« Aspects
actuels du négationnisme en Tunisie » :
ou le rapport de fin de mission de Luiza Toscane
par Ahmed Manaï,
Mon nom a été souvent
cité ces dernières années et associé
injustement à ce qu’on appelle le «
révisionnisme ».
Une première fois le 18 mars
1993, quelques mois après avoir constitué
avec Mondher Sfar, le Comité Tunisien d’Appel
à la démission de Ben Ali (1) signalé
dans Le Monde daté du 9 mars 1993.
L’antenne parisienne de la défunte Agence
tunisienne de communication extérieure (ATCE)
avait inondé ce jour là, les rédactions
de la presse parisienne, d’une littérature
mensongère et médiocre signée de
son agent Aida Klibi et m’attribuant, outre des
relations avec « le mouvement intégriste
tunisien » ce qui était de notoriété
publique, des articles dans l’organe du Front
national, Présent (2)
La deuxième fois, c'était
une année plus tard, en 1994 et toujours par
la même ATCE (repris par le Nouvel Afrique Asie,
qui venait de passer sous contrôle du régime
tunisien) et ce à la suite du communiqué
que je venais de signer avec M. Sfar et d’autres,
dans lequel nous dénoncions la normalisation
des relations tunisiennes avec Israël, pays colonialiste
et oppresseur, en guerre contre le peuple Palestinien
et qui, de surplus, avait agressé sans la moindre
justification et à deux reprises (1985 et 1988)
notre pays : la Tunisie.
La troisième fois, c'était
en 1995, à la suite de la parution de mon ouvrage
« Supplice Tunisien », toujours par la même
ATCE mais à une plus grande échelle. Les
antennes de Paris, Londres et Bruxelles s’associèrent
pour inonder de leur littérature, les rédactions
des grands journaux dans les pays où j’étais
supposé me rendre pour promouvoir mon livre et
témoigner de la situation en Tunisie. Leur littérature,
toujours aussi médiocre mais plus mensongère
que jamais, m’attribua le rôle de premier
dirigeant du mouvement Nahda (Tribune de Genève,
Libération, le Soir de Belgique…..), des
articles dans la presse du Front national, des travaux
d’histoire ayant prétendument paru dans
des revues révisionnistes, notamment La Vieille
Taupe, en plus de mes amitiés dans les cercles
négationnistes.
Jusque-là c’était
mon amitié avec Mondher Sfar qui me valait ce
flot de calomnies.
Plus récemment, le 26 juin 2002,
le correspondant parisien du journal Al Quds Al Arabi,
paraissant à Londres, en panne d’inspiration
et en quête de sensationnel, a publié un
article intitulé « Tempête autour
d’un intellectuel tunisien » dans lequel
mon nom a été cité. En remontant
ses sources, j’ai découvert que j’étais
l’hôte ou l’otage, à mon insu
depuis le milieu de l’année 2000 d’un
site amnistia, tenu par un journaliste- écrivain,
répondant au nom de Didier Daeninckx.
C’est ainsi que j’ai appris
que l’un de mes colistiers aux élections
législatives de 1989 en Tunisie, Abdel Hamid
Bdioui, avait soutenu en 1986, une thèse à
l’université de Lyon, devant un jury de
professeurs, mais que Didier Daeninckx jugea, quatorze
ans plus tard, « négationniste ».
Je n’ai jamais lu cette thèse ni le livre
qui en a été tiré et je ne savais
pas, avant l’entrée sur le site amnistia.org
que l’auteur était condamné au feu
éternel. Mon ami Gilles Perrault est mon compagnon
de cellule dans ce site, condamné pour avoir
préfacé un livre dans lequel figure le
nom de Bdioui.(3) Il aurait dû vérifier
les CV des dizaines de personnes que j’avais citées
dans cet ouvrage et s’assurer qu’elles répondaient
toutes aux normes établies par Didier Daeninckx.
J’ai écrit une lettre à
ce Didier et je l’ai mis au défi de la
publier sur son site (4). Il n’a pas dû
le faire, sinon, la modeste et intègre chercheur,
Luiza Toscane, qui s’est toujours présentée
comme une militante de base et qui a pioché dans
les archives de ce site pour rédiger son rapport,
l’aurait mentionnée.
Mon nom vient encore une fois d’être
cité et associé injustement aux cercles
« négationnistes » par cette même
Luiza Toscane dans ce que j’estime être
un rapport de fin de mission.
Je ne parlerai pas de ce rapport. La
justice, que je vais saisir incessamment, avec constitution
de partie civile, se prononcera sur ce tissu de calomnies.
Je parlerai par contre un peu de son auteur.
Ma première rencontre avec Luiza
Toscane remonte (je ne sais si elle s’en souvient)
au mois de décembre 1993, au cours des journées
du Monde Diplomatique du Mans. Je m’y étais
rendu au nom du Comité de Soutien à Salah
Karkar que j’avais constitué avec certains
de ses amis le 31 octobre, au lendemain de son arrestation
et de son assignation à résidence dans
l’île d’Ouessant. C’était
essentiellement pour recueillir des signatures à
l’Appel au Retour de Salah Karkar dans sa famille
(5).
Je n’ai pas eu beaucoup de succès
dans mon entreprise : à peine une dizaine de
signatures mais pas celle de Luiza Toscane. J’eus
droit quand même à son dossier de 3 pages,
intitulé : le nouveau désordre intégriste,
publié à l’automne 93 par Critique
communiste n°135.
Je retrouvais Luiza Toscane des années
plus tard mais surtout à la mi-1996, engagée
au sein d’une ONG dont les membres tunisiens,
s’étaient enfin réveillés
à la réalité des droits de l’homme
en Tunisie. C’était tant mieux parce que
j’estimais que L.T et ses amis, malgré
leur ostracisme vis-à-vis de ceux qui les ont
précédés dans la lutte, pouvaient
mobiliser les nombreuses ONG que notre action depuis
le milieu de 1991 n’avait pas réussi à
faire bouger.
Le 14 mars 1997 j’ai été
agressé pour la deuxième fois, devant
mon domicile, dans la banlieue parisienne. Dès
le premier coup reçu, j’ai eu la certitude
que mes agresseurs étaient des Tunisiens et que
le commanditaire n’était autre que le Chef
tunisien.
Le lendemain, Luiza me rendit visite
à l’hôpital et m’assura de
son soutien. Ce qui m’avait très touché.
Quelques jours après, le gouvernement
français dépêcha un haut fonctionnaire
à Tunis pour protester contre l’agression
d’un réfugié politique sur son sol.
On me rapporta de la réunion de travail qui avait
réuni tous les chefs des services tunisiens avec
leur collègue français, que les premiers
avaient protesté de leur innocence, alléguant
que mon agression était le fait des services
israéliens Cela n’a pas convaincu l’émissaire
français, bien au fait de ce qui se passe dans
son pays, mais ébranla néanmoins mes premières
certitudes durant quelques jours. J’ai même
trouvé une raison à cette hypothèse.
En effet le 7 mars, soit une semaine avant l’agression,
Louisa Hannoune, Secrétaire générale
du Parti des Travailleurs Algériens, organisait
un meeting à la Mutualité et m’avait
demandé de servir d’interprète à
son invité de marque : un leader du Front populaire
de libération de la Palestine. Ce que j’ai
fait convenablement, semble-t-il, ayant réussi,
sans la moindre expérience dans la traduction
simultanée, à traduire autant le discours
que sa charge émotionnelle. Il y avait près
de mille cinq cents (1 500) personnes dans la salle
et rien ne prouve que des agents d’une quelconque
milice n’étaient pas aux premiers rangs.
Après ma sortie de l’hôpital
et parallèlement à l’enquête
de la PJ de Versailles, j’ai eu un long entretien
avec deux hauts fonctionnaires du Ministère de
l’intérieur français à l’issue
duquel ils m’avaient conseillé de faire
le tri dans mes relations. Je l’avais commencé
par moi-même et je m’étais pesamment
attardé sur la personne de Luiza Toscane. J’avais
très peu de rapports avec elle mais je n’arrivais
pas à m’expliquer les raisons de son engagement
total dans la défense de gens dont la cause me
semblait être aux antipodes de la sienne et qui
lui causait de plus, de sérieux problèmes
avec ses amis(5). Mais elle m’intriguait surtout
par son choix de continuer à agir sous un faux
nom, au mépris de ses partenaires et alors que
rien, dans les conditions des libertés en France,
ne pouvait le justifier.
Il y avait un autre détail. Quelques
jours avant mon agression, des collègues de travail
(je travaillais à l’époque à
la gare de Lyon) m’avaient informé qu’une
dame, munie d’un appareil photo muni de flash
, s’était glissée vers 19 heures
dans la foule compacte des voyageurs et m’avait
pris en photo à deux ou trois reprises.
C’est ainsi que j’ai été
amené, sans aucun plaisir je l’avoue, à
penser à Luiza Toscane, à sa véritable
identité et à sa mission. Je m'en suis
longtemps voulu de l’avoir suspectée. Mais
plus maintenant et nous devons nous attendre à
d’autres surprises de sa part.
Enfin, avant notre rendez-vous au tribunal,
ces deux mots à Luiza Toscane, à ses amis,
ses commanditaires et ses alliés objectifs dans
cette cabale et à tous ceux qui leur font les
yeux doux :
Mondher Sfar, que vous diabolisez, est
mon ami. Nous sommes engagés depuis douze ans
dans le combat pour la démocratie en Tunisie.
Tel que je le connais, il est suffisamment grand et
assez courageux pour assumer seul ses idées et
ses opinions sur l’histoire. Celles- ci ne gênent
pas plus le musulman de conviction et de pratique que
je suis, que ses idées et ses écrits critiques
de l’islam.
Quant à Ahmed Manaï que
vous croyez pouvoir atteindre à travers ce tissu
de mensonges, sachez qu’il n’est pas le
produit d’une bulle médiatique, des communiqués
de soutien d’ONG complaisantes, des affres de
la torture et de l’exil, de l’appartenance
à un quelconque groupuscule partisan ou de la
bienveillante protection d’une puissance étrangère.
Il est ce qu’il a été toujours :
un patriote tunisien, un Arabe et un musulman engagé
dans les combats les plus nobles pour son pays, pour
sa nation et pour un monde plus juste et plus fraternel.
Et à ces divers titres, il a des millions de
petits Mohamed à défendre en priorité.
1) Pour l’information de Luiza
Toscane et de ses amis, je ne suis pas au Collectif
de la Communauté Tunisienne, mais seulement au
Comité d’appel à la démission.
C’est déjà pas mal !
2) Lettre de l’ATCE (Paris) aux
rédactions de la presse parisienne en date du
18 mars 1993.
3) Avant que D.D. ne fiche A.Bdioui
dans le mouvement Nahda, Jeune Afrique, qui était
alors plus intelligent qu’aujourd’hui, l’avait
fait en pleine campagne électorale au mois de
mars 1989. Je me souviens que A.Bdioui m’en avait
parlé vaguement, ainsi que de sa lettre de rectification
à J.A. où il dénonçait l’amalgame
et se déclarait sans aucun lien avec ce mouvement.
Luiza saura aisément le vérifier et le
communiquer à ses informateurs.
4)Texte de la lettre à Didier
D. en annexe.
5) Appel pour le retour de Salah Karkar
dans sa famille. Tunisie : Horizons 94. N° 2 -Janvier
1994. Paris.
6) « Je ne te pardonnerai jamais
tout ce que tu as fait pour ces salopards » lança
à Luiza un de ses camarades révolutionnaires.
In « Le statut de la victime dans les ONG : une
expérience tunisienne. Luiza Toscane, 18 septembre
2002.