Des
taches de sang sur le nouveau costume du président
La Truffe/Paris
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En Tunisie, on torture, on exécute,
on pend. Le président Ben Ali n'a cure des droits de
l'homme…L'histoire vécue d'une dérive.
"Vous feriez mieux d'aller voir ce qui se passe en Tunisie",
rétorque sèchement le roi du Maroc à ceux qui lui reprochent
la situation des droits de l'homme dans son pays. Et
pour cause. Hassan II multiplie, depuis cet été, les
libérations de détenus politiques alors que le régime
du président Ben Ali, porteur au départ de tous les
espoirs des démocrates tunisiens, connaît, lui, une
dangereuse dérive. A preuve, le refus de l'opposition
tunisienne de participer, ce week end encore, aux élections
partielles.
L'utilisation systématique de la torture dans les prisons
de Tunis n'est pas une nouveauté. Un rapport qui vient
d'être rendu public ces jours derniers par Amnesty International
dénonce la mort de cinq militants politiques en garde
à vue entre avril et octobre de cette année. Chaque
fois, l'organisation de défense des Droits de l'homme
demande des éclaircissements au gouvernement tunisien.
Chaque fois, elle essuie une fin de non-recevoir.
Les complots dont sont accusés les intégristes par le
pouvoir n'expliquent pas, à eux seuls, l'ampleur de
la répression.
Ahmed Manaï, fonctionnaire de l'ONU, âgé de 49 ans,
n'a rien d'un fondamentaliste musulman. Ancien militant
du parti au pouvoir et proche de l'ancien Premier ministre
Hédi Baccouche, cet expert international dirigeait une
liste indépendante aux élections législatives de 1989,
laquelle obtenait 22% des voix.
D'allure calme, apparemment pondéré, ce Tunisien, réfugié
en France depuis, donne une version saisissante de plusieurs
interrogatoires subis dans les locaux de la police tunisienne
en avril de cette année : "Je fus accroché à une barre
de fer disposée entre deux tables. On commença aussitôt
à me frapper sur la plante des pieds ; plus je criais,
plus on me frappait fort ; très vite, j'ai perdu connaissance."
Cet été l'ordre des avocats tunisiens condamnait l'utilisation
de la torture au mépris de la ratification par l'Etat
tunisien de la convention internationale contre ces
pratiques et il dénonçait également les entraves faites
aux défenseurs des personnes détenues dans ces conditions
dans l'accomplissement de leur devoir. Autant d'accusations
qui avaient déjà été portées dès le mois de juin par
Amnesty International.
Enfin, la Ligue tunisienne des droits de l'homme, relève
"les nombreuses plaintes relatives à l'extension de
la torture". On ne peut pas pourtant la suspecter de
parti pris contre le pouvoir : plusieurs de ses anciens
responsables siègent au gouvernement.
La presse, elle, est remarquable par son silence. Et
pour cause : la liberté d'information est illusoire
en Tunisie. Les saisies et les interdictions se multiplient
comme en témoignent les nombreuses protestations de
l'Association des journalistes tunisiens(AJT).
Les médias étrangers ne sont pas mieux traités : il
est impossible aujourd'hui pour une équipe de télévision
de tourner à Tunis sans être dûment accompagnée. L'hebdomadaire
Jeune Afrique vient d'être saisi. Son crime ? Une brève
sur le dernier livre de l'ancien Premier ministre Mohamed
Mzali, dont la seule évocation paraît faire trembler
le régime.
Ce durcissement pourrait affaiblir le régime tunisien
dans sa lutte contre les islamistes. Les procès de quelques
cinq cents militants du mouvement intégriste Annahda,
annoncés pour septembre, sont reportés pour la troisième
fois. Apparemment, d'après certains magistrats concernés,
ces reports sont dus à l'absence de dossiers d'accusation
suffisamment solides.
Le régime tunisien gouverne désormais par la peur. Mercredi
9 octobre, trois intégristes ont été pendus à la prison
de Tunis.
Propos recueillis par Nicolas
Beau.
Dr. A. Manaï
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