Appel pour sauver la vie de
HAMMADI BEN ABDELMALEK, mon père
« Nul ne sera soumis à
la torture, ni à des peines ou traitements cruels,
inhumains ou dégradants».
Article 5 de la Déclaration universelle des droits
de l’Homme
Je tiens à informer l’opinion nationale
et internationale sur la situation alarmante de mon
père Hammadi Ben Abdelmalek prisonnier d'opinion,
âgé de 63ans, arrêté depuis
le 25 janvier 1992 et condamné en 1995 pour un
total de 46 ans de prison suite à un jugement
n'ayant pas réuni les conditions élémentaires
d'un procès équitable.
Mon père a entamé le 10 décembre
2004, une grève de la faim pour protester contre
les conditions de son incarcération et sa privation
de soins à la prison civile de Messadine.
La détérioration de son état de
santé met sérieusement sa vie en danger.
D’autant plus qu’il souffre d’une
hypertension artérielle extrêmement sévère
et ce dans l’indifférence totale de l’administration
pénitentiaire qui ne lui assure pas les soins
nécessaires.
J’appelle les acteurs politiques et associatifs
nationaux et internationaux à se mobiliser pour
sauver sa vie et à intervenir auprès des
autorités tunisiennes afin de le libérer.
J’ai besoin de votre appui ne serait ce qu’en
signant cette pétition.
Ramla Ben Abdelmalek
Pour signer cette pétition, vous
pouvez écrire à l’adresse suivante:
petition_hamadi_abdelmalek@yahoo.fr /
Liste des signataires au 30/12/04
1*Souad Ben Abdelmalek, Son épouse
2*Ben Abdelmalek Walid, Doctorant en droit, Son fils
3*Ben Abdelmalek Hamdi, Son fils, Montréal
4*Ben M'barek épouse Hamdi Faten, Sa nièce,
Paris
5*Mokadem epse Ben M'Barek Thouraya, Sa nièce,
Paris
6*Ben M'Barek Jamel, Son neveu, Paris
7*Nably epse Ben M'Barek Neylla, Sa nièce, Paris
8*Mokadem Houssemedine, Son neveu
9*Samy, Sonia, Karim et Yanis Hamdi, Petits neveux
10*Ahmed Nejib Chebbi, Secrétaire général
du PDP
11*Abdo Maalaoui, Industriel, professeur universitaire,
Canada
12*Nejib Baccouchi, ancien prisonnier d’opinion,
Doctorant en philosophie
13*Anouar kanzari, président de l’UGET-
France
14*Lotfi Hammami, ancien prisonnier d’opinion,
ancien coordinateur du mouvement estudiantin, Doctorant
en philosophie
15*Fethi Jerbi, Universitaire, membre fondateur du Congrès
pour la République
16*Ahmed Manaï, Institut Tunisien des Relations
Internationales (ITRI)
17*Mondher Sfar, Président du Collectif de la
Communauté Tunisienne en Europe
18*Dr. Ahmed BENANI Politologue, Président de
l’Observatoire International des Affaires de la
Palestine OIAP Genève.
19*Dr Mohamed El Anouar Koutchoukali, Secrétaire
général Justitia Universalis International
Headquarters, Netherlands
20*Habib Souaidia, ex-officier de l'armé algérienne
& réfugié politique en France.
21*Khémais KSILA, S.G de la L.T.D.H
22*Abdellatif Ben Salem, CNLT
23*Mohamed Lamari, Institut Tunisien des Relations Internationales
(ITRI)
24*Sami Ben Abdallah, Etudiant, France
25*Abdelwahab Hammami, doctorant Paris.
26*Sami BEL HAJ DAHMEN Ingénieur - France, ancien
prisonnier politique et ancien compagnon de cellule
de M. Ben Abdelmalek.
27*Imad Daimi, Responsable des sites du CPR
28*Mahloul Noureddine, président de l'association
des travailleurs maghrébins de France
29*Jérôme Bony, France 2
30*Sophie COLOMBIES MARTIN, ASF France
31*Sami Ben Gharbia, Site: nawaat.org
32*Ennaes Fathi, Secrétaire genéral de
l'association Solidarité Tunisienne
33*Nait-Liman Abdennacer, AVTT (Ass.des Victimes de
la Torture en Tunisie, Genève
34*Nidal Hamadé: l'Observatoire Français
des Droits de l’Homme (OFDH) Paris
35*Tahar Labidi, Paris
36*Maali Mohamed, journaliste tunisien
37*Dr Mohamed RAOUDI Casablanca - MAROC
38*Kamel Labidi, Journaliste
39*Jalel Matri, Pour les Tunisiens de geneve
40*Yves Steiner, Membre du comité exécutif
de la Section suisse d'Amnesty
41*Larbi MAANINOU, Président du Forum Marocaion
pour la Vérité et la Justice -France-
42*Wahid Cherif, DTMK Oslo (The Tunisian Human Rights
Committee)
43*Fathi Belhadj Montréal, Canada
44*Dr Ahmed Amri, Président : Voix Libre
45*Mohsen Dhibi, Pole Outils
46*Mohamed Ben Henda, Comité Tunisie en Suisse
47*Anis BALAFREJ, Rabat - Maroc
48*ABDELBAKI Fethi, PARIS
49*Samir Jemaa, Ingénieur, Montréal Canada
50*Dr Sahbi El Amri, Médecin privé de
sa médecine
51*Chabaane Hedi, Voix Libre France
52*Brahim Belkilani: journaliste (ITRI) Norvège
53*Abroud Matri: Architecte, Norvège
54*Nizar Châari: Agronome, France
55*Kamel Makni: Juriste, Madrid
56*Tawfik Al Madini: Ecrivain, Damas
57*Mounir Boughattas: Professeur, France
58*Malika Khier: Associative
59*Ben Khlifa Houcine, tunisie
60*Medjeri Abderraouf, Infirmier, Paris
61*Gharbi Fouad, Enseignant, France
62*Latrach Mohamed Taha, Sousse
63*Ben Aicha Noureddine Gabes
64*Silvia Cattori, Journaliste Suisse
65*Tout le groupe RTL (Rassemblement des Tunisiens Libres)
et la rédaction de
l'E-MAG EL KHADRA
66*Nour el Hda Derbali, médecin
67*El HANNI Bilel, enseignant
68*Cherif Hamza, orthopédiste- chirurgien
69*Néjib kraïem, enseignant
70*Ahmed -Naoufel, étudiant
71*Slama Nejib, inspecteur des impôts
72*Salhi Rached, ouvrier
73*Chokri limam : étudiant -Tunisie
74*Nouri Chokri : étudiant
75*Derbali : ouvrier -syndicaliste
76*Slama Assia : pédiatre
77*Chérif Fatema : enseignante
78*Sahbi Rached : officier marine marchande
79*Pacaud Anette : médecin
80*Jouhri Moncef : commerçant
81*Méliane Arbia : enseignante
82*Cruse Jean Paul : journaliste
83*Djerridi Olfa : infermière
84*Chaouachi Sadok : ouvrier
85*Massaoudi Hassen : médecin généraliste
86*Dankic lubo : ingénieur ponts et chaussées
87*Jelassi Naceur : étudiant
88*Derbali Sonia : sciences-po -Ena
89*Comité de lutte contre la Barbarie et l'Arbitraire
(France)
90*Salah TAGAZ, Professeur, défenseur des droits
de l'Homme France
91*Bouzid Mohamed, Genève Suisse
92*Chatti Mohamed
93*Guenaoui Amari
94*Tarek souid
95*Imed Barkati
96*Moussa Mohamed
97*François Gèze, Président-directeur
général des Editions La Découverte
98*Ayadi Taoufik
99*ALI BEN MOHAMED
100*Zouari Mouzahem
101*ALI BENARFA, UK
102*Brik Hedi 103*Brik Abdallah
104*Addassi Abdelhamid
105*Hidouri Nasser
106*Othman Ridha
107*Nabil zitouni, Montréal
108*Panaite Lenuta, Dentiste, Canada
109*Lamine J'MAA Infirmier, Montréal Canada
110*Rachid Benaissa, Fonctionnaire International à
l'UNESCO, en retraite
111*BENDERBAL Youcef
112*Nabil ben Mohamed
113*Sanaa JAMIL
114*Ghariani Saosenne
115*Raja Chamekh
116*HADJ SALAH Abdelfattah
117*Azami Nadia
118*Grohs Mathieu
119*Youssef Hamdani (alias Nationaliste Arabe) Paris.
120*Madamme Ouaghlissi farida militante associative
121*Ait Hoummad Abdelkader, Montreal, Canada
122*Assef yahyaoui, Ex Secrétaire Général
de l'UGET, ancien prisonnier politique.
123*Knorr Sabine, infirmière
124*Drici Linda
125*Maata Bagdad médecin écrivain
126*Maata fadila médecin
127*Ghazi Hidouci, Universitaire, ancien ministre des
Finances, Algérie.
128*Neila Charchour Hachicha, Chef du Parti Méditerranéen
129*Mehdi MOSBAH, Réfugié politique algérien
Paris, France
130*Werner Ruf: Professeur Université de KASSEL,
Allemagne
131*Hélène Dupont: Professeur retraitée.
132*Ahmed Simozrag: Avocat, membre fondateur de Justitia
Universalis.
133*Chokri YACOUB, AMNESTY INTERNATIONAL Groupe 18 /
LAUSANNE
134*Habib Souaidia ex-officier de l'armé algérienne
auteur du livre la sale guerre Et réfugié
politique en France.
135*Fatiha Talahite, Chercheur au CNRS Paris
136*Ercus Stewart S.C., Avocat
137*L'Union du forum Mejliss.com
138*Elkout Ismail, Etudiant philosophie, France
139*Mazni Ridha, Chef d’entreprise, France
140*Bouguenna Mohamed, réfugié, France
141*Beddy Ould IBNOU: Porte parole du Front Populaire
Mauritanien
142*Ahmed SMIAI: Professeur et Défenseur des
Droits Humains
143*Nabil REBAÏ: Ancien prisonnier politique
144*Akermi Saida, Son avocat, S.G Association Internationale
pour le Soutien des Prisonniers Politiques (AISPP)
145*Tous les membres de L’AISPP
146*Gharbi Anouar, Militant pour les Droits de l’Homme
147* Dr SASSI Sihem, Bruxelles
148* Dilou Semir, Avocat
149* Chebbi Rafik, Dentiste
150* Ben M'Barek El Mehdi, Grenoble
151* Safwa Aissa, Membre vérité-action-
Suisse
152* Rachid Mesli, Avocat-Genève
153* Brahim TAOUTI: Président Justitia Unversalis
154*Luiza Toscane, France
155*Térésa Chopin, mère du prisonnier
Omar CHLENDI "internautes de zarzis"
156*Chokri Hamrouni, responsable de la coordination
du CPR.
157*Moncef Mestiri, Ingénieur, Toronto, Canada.
158*Nadia Grandbois (16ans), Montréal Canada
159*Sarah Grandbois (16ans), Montréal Canada
160*Yasmine J'MAA, étudiante, Montréal
Canada
162*Hakim Laabidi
163*Ziad Cherif
164*Amin Laaroussi
165*Saied Ali
166*Elias Ben Hmida
167*Halima Ben Said
168*Ayadi Amari
169*Bénédicte POGU ACAT Vincennes
170*Maallem nadia, Mère de famille
171*Seltana ABALLACHE: Anthropologue
Texte posté le 27 novembre 2004 sur le forum
Taht Essour
Bonjour à tous,
Je me permets de me présenter à vous comme
étant la fille aînée de M. BEN ABDELMALEK
Hamadi,
Dernièrement et comme vous le
savez il a été transféré
à prison civile de Sousse à Messadine
code postal 4013 sous le numéro 1465 et où
il croupit dans la chambre 13 avec des détenus
de droits communs en arrestation, mon père se
plaint depuis la date de son transfert càd fin
mois d’août des conditions maussades dans
lesquelles il est, bruitage jusqu’à des
heures tardives de la nuit ce qui le prive de sommeil
il n’arrive à s’assoupir que quelques
heures vers 3ou 4heures du matin, en plus de ça
il n’arrive plus à respirer tellement ça
pue les cigarettes mise à part bien sûr
le langage bien étoffé de certains prisonniers
qui n’ont aucun scrupule et qui ne prennent pas
en considération son âge avancé.
Tout ça bien sûr sous l’oeil attentif
des dirigeants de la prison car à maintes reprises
nous lui avons fait savoir de ces conditions insupportables
la seule réponse qu’on a eu c’était
je cite "il n’est pas dans un hôtel"
et "on verra ce qu’on pourra faire"
et qu’est ce qu’ils ont fait ? RIEN !!!
et ne feront RIEN !!!
Dernièrement ma famille m’a fait savoir
que le mardi jour de notre parloir papa a refusé
le couffin et refusé de sortir les voir car ils
l’ont laissé attendre pour je ne sais quelles
raisons ce qui l’a rendu furieux. Ce qui m’inquiète
c’est que papa s’est mis dans la tête
que le seul issus c’est de rentrer dans une grève
sauvage et le connaissant très bien il ne reculera
pas de sitôt nous avons vraiment peur pour son
état de santé.
Tout ce qu’il souhaite c’est être
transféré dans une autre chambre c’est
tout il ne demande pas la lune à ce que je sache.dans
ce qui suit j’ai pris le soin de dactylographier
un extrait d’une lettre ancienne à mon
père datée du 25 mai 98 lorsqu’il
était encore à la prison civile de 9 avril.
Bonne lecture à tous :
« J’espère de tout cœur mes
enfants, à tous la réussite, la joie et
le bonheur. Je suis bien fier et même orgueilleux
de posséder des fils et filles tels que vous.
Mes enfants, il arrive un jour, voyez vous, et il arrive
de bonne heure pour beaucoup où c’est fini,
comme on dit, parce que derrière tout ce qu’on
regarde, derrières les grilles, c’est la
mort qu’on aperçoit et qu’on attend.
Si je passais mes doigts sur les traces de ma vie, j’y
ramasserais la poussière de mes anciennes illusions,
de ma tendresse inutile et de ma jeunesse perdue. Oui
toute cette détention m’a émietté
la vie, elle a accompli doucement et terriblement la
longue destruction de mon être, seconde par seconde,
loin de vous, de ma famille maintenant. Je me sens en
tout ce que je fais, chaque pas, chaque mouvement, chaque
souffle m’approchent d’elle et hâte
son odieuse besogne. Respirer, dormir, boire, manger,
rêver tout ce que je fais c’est mourir.
Vivre enfin c’est mourir pour moi, la mort seule
est certaine. Mais je sens l’effroyable détresse
des désespérés : je me débats
éperdu dans les incertitudes de ce monde. Je
crie à l’Aide de tous les côtés
et personne ne me répond. Mes chers enfants,
vous êtes mon salut et mon havre : on roule des
années et des années à travers
la solitude inféconde et on découvre enfin
la solitude fleurie qu’on cherchait. Dieu merci
! Grâce à vous toutes ces idées
noires et pessimistes s’envolent, se dissipent,
se déchirent, car vous êtes ma continuation.
A vous je tends les bras et j’appelle pour être
secouru, aimé, consolé, sauvé,
à quoi se rattacher ! Vers qui jeter des cris
de détresse et d’espoirs ! Deux mots lus
quelque part, traversent ma mémoire affaiblie
: Fontaines de pitié…je m’abandonne
au doux plaisir de pleurer, fontaines de pitié,
mais rien ne sort, même les larmes ne jaillissent
point, je ne parviens même pas à me détendre,
les nerfs me tourmentent. Ma survie tient à votre
réussite, mon salut aussi que Dieu vous garde
et vous donne la force, le courage et la foi. »
Nous sommes là et serons toujours là pour
toi papa.
Ce n’est peut être qu’une lettre comme
toutes les autres lettres, ce n’est peut être
qu’un cri de détresse comme tant d’autres,
mais ce dont je suis sûre c’est que c’est
le résumé de mon indignation.
Le 3 octobre c’est la date de mon anniversaire,
si vous m’aviez demandé s’il y aurait
quelque chose qui m’aurait fait plaisir je vous
aurai répondu « oh que oui » ? rien
ne me ferait autant plaisir que de serrer fort mon père,
poser ma tête sur son épaule, l’embrasser
tendrement et ne plus le lâcher c’est la
seule chose qui me tient tant à cœur depuis
plus de 13ans. Ça paraît simple et pourtant
c’est utopique oui ça tient de l’utopie
car la réalité dans laquelle nous vivons
a fait qu’on soit séparé de l’être
le plus cher à nos cœurs. C’est une
séparation forcée du moment où
papa a été condamné pour une peine
de 46 ans. 46 ans ? Vous penserez peut être que
c’est une peine équitable pour quelqu’un
qui a commis un crime odieux, dans ce cas il mérite
ce jugement ?
Non détrompez vous, ce n’est pas le cas.
Il n’est même pas capable de faire du mal
à une mouche. Plus honnête que papa vous
n’en trouverez pas par milliers. C’est une
personne réputée pour sa droiture ainsi
que sa loyauté. Malgré cette évidence
il a bel et bien subit l’infamie de la détention
pénitentiaire.
Au nom de qui ou au nom de quoi cela est-il possible
? On m’a dit que c’est au nom de la justice
! C’est la justice qui a fait que ce soit ainsi,
c’est la justice qui a séparé des
enfants de leur père, c’est cette même
justice qui a fait en sorte que leur vie ne soit plus
ce qu’elle était, c’est cette justice
qui est la cause de cette détention cruelle (46ans)
basée sur des oui dires de personnes malhonnêtes
puisque jusqu’à ce jour aucune preuve n’a
été présentée pour inculper
mon papa et légitimer ce jugement abusif. Mais
cette justice n’est pas juste ! Certes elle ne
l’est pas mais c’est la justice. Tu parles
! C’est de l’injustice dissimulée
sous le masque de la justice.
Ce maudit samedi 25 janvier 1992 je n’avais que
12 ans quand tu as été emmené de
chez nous et depuis tout a basculé. Il fallait
affronter la rude réalité, laisser sa
vie d’enfant derrière soi et apprendre
à devenir adulte. Depuis cette date décisive
bien des choses se sont passées: des personnes
qui nous sont chères nous ont quittées,
il y a eu des mariages, il y a eu des naissances, il
y a eu des réussites, il y a eu des épreuves
de la vie qu’on a dû affronter…bref
il y a eu « un jour la joie, un jour la tristesse,
tous les jours le sourire » mais ce dont je suis
certaine c’est que depuis ton incarcération
on n’a plus vécu un bonheur total, ta place
est restée vide. On a continué à
vivre ou plutôt essayé de survivre avec
une part de nous emprisonnée derrière
les barreaux de la prison 9 avril. La prison est devenue
en quelque sorte notre « résidence secondaire
» on s’est habituée à elle
comme elle s’est habituée à nous
sans pour autant accepter cette situation.
Je viens d’avoir 25ans et pourtant j’ai
passé plus de la moitié de ma vie loin
de ce père que je chéris tant. Combien
de temps devrons nous encore attendre pour recevoir
le plus beau des cadeaux : la libération de papa
? Jusqu’à quand ? Le temps passe et brûle
des étapes de notre vie, d’autant plus
que mon père n’est plus en mesure de pouvoir
supporter ce calvaire de part son âge avancé
et de part son état de santé qui n’a
cessé de se détériorer depuis ton
incarcération. Je ne vous cache pas ma peur pour
son état de santé, puisqu’il souffre
d’une hypertension artérielle extrêmement
sévère nécessitant une surveillance
régulière ainsi que la prise de médicaments
adéquats. Dernièrement il a été
muté à la prison de Sousse. Il n’est
même pas mis dans une infirmerie sous prétexte
qu’elle n’est pas aménagée
: comment est ce que les autorités pénitentiaires
peuvent muter un prisonnier malade et souffrant et d’un
certain âge vers une prison qui manque des aménagements
nécessaires que cherchent-ils à nous faire
passer ? Que cherchent-ils à faire ? À
précipiter sa mort ? Excusez mes idées
noires mais je pense sérieusement ce que je dis
nous avons toujours essayé de dédramatiser
la situation mais ça ne sert à rien de
se voiler la face et de se cacher la réalité
des choses. Eh oui c’est la vérité
de ce qui se passe derrière les tristes murs
de nos prisons : on prive des prisonniers malades des
soins adéquats juste pour les punir !!!
Je vais passer la main sur tout ce que nous avons enduré
jusque là car on m’a appris qu’il
ne faut pas se lamenter sur son sort de toute façon
ça ne va nous mener à rien de le faire
et plonger dans le passé risque de remuer des
plaies non encore guéries ça revient à
remuer un couteau dans une plaie et ça fait mal,
nuit et jour nous souffrons de cet éloignement.
Je ne pardonnerai jamais ce qui nous a été
infligé et je ne l’oublierai jamais. Des
jours, des semaines et des années sont passés
et rien n’a changé chaque fête n’est
qu’un surplus de peine pour nous, même si
avec toute la volonté du monde on s’efforce
d’être joyeux, heureux ce n’est pas
vrai car ce n’est que le paraître puisque
le cœur n’y est pas.
Je sens une haine immense en moi et croyez moi ça
fait mal, ça fait mal d’avoir mal. On dit
que le bonheur est à portée de main on
n’a qu’à tendre la main pour l’attraper
quoi de plus facile et si j’essayais on ne sait
jamais ! Ça pourrait marcher ! Du moins je l’espère,
j’ai suivi ce conseil et j’ai tendu la main
chaque jour de parloir (seul jour où on peut
voir papa) je l’ai tendue cette main à
maintes reprises mais y avait un grillage qui m’empêchait
d’atteindre mon bonheur qui m’empêchais
d’atteindre mon papa, ce maudit grillage de la
prison civile comme je le hais il nous a gâché
la vie.
Depuis la détention de mon papa ma mère
n’a cessé d’envoyer des lettres à
droite et à gauche aux autorités tunisiennes
mais en vain. En effet toutes ces requêtes sont
restées des lettres mortes n’ayant fait
aucun écho, à aucun moment nous n’avons
eu d’autres réponses que le silence. Mon
père de son côté n’a trouvé
que le langage des requêtes pour élever
sa voix et faire passer son angoisse et ses cris de
douleurs et de détresse mais malheureusement
pour lui ses lettres ont eu le même sort que les
autres. Apparemment il y a des personnes consciencieuses
qui veillent à ce que ces lettres n’arrivent
pas à destination sinon les choses auront changé
depuis X temps.
Une citation me viens à l’esprit d’ailleurs
je ne sais plus de qui elle est : « au pays du
rêve, nul n’est interdit de séjour
» c’est vrai je peux rêver de revoir
mon papa parmi nous, rêver de le voir passer le
seuil de la porte de chez nous, je peux rêver
de le serrer dans mes bras, je peux même rêver
de parler avec lui sans qu’il y ait de surveillance,
voire rêver de le voir assis parmi nous à
table, rêver de redonner sourire à ma petite
sœur qui, à l’époque avait
3 ans, rêver de se lever un beau matin et ne plus
apercevoir ce voile de tristesse sur le visage angélique
de cette jeune fille, revoir briller ses beaux yeux
de joie et de bonheur, rêver même de revenir
13 ans en arrière….Si seulement je pouvais…
mais non je ne peux pas car tout ça ne reste
que des rêves qui ne se réaliseront peut
être jamais.
Ce n’est pas pour autant que je perdrai espoir.
L’espoir qui, malgré cette peine, ne s’est
pas dissipé et heureusement pour nous d’ailleurs
car comme l’a dit DE GAULLE « La fin de
l’espoir est le commencement de la mort »
non je ne suis pas encore morte donc je ne baisserai
pas les bras et je ne m’arrêterai pas de
rêver et d’espérer, il faut aller
au bout de ses rêves, mon rêve pourra prendre
forme un jour, ce rêve me donne des ailes et la
force de croire à un demain meilleur : une vie
de famille normale aux côtés de mon père,
ma mère, mes frères et ma sœur.
Je ne demande pas grande chose, je ne demande pas non
plus l’impossible ni l’irréel mais
seulement que justice soit faite : je souhaite que tout
redevienne comme avant revivre en famille comme dans
le bon vieux temps ; est-ce trop demander ?
Je ne le pense pas.
Alors que JUSTICE soit faite.
Lettre de Hammadi ben Abdel Malek à
sa fille : 20 décembre 2004
« …j'aurai bien voulu ne pas être
seul en rentrant dans l'étroite cellule, je recherchais
avec peine ces moments passés ensemble et ne
les trouvais plus. Le chemin avait disparu, la grande
lumière s'était évanouie tout devenait
noir autour de moi: le lit, mes draps, les murs, ma
vie. Et troublé profondément et me répétant
qu'il serait doux de vivre dans une simple atmosphère
de pitié et de foi, dans une grande maison où
l'on s'entretiendrait de Dieu avec la passion qu'on
réserve aux choses terrestres, où l'on
serait en perpétuelle extase avec, où
il n'y aurait ni cupidité, ni dictature, ni oppression,
ni haine, où la vie banale ne ferait pas chavirer
le rêve qui me rapprocherait d'un "Au-delà"
si délicieux qu'on souhaiterait n'en jamais sortir.
On dit que le charbon ne change pas de couleur quand
on le lave, ce qui ne peut être guéri doit
être enduré. Je vous assure que c'est là,
dans ce sale trou noir et froid comme un tombeau que
j'ai appris combien les gens peuvent être méchants,
cyniques et lâches, c'est là que j'ai appris
à douter, à mépriser et à
haïr. Soutenez moi, car, des moments je doute même
de moi de mes capacités, au lieu de réunir
la famille, je l'ai dispersé, séparé....
».
Hammadi Ben Abdel Malek