles se feront à
l’ombre d’une constitution qui a été
très malmenée, dans le but d’abroger
la limitation du nombre de mandats présidentiels,
d’ouvrir la voie d’une présidence
à vie au président actuel et de lui garantir
l’impunité totale et à vie. Et aussi,
dans le cadre de lois iniques, interdisant tout exercice
des libertés fondamentales, sans lesquelles une
élection n’a aucun sens.
Elles se feront aussi à un moment où des
centaines de prisonniers politiques continuent de subir
les affres de la torture dans des prisons qui n’ont
rien à envier à la tristement célèbre
prison de Abou Gharib et alors que des milliers d’autres
ont été contraints à l’exil
par suite de la répression et de l’oppression
du régime.
Elles se feront aussi en l’absence de véritables
partis politiques et dans un contexte d’indifférence
générale des citoyens et même de
leur désespérance.
Ce sont de telles élections que l’on nous
prépare et que de nombreux milieux officiels
occidentaux semblent soutenir sans réserve, ce
qui ne saurait étonner après leur silence
complice sur la réforme de la constitution et
sur « le référendum populaire »
qui l’avait consacré.
Curieusement, le référendum véritablement
populaire, organisé récemment au Venezuela
avec la participation massive des citoyens de ce pays,
en présence d’observateurs internationaux
qui l’ont jugé régulier et transparent,
suscite des réserves et même l’hostilité
des Usa. Il est vrai qu’il n’a pas profité
à leurs amis dans ce pays, mais plutôt
au Président Chavez qu’ils ne portent pas
dans leur cœur.
Les récents développements politiques
au Liban, ont révélé que les pays
occidentaux n’hésitent plus à réclamer,
sans vergogne, un certain droit de Veto sur tout ce
qui touche à l’organisation des élections,
à l’élaboration ou aux réformes
constitutionnelles dans les pays pauvres.
Ceux qui constituent « la classe politique »
chez nous ou s’en réclament, n’ignorent
pas cette situation. Bien plus, ils s’en accommodent
fort bien. La meilleure illustration en est donnée
par le candidat de ce qu’on appelle communément
« l’initiative démocratique »
à l’élection présidentielle,
qui s’est envolé en France pour se concerter
avec des membres du Sénat français, au
sujet des élections tunisiennes. Et cela bien
avant qu’il ne présente officiellement
sa candidature. Sûr que dans son for intérieur,
le candidat à la présidentielle estime
que les « élections tunisiennes »
sont avant tout une affaire française. Les prochaines
semaines nous révéleront sûrement
d’autres exemples de ce comportement de nos «
politiques ».
Les faux prétextes:
Pour se donner bonne conscience, les
candidats aux prochaines « élections »,
tout comme leurs collègues aux précédentes,
essaient de justifier leur participation à cette
mascarade électorale en la présentant
comme un acte de militantisme, pour consacrer le multipartisme
et consolider la démocratie. Il s’agit
là d’un illusionnisme qui ne peut tenir
face aux quelques vérités suivantes :
Ce sont les mêmes prétextes fallacieux
qui ont été avancés à la
veille de toutes les élections au cours des quinze
dernières années et qui, au regard des
résultats, n’ont ni consacré le
multipartisme ni consolidé la démocratie.
Au contraire, la régression a été
terrible et à tous les niveaux. Jamais les libertés
fondamentales n’ont été bafouées
autant que durant cette période, ni la justice
autant instrumentalisé pour réprimer les
opposants politiques. Jamais non plus, la constitution
n’a été autant violée et
mise au service conjoint, des ambitions d’un homme
et des intérêts étrangers, que durant
ces quinze dernières années.
Il est de notoriété publique que toutes
les ressources du pays sont entre les mains de clans
mafieux qui échappent à tout contrôle
et jouissent d’une impunité totale. Situation
que reconnaissent même certains de ceux qui appellent
à la participation à la mascarade électorale.
On ne peut sérieusement parler de démocratie
et de multipartisme à l’ombre d’un
régime qui fonde sa politique sur la répression
et l’exclusion de ses adversaires politiques,
sur la violation systématique des libertés
d’expression et d’association et sur l’interdiction
de toute forme de manifestation pacifique. Aussi, prétendre
« consacrer le multipartisme » et «
consolider la démocratie » en participant
à cette mascarade, relèverait au mieux
de la logomachie et au pire de l’imposture.
Cette participation vise, entre autres objectifs, à
consacrer l’exclusion des courants islamiques
(qui, rappelons le, ont payé le prix fort pour
la liberté et la dignité des tunisiens
et pour s’opposer au despotisme et résister
à la répression) ce qui constitue un soutien
manifeste à la politique répressive du
régime. Une telle attitude ne peut, en aucun
cas, être acceptée. Mais elle a au moins
l’avantage de réduire les prétentions
de ses tenants à « militer pour la démocratie
», à un slogan creux, sinon à une
imposture.
En accordant 20% des sièges du parlement aux
opposants, le code électoral tunisien passe pour
être unique au monde. C’est aussi un code
corrupteur, puisqu’il coupe les opposants du peuple,
les met sous la coupe directe du pouvoir et crée,
entre les partis et à l’intérieur
de chacun d’entre eux, une concurrence féroce
pour l’obtention du siège parlementaire.
C’est une situation que nous connaissons parfaitement
bien depuis les élections de 1994, date de mise
en vigueur de ce code.
Aussi les 20% de sièges, accordés à
des partis, incapables, ni de les obtenir par eux-mêmes-
puisqu’ils récoltent tous réunis,
3% des voix des électeurs- ni même de surveiller
le scrutin et de connaître ses résultats
effectifs, ne sont en fait, qu’un moyen de les
corrompre et de les inciter à participer à
cette mascarade. C’est le prix, de l’éminent
service qu’ils rendent au régime répressif,
en lui accordant un semblant de légitimité.
Mais en plus des motifs incitant à la participation,
liés à la part du gâteau que constituent
les 20% de sièges, il y a aussi l’appât
du financement public octroyé aux partis légaux.
Et il importe peu que cela se fasse aux dépends
de la dignité du peuple et des individus !
Mais, disons le franchement. Les partis qui ne participeraient
aux élections que pour ces intérêts
bassement matériels, quoique condamnables pour
le tort qu’ils occasionnent au trésor public,
sont infiniment moins dangereux que ceux en intelligence
avec des puissances étrangères, auprès
desquelles ils n’hésitent pas à
tout négocier, de l’avenir du peuple tunisien
et de son identité, à leur propre statut
futur !
L’unique choix : le boycott
Les vrais opposants, ceux qui refusent
que la situation catastrophique actuelle s’aggrave
et mette en péril l’avenir de la Tunisie,
n’ont d’autre choix que de boycotter et
d’appeler à boycotter une nouvelle mascarade
électorale, qui enchaîne un peu plus les
tunisiens et pollue davantage le climat politique.
Une position aussi courageuse peut coûter très
cher. Mais c’est toujours le prix de la liberté
!
Il est réconfortant de constater que, malgré
la persistance de la peur, héritée des
années de terreur et qu’explique aussi
la permanence de la répression, de nombreux tunisiens
commencent à prôner le boycott.
D’autre part, les composantes politiques crédibles
et représentatives sur la scène tunisienne,
ont adopté cette position de refus et nous espérons
que d’autres s’y joignent pour constituer
dans un proche avenir, un « Front démocratique
et populaire de résistance pacifique »,
qui appellera à de véritables élections
libres et conduira la lutte pour la liberté et
la démocratie.
Pour conclure, nous dirons que tout
est parfaitement clair et qu’il est inutile de
continuer à tromper les tunisiens à coup
de slogans creux et d’analyses obsolètes,
que dément chaque jour la réalité
du terrain.
« Les élections » qui se dérouleront
en Tunisie le 24 octobre prochain, dans les conditions
que nous connaissons tous, aux plans local, régional
et international, n’ont d’autre objectif
que de donner un semblant de légitimité
au régime actuel pour pouvoir le présenter
comme modèle pour tous les pays choisis par l’occident
pour exécuter sa politique de lutte contre le
terrorisme. Cela veut dire tout simplement que notre
pays va se transformer en base avancée de la
coalition américano- sioniste pour élargir
son expansion et étendre sa domination du monde.
Le peuple tunisien et les peuples voisins seront les
premières victimes d’une telle politique
d’agression.
Pas besoin non plus, d’attendre les résultats
du scrutin, qui sont connus d’avance et ne dépendent
que de la qualité des services rendus au régime
et à ses services de sécurité,
par les divers candidats, qu’ils soient du Rcd
ou des autres « formations de l’opposition
». Cette distinction entre les deux camps, n’a
aucun sens dans la réalité, puisqu’il
n’y a, ni parti au pouvoir ni partis d’opposition,
mais seulement un pouvoir qui distribue les rôles.
Et les futurs députés, censés représenter
le peuple, ne seront en fait que ceux du pouvoir, entièrement
coupés de leur peuple.
Quant au véritable dépouillement
des voix, il se fera avant le scrutin et non après
et, départagera d’un côté,
les patriotes sincères qui luttent pour les grands
principes humanistes, la liberté et la dignité
de leur peuple et de leur nation arabe et musulmane
et, de l’autre, ceux qui ont fait de l’action
politique, un gagne pain et un moyen de servir les puissances
étrangères.