Elections
Tunisiennes :
ATTENTION
! Un train peut en cacher un autre !
« Mon balcon donnait sur un centre
de vote et je me suis amusé à compter
les « électeurs » pendant trois heures,
de 10 à 13 heures, dans un quartier populaire
d’une grande ville tunisienne, je vous jure que
j’ai compté 12 personnes », écrit
Balha Boujadi, un correspondant anonyme de tunisnews,
ce mercredi 27 octobre, commentant le taux de participation
des tunisiens à cette mascarade. Le témoin
n’est pas récusable et son témoignage
est tout à fait crédible, quoique l’échantillon
ne semble guère significatif.
Mais passons, l’essentiel n’est pas là.
A moins que l’on ait cru vraiment à de
véritables élections, avec d’authentiques
candidats, engagés dans une compétition
pour se disputer la confiance de vrais électeurs
! Alors là ce serait très grave, parce
que tous les tunisiens auraient bu « au fleuve
de la folie » de Taoufik Al Hakim.
Le rideau :
Avec la publication des résultats
officiels du scrutin, puis des communiqués de
protestation et de dénonciation des opposants,
des rapports des observateurs étrangers qui ont
suivi le scrutin de leurs chambres d’hôtel,
des télégrammes de félicitation
des chefs d’Etat étrangers et de l’Union
Européenne et enfin des « remontrances
» gênées du département d’Etat
Américain, que restera-t-il de cette comédie
qui s’est jouée le 24 octobre 2004 en Tunisie
?
Peut-être que certains opposants continueront
à ergoter sur l’inconstitutionnalité
de cette quatrième candidature de Ben Ali, d’autres
d’appeler à la mobilisation pour recomposer
l’opposition ou donner vie au projet mythique
de constitution d’un pôle démocratique,
comme s’il était possible de construire
quoique ce soit dans le climat actuel ou que les urnes
seraient capables d’enfanter la démocratie
dans la Tunisie de Ben Ali.
Peut-être aussi que certains candidats malheureux
aux législatives, tel que l’octogénaire
Mohamed Harmel, continueront quelque temps de maugréer
sur leur sort pour avoir raté l’occasion
de finir leur vie à l’assemblée.
Et d’autres et d’autres !
Le rideau va donc tomber sur la comédie, si ce
n’est déjà fait, comme l’écrit
le même Balha Boujadi, ajoutant : « malheureusement,
nous allons voir, pendant cinq ans, un chef d’œuvre
de tragédie ».
La tragédie, qui est déjà là,
depuis dix sept longues années, serait-elle en
train d’enfanter un chef d’œuvre ?
Je ne sais comment Balha imagine ce « futur chef
d’œuvre», mais personnellement, je
l’ai vu d’ici, à la télévision,
de mes propres yeux, en chair et en os, le vendredi
22 octobre 2004, en illustration de toutes les informations,
de tous les recoupements et de toutes les analyses….
!
L’image :
Le 3 août 1987, jour anniversaire
de Bourguiba ne fut pas fêté, comme à
l’accoutumée, avec éclat et dans
la liesse « populaire ». La veille, des
jeunes du MTI avaient fait exposer des bombes dans des
hôtels de Sousse et de Monastir et perturbé
ainsi l’ordre établi. Bourguiba était
furieux mais incapable de crier sa colère. C’était
son premier Ministre, Rachid Sfar qui éructait
à sa place. Quant à son ministre de l’Intérieur,
Z. Ben Ali, il avait pris soin de le porter sur l’épaule,
pour lui faire descendre quelques marches d’escalier
et de le montrer longuement et ostensiblement à
la caméra de télévision. Le Cameraman
était sûrement de connivence. Le message
aux tunisiens était clair : le chef est fini,
je suis le chef. A l’époque, le projet
de coup d’Etat était fin prêt et
il ne manquait que quelques menus détails pour
son exécution.
Le 22 octobre 2004, Madame Leila Trabelsi Ben Ali, clôturait
la campagne électorale de son mari de président.
En fait, c’était une répétition
tout à fait réussie de l’envoi de
sa propre campagne, dans un avenir proche ou lointain.
Le message est clair : la femme qui a tout régenté
en Tunisie, pendant des années, éradiqué
ou réduit au silence tous ses ennemis, qui a
amassé une fortune, trouvé le temps d’améliorer
son éducation et qui dirige effectivement le
pays de derrière le rideau, depuis cinq ans,
est prête à assumer les hautes charges
de l’Etat en cas de vacance du pouvoir. Les modalités
pour y parvenir, c’est du détail et il
n’y a pas un seul homme à milles lieux
à la ronde pour l’en empêcher, d’autant
que nombre de Tunisiens, mais aussi des observateurs
et des chancelleries étrangères considèrent
cette éventualité comme plausible et pourquoi
pas… intéressante.
Là ce serait vraiment le chef d’œuvre
de la tragédie ! Affaire à suivre.
A.M.