itri

Directeur: Ahmed Manaï

 

 

25 octobre 2007
 
LIBAN 
Un Président pour qui ?
 


« Le Président de la République est le chef de l’Etat et le symbole de l’unité du pays. Il veille au respect de la Constitution, à la sauvegarde de l’indépendance du Liban, à son unité, et à l’intégrité de son territoire ».
 
Arbitre en quelque sorte. Le Président est censé être l’homme vêtu de neutralité qui courre deux fois plus que les autres pour que tous jouent dans les meilleures conditions possibles. Pourtant, l’idée dominante se refuse à voir dans le Président de la République cet arbitre, en faisant ainsi un enjeu de partage du pouvoir. Enjeu de partage du pouvoir au goût amer parce qu’il enferme tout un pays dans une prison intellectuelle marquée par « l’ivresse des petites querelles et des illuminations du chemin de Damas »[1]. Le tout sur fond d’assassinats des députés, au semblant de calcul funèbre visant à décimer le corps électoral. A croire qu’un nouveau prétexte pour torturer la Constitution va devoir être soulevé. A savoir la conformité ou non à la Constitution d’un changement de majorité du fait de l’assassinat de députés. D’ailleurs, on n’est plus absurdité près à ce niveau, où la prorogation des mandats est presque devenue une coutume. Coutume tout aussi aberrante et dénigrante que celle qui ne veut rechercher un Président que parmi les mâles de la communauté maronite. Et, cela avec la bénédiction du Patriarche à qui l’on a octroyé le droit de superviser l’élection présidentielle.


Soit, quoi qu’il arrive, les entorses à la Constitution sont inévitables. Peu importe, le seul débat convenu tourne encore autour de la constitutionalité de ce foutu qorum. A la limite, il est envisageable de traiter de la résistance et du tribunal international et d’arguer l’indépendance du Liban. Mais rien sur la crise de l’économie libanaise. Rien sur les inégalités de développement entre le centre et la périphérie. Rien sur l’absence d’électricité dans beaucoup de foyers. Rien sur le chômage et l’émigration des jeunes. Rien sur la panne de l’ascenseur social. Rien sur la législation du travail. Rien sur la dégression de syndiacats, seuls véritables défenseurs de la société civile. De la même manière, rien sur les droits de l’Homme. Rien sur les pratiques trop souvent inadmissibles de la police. Rien sur la situation des prisons. Rien sur le traitement des réfugiés palestiniens et iraqiens. Rien sur la censure qui infantillise tout un peuple. Rien sur la réforme des statuts personnels qui sont tous discriminant pour les femmes. Et rien non plus sur la place des intellectuels. Rien sur le fait que la pensée est aujourd’hui réduite à de vulgaires arrière-pensées. En clair, rien sur ce qui pourrait rapprocher les Libanais au delà des divergences identitaires. Consternant. Sans point d’exclamation mais avec une grande interrogation.
 

Certainement, la Constitution libanaise confie l’élection du Président de la République au Parlement ce qui limite considérablement la campagne électorale. Seulement, tout de même on est en droit de s’attendre à mieux que ce que l’on observe actuellement. Avec au minimum un espoir de réforme des institutions libanaises, et notamment la déconfessionalisation. Car qui mieux qu’un Président peut mettre sur la table ce genre de question. Malheuresement, même cela il faut s’en passer. Et se contenter de regarder la déchéance d’une classe politique toujours plus préoccupée par ses intérêts personnels et sans aucun projet d’avenir. Classe politique qui, tout au mieux, accepte de prendre part au jeu de la chaise musicale pour faire croire à l’existence d’une démocratie libanaise.
Plus grave encore, le débat politique judicieux et impérieux pour le renouveau démocratique a été littéralement confisqué. Et cela tant par la manipulation de l’islamisme radical que par les diverses ingérences dans la vie politique libanaise. En effet, dans une alliance à la façon Huis clos, islamistes, régimes arabes et puissances occidentales travaillent à l’islamisation des conflits. Déployant une énergie folle dans l’unique but de mal poser les problèmes pour être sûrs de ne jamais trouver de solution.  De plus, les Libanais se sont résolus : les décisions politiques ne se prennent pas au Liban ! Et comment dire le contraire au moment où le camp des uns ne partage que l’opposition au régime syrien et où le camp des autres voit la chambre des représentants américaine se passionner pour des détails de la politique interne libanaise.
 

C’est clair, le Liban n’est plus un pays mais une névrose. Névrose particulièrement douloureuse pour ceux qui après avoir aimé chanter «  soldats, contre qui ? » sont condamnés à se demander : un Président, pour qui ?
 

Jamal Jadal.


Visionnez aussi ces images:






[1] Samir Kassir, « Chose publique », L’Orient express, n°25, 7 décembre 1997.

[Accueil] [Actualités] [Rencontre] [presse][Interviews] [Appel] [Lettre ouverte] [Archives] [Livres] [I.T.R.I]