Directeur: Ahmed Manaï

Appel

 21 décembre 2004


Appel pour sauver la vie de
HAMMADI BEN ABDELMALEK, mon père

« Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants».
Article 5 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme
Je tiens à informer l’opinion nationale et internationale sur la situation alarmante de mon père Hammadi Ben Abdelmalek prisonnier d'opinion, âgé de 63ans, arrêté depuis le 25 janvier 1992 et condamné en 1995 pour un total de 46 ans de prison suite à un jugement n'ayant pas réuni les conditions élémentaires d'un procès équitable.
Mon père a entamé le 10 décembre 2004, une grève de la faim pour protester contre les conditions de son incarcération et sa privation de soins à la prison civile de Messadine.
La détérioration de son état de santé met sérieusement sa vie en danger. D’autant plus qu’il souffre d’une hypertension artérielle extrêmement sévère et ce dans l’indifférence totale de l’administration pénitentiaire qui ne lui assure pas les soins nécessaires.
J’appelle les acteurs politiques et associatifs nationaux et internationaux à se mobiliser pour sauver sa vie et à intervenir auprès des autorités tunisiennes afin de le libérer.
J’ai besoin de votre appui ne serait ce qu’en signant cette pétition.
Ramla Ben Abdelmalek

Pour signer cette pétition, vous pouvez écrire à l’adresse suivante:
petition_hamadi_abdelmalek@yahoo.fr /

Liste des signataires au 30/12/04
1*Souad Ben Abdelmalek, Son épouse
2*Ben Abdelmalek Walid, Doctorant en droit, Son fils
3*Ben Abdelmalek Hamdi, Son fils, Montréal
4*Ben M'barek épouse Hamdi Faten, Sa nièce, Paris
5*Mokadem epse Ben M'Barek Thouraya, Sa nièce, Paris
6*Ben M'Barek Jamel, Son neveu, Paris
7*Nably epse Ben M'Barek Neylla, Sa nièce, Paris
8*Mokadem Houssemedine, Son neveu
9*Samy, Sonia, Karim et Yanis Hamdi, Petits neveux
10*Ahmed Nejib Chebbi, Secrétaire général du PDP
11*Abdo Maalaoui, Industriel, professeur universitaire, Canada
12*Nejib Baccouchi, ancien prisonnier d’opinion, Doctorant en philosophie
13*Anouar kanzari, président de l’UGET- France
14*Lotfi Hammami, ancien prisonnier d’opinion, ancien coordinateur du mouvement estudiantin, Doctorant en philosophie
15*Fethi Jerbi, Universitaire, membre fondateur du Congrès pour la République
16*Ahmed Manaï, Institut Tunisien des Relations Internationales (ITRI)
17*Mondher Sfar, Président du Collectif de la Communauté Tunisienne en Europe
18*Dr. Ahmed BENANI Politologue, Président de l’Observatoire International des Affaires de la Palestine OIAP Genève.
19*Dr Mohamed El Anouar Koutchoukali, Secrétaire général Justitia Universalis International Headquarters, Netherlands
20*Habib Souaidia, ex-officier de l'armé algérienne & réfugié politique en France.
21*Khémais KSILA, S.G de la L.T.D.H
22*Abdellatif Ben Salem, CNLT
23*Mohamed Lamari, Institut Tunisien des Relations Internationales (ITRI)
24*Sami Ben Abdallah, Etudiant, France
25*Abdelwahab Hammami, doctorant Paris.
26*Sami BEL HAJ DAHMEN Ingénieur - France, ancien prisonnier politique et ancien compagnon de cellule de M. Ben Abdelmalek.
27*Imad Daimi, Responsable des sites du CPR
28*Mahloul Noureddine, président de l'association des travailleurs maghrébins de France
29*Jérôme Bony, France 2
30*Sophie COLOMBIES MARTIN, ASF France
31*Sami Ben Gharbia, Site: nawaat.org
32*Ennaes Fathi, Secrétaire genéral de l'association Solidarité Tunisienne
33*Nait-Liman Abdennacer, AVTT (Ass.des Victimes de la Torture en Tunisie, Genève
34*Nidal Hamadé: l'Observatoire Français des Droits de l’Homme (OFDH) Paris
35*Tahar Labidi, Paris
36*Maali Mohamed, journaliste tunisien
37*Dr Mohamed RAOUDI Casablanca - MAROC
38*Kamel Labidi, Journaliste
39*Jalel Matri, Pour les Tunisiens de geneve
40*Yves Steiner, Membre du comité exécutif de la Section suisse d'Amnesty
41*Larbi MAANINOU, Président du Forum Marocaion pour la Vérité et la Justice -France-
42*Wahid Cherif, DTMK Oslo (The Tunisian Human Rights Committee)
43*Fathi Belhadj Montréal, Canada
44*Dr Ahmed Amri, Président : Voix Libre
45*Mohsen Dhibi, Pole Outils
46*Mohamed Ben Henda, Comité Tunisie en Suisse
47*Anis BALAFREJ, Rabat - Maroc
48*ABDELBAKI Fethi, PARIS
49*Samir Jemaa, Ingénieur, Montréal Canada
50*Dr Sahbi El Amri, Médecin privé de sa médecine
51*Chabaane Hedi, Voix Libre France
52*Brahim Belkilani: journaliste (ITRI) Norvège
53*Abroud Matri: Architecte, Norvège
54*Nizar Châari: Agronome, France
55*Kamel Makni: Juriste, Madrid
56*Tawfik Al Madini: Ecrivain, Damas
57*Mounir Boughattas: Professeur, France
58*Malika Khier: Associative
59*Ben Khlifa Houcine, tunisie
60*Medjeri Abderraouf, Infirmier, Paris
61*Gharbi Fouad, Enseignant, France
62*Latrach Mohamed Taha, Sousse
63*Ben Aicha Noureddine Gabes
64*Silvia Cattori, Journaliste Suisse
65*Tout le groupe RTL (Rassemblement des Tunisiens Libres) et la rédaction de
l'E-MAG EL KHADRA
66*Nour el Hda Derbali, médecin
67*El HANNI Bilel, enseignant
68*Cherif Hamza, orthopédiste- chirurgien
69*Néjib kraïem, enseignant
70*Ahmed -Naoufel, étudiant
71*Slama Nejib, inspecteur des impôts
72*Salhi Rached, ouvrier
73*Chokri limam : étudiant -Tunisie
74*Nouri Chokri : étudiant
75*Derbali : ouvrier -syndicaliste
76*Slama Assia : pédiatre
77*Chérif Fatema : enseignante
78*Sahbi Rached : officier marine marchande
79*Pacaud Anette : médecin
80*Jouhri Moncef : commerçant
81*Méliane Arbia : enseignante
82*Cruse Jean Paul : journaliste
83*Djerridi Olfa : infermière
84*Chaouachi Sadok : ouvrier
85*Massaoudi Hassen : médecin généraliste
86*Dankic lubo : ingénieur ponts et chaussées
87*Jelassi Naceur : étudiant
88*Derbali Sonia : sciences-po -Ena
89*Comité de lutte contre la Barbarie et l'Arbitraire (France)
90*Salah TAGAZ, Professeur, défenseur des droits de l'Homme France
91*Bouzid Mohamed, Genève Suisse
92*Chatti Mohamed
93*Guenaoui Amari
94*Tarek souid
95*Imed Barkati
96*Moussa Mohamed
97*François Gèze, Président-directeur général des Editions La Découverte
98*Ayadi Taoufik
99*ALI BEN MOHAMED
100*Zouari Mouzahem
101*ALI BENARFA, UK
102*Brik Hedi 103*Brik Abdallah
104*Addassi Abdelhamid
105*Hidouri Nasser
106*Othman Ridha
107*Nabil zitouni, Montréal
108*Panaite Lenuta, Dentiste, Canada
109*Lamine J'MAA Infirmier, Montréal Canada
110*Rachid Benaissa, Fonctionnaire International à l'UNESCO, en retraite
111*BENDERBAL Youcef
112*Nabil ben Mohamed
113*Sanaa JAMIL
114*Ghariani Saosenne
115*Raja Chamekh
116*HADJ SALAH Abdelfattah
117*Azami Nadia
118*Grohs Mathieu
119*Youssef Hamdani (alias Nationaliste Arabe) Paris.
120*Madamme Ouaghlissi farida militante associative
121*Ait Hoummad Abdelkader, Montreal, Canada
122*Assef yahyaoui, Ex Secrétaire Général de l'UGET, ancien prisonnier politique.
123*Knorr Sabine, infirmière
124*Drici Linda
125*Maata Bagdad médecin écrivain
126*Maata fadila médecin
127*Ghazi Hidouci, Universitaire, ancien ministre des Finances, Algérie.
128*Neila Charchour Hachicha, Chef du Parti Méditerranéen
129*Mehdi MOSBAH, Réfugié politique algérien Paris, France
130*Werner Ruf: Professeur Université de KASSEL, Allemagne
131*Hélène Dupont: Professeur retraitée.
132*Ahmed Simozrag: Avocat, membre fondateur de Justitia Universalis.
133*Chokri YACOUB, AMNESTY INTERNATIONAL Groupe 18 / LAUSANNE
134*Habib Souaidia ex-officier de l'armé algérienne auteur du livre la sale guerre Et réfugié politique en France.
135*Fatiha Talahite, Chercheur au CNRS Paris
136*Ercus Stewart S.C., Avocat
137*L'Union du forum Mejliss.com
138*Elkout Ismail, Etudiant philosophie, France
139*Mazni Ridha, Chef d’entreprise, France
140*Bouguenna Mohamed, réfugié, France
141*Beddy Ould IBNOU: Porte parole du Front Populaire Mauritanien
142*Ahmed SMIAI: Professeur et Défenseur des Droits Humains
143*Nabil REBAÏ: Ancien prisonnier politique
144*Akermi Saida, Son avocat, S.G Association Internationale pour le Soutien des Prisonniers Politiques (AISPP)
145*Tous les membres de L’AISPP
146*Gharbi Anouar, Militant pour les Droits de l’Homme
147* Dr SASSI Sihem, Bruxelles
148* Dilou Semir, Avocat
149* Chebbi Rafik, Dentiste
150* Ben M'Barek El Mehdi, Grenoble
151* Safwa Aissa, Membre vérité-action- Suisse
152* Rachid Mesli, Avocat-Genève
153* Brahim TAOUTI: Président Justitia Unversalis
154*Luiza Toscane, France
155*Térésa Chopin, mère du prisonnier Omar CHLENDI "internautes de zarzis"
156*Chokri Hamrouni, responsable de la coordination du CPR.
157*Moncef Mestiri, Ingénieur, Toronto, Canada.
158*Nadia Grandbois (16ans), Montréal Canada
159*Sarah Grandbois (16ans), Montréal Canada
160*Yasmine J'MAA, étudiante, Montréal Canada
162*Hakim Laabidi
163*Ziad Cherif
164*Amin Laaroussi
165*Saied Ali
166*Elias Ben Hmida
167*Halima Ben Said
168*Ayadi Amari
169*Bénédicte POGU ACAT Vincennes
170*Maallem nadia, Mère de famille
171*Seltana ABALLACHE: Anthropologue
Texte posté le 27 novembre 2004 sur le forum Taht Essour
Bonjour à tous,
Je me permets de me présenter à vous comme étant la fille aînée de M. BEN ABDELMALEK Hamadi,

Dernièrement et comme vous le savez il a été transféré à prison civile de Sousse à Messadine code postal 4013 sous le numéro 1465 et où il croupit dans la chambre 13 avec des détenus de droits communs en arrestation, mon père se plaint depuis la date de son transfert càd fin mois d’août des conditions maussades dans lesquelles il est, bruitage jusqu’à des heures tardives de la nuit ce qui le prive de sommeil il n’arrive à s’assoupir que quelques heures vers 3ou 4heures du matin, en plus de ça il n’arrive plus à respirer tellement ça pue les cigarettes mise à part bien sûr le langage bien étoffé de certains prisonniers qui n’ont aucun scrupule et qui ne prennent pas en considération son âge avancé.
Tout ça bien sûr sous l’oeil attentif des dirigeants de la prison car à maintes reprises nous lui avons fait savoir de ces conditions insupportables la seule réponse qu’on a eu c’était je cite "il n’est pas dans un hôtel" et "on verra ce qu’on pourra faire" et qu’est ce qu’ils ont fait ? RIEN !!! et ne feront RIEN !!!
Dernièrement ma famille m’a fait savoir que le mardi jour de notre parloir papa a refusé le couffin et refusé de sortir les voir car ils l’ont laissé attendre pour je ne sais quelles raisons ce qui l’a rendu furieux. Ce qui m’inquiète c’est que papa s’est mis dans la tête que le seul issus c’est de rentrer dans une grève sauvage et le connaissant très bien il ne reculera pas de sitôt nous avons vraiment peur pour son état de santé.
Tout ce qu’il souhaite c’est être transféré dans une autre chambre c’est tout il ne demande pas la lune à ce que je sache.dans ce qui suit j’ai pris le soin de dactylographier un extrait d’une lettre ancienne à mon père datée du 25 mai 98 lorsqu’il était encore à la prison civile de 9 avril.
Bonne lecture à tous :
« J’espère de tout cœur mes enfants, à tous la réussite, la joie et le bonheur. Je suis bien fier et même orgueilleux de posséder des fils et filles tels que vous. Mes enfants, il arrive un jour, voyez vous, et il arrive de bonne heure pour beaucoup où c’est fini, comme on dit, parce que derrière tout ce qu’on regarde, derrières les grilles, c’est la mort qu’on aperçoit et qu’on attend. Si je passais mes doigts sur les traces de ma vie, j’y ramasserais la poussière de mes anciennes illusions, de ma tendresse inutile et de ma jeunesse perdue. Oui toute cette détention m’a émietté la vie, elle a accompli doucement et terriblement la longue destruction de mon être, seconde par seconde, loin de vous, de ma famille maintenant. Je me sens en tout ce que je fais, chaque pas, chaque mouvement, chaque souffle m’approchent d’elle et hâte son odieuse besogne. Respirer, dormir, boire, manger, rêver tout ce que je fais c’est mourir. Vivre enfin c’est mourir pour moi, la mort seule est certaine. Mais je sens l’effroyable détresse des désespérés : je me débats éperdu dans les incertitudes de ce monde. Je crie à l’Aide de tous les côtés et personne ne me répond. Mes chers enfants, vous êtes mon salut et mon havre : on roule des années et des années à travers la solitude inféconde et on découvre enfin la solitude fleurie qu’on cherchait. Dieu merci ! Grâce à vous toutes ces idées noires et pessimistes s’envolent, se dissipent, se déchirent, car vous êtes ma continuation. A vous je tends les bras et j’appelle pour être secouru, aimé, consolé, sauvé, à quoi se rattacher ! Vers qui jeter des cris de détresse et d’espoirs ! Deux mots lus quelque part, traversent ma mémoire affaiblie : Fontaines de pitié…je m’abandonne au doux plaisir de pleurer, fontaines de pitié, mais rien ne sort, même les larmes ne jaillissent point, je ne parviens même pas à me détendre, les nerfs me tourmentent. Ma survie tient à votre réussite, mon salut aussi que Dieu vous garde et vous donne la force, le courage et la foi. »
Nous sommes là et serons toujours là pour toi papa.
Ce n’est peut être qu’une lettre comme toutes les autres lettres, ce n’est peut être qu’un cri de détresse comme tant d’autres, mais ce dont je suis sûre c’est que c’est le résumé de mon indignation.
Le 3 octobre c’est la date de mon anniversaire, si vous m’aviez demandé s’il y aurait quelque chose qui m’aurait fait plaisir je vous aurai répondu « oh que oui » ? rien ne me ferait autant plaisir que de serrer fort mon père, poser ma tête sur son épaule, l’embrasser tendrement et ne plus le lâcher c’est la seule chose qui me tient tant à cœur depuis plus de 13ans. Ça paraît simple et pourtant c’est utopique oui ça tient de l’utopie car la réalité dans laquelle nous vivons a fait qu’on soit séparé de l’être le plus cher à nos cœurs. C’est une séparation forcée du moment où papa a été condamné pour une peine de 46 ans. 46 ans ? Vous penserez peut être que c’est une peine équitable pour quelqu’un qui a commis un crime odieux, dans ce cas il mérite ce jugement ?
Non détrompez vous, ce n’est pas le cas. Il n’est même pas capable de faire du mal à une mouche. Plus honnête que papa vous n’en trouverez pas par milliers. C’est une personne réputée pour sa droiture ainsi que sa loyauté. Malgré cette évidence il a bel et bien subit l’infamie de la détention pénitentiaire.
Au nom de qui ou au nom de quoi cela est-il possible ? On m’a dit que c’est au nom de la justice ! C’est la justice qui a fait que ce soit ainsi, c’est la justice qui a séparé des enfants de leur père, c’est cette même justice qui a fait en sorte que leur vie ne soit plus ce qu’elle était, c’est cette justice qui est la cause de cette détention cruelle (46ans) basée sur des oui dires de personnes malhonnêtes puisque jusqu’à ce jour aucune preuve n’a été présentée pour inculper mon papa et légitimer ce jugement abusif. Mais cette justice n’est pas juste ! Certes elle ne l’est pas mais c’est la justice. Tu parles ! C’est de l’injustice dissimulée sous le masque de la justice.
Ce maudit samedi 25 janvier 1992 je n’avais que 12 ans quand tu as été emmené de chez nous et depuis tout a basculé. Il fallait affronter la rude réalité, laisser sa vie d’enfant derrière soi et apprendre à devenir adulte. Depuis cette date décisive bien des choses se sont passées: des personnes qui nous sont chères nous ont quittées, il y a eu des mariages, il y a eu des naissances, il y a eu des réussites, il y a eu des épreuves de la vie qu’on a dû affronter…bref il y a eu « un jour la joie, un jour la tristesse, tous les jours le sourire » mais ce dont je suis certaine c’est que depuis ton incarcération on n’a plus vécu un bonheur total, ta place est restée vide. On a continué à vivre ou plutôt essayé de survivre avec une part de nous emprisonnée derrière les barreaux de la prison 9 avril. La prison est devenue en quelque sorte notre « résidence secondaire » on s’est habituée à elle comme elle s’est habituée à nous sans pour autant accepter cette situation.
Je viens d’avoir 25ans et pourtant j’ai passé plus de la moitié de ma vie loin de ce père que je chéris tant. Combien de temps devrons nous encore attendre pour recevoir le plus beau des cadeaux : la libération de papa ? Jusqu’à quand ? Le temps passe et brûle des étapes de notre vie, d’autant plus que mon père n’est plus en mesure de pouvoir supporter ce calvaire de part son âge avancé et de part son état de santé qui n’a cessé de se détériorer depuis ton incarcération. Je ne vous cache pas ma peur pour son état de santé, puisqu’il souffre d’une hypertension artérielle extrêmement sévère nécessitant une surveillance régulière ainsi que la prise de médicaments adéquats. Dernièrement il a été muté à la prison de Sousse. Il n’est même pas mis dans une infirmerie sous prétexte qu’elle n’est pas aménagée : comment est ce que les autorités pénitentiaires peuvent muter un prisonnier malade et souffrant et d’un certain âge vers une prison qui manque des aménagements nécessaires que cherchent-ils à nous faire passer ? Que cherchent-ils à faire ? À précipiter sa mort ? Excusez mes idées noires mais je pense sérieusement ce que je dis nous avons toujours essayé de dédramatiser la situation mais ça ne sert à rien de se voiler la face et de se cacher la réalité des choses. Eh oui c’est la vérité de ce qui se passe derrière les tristes murs de nos prisons : on prive des prisonniers malades des soins adéquats juste pour les punir !!!
Je vais passer la main sur tout ce que nous avons enduré jusque là car on m’a appris qu’il ne faut pas se lamenter sur son sort de toute façon ça ne va nous mener à rien de le faire et plonger dans le passé risque de remuer des plaies non encore guéries ça revient à remuer un couteau dans une plaie et ça fait mal, nuit et jour nous souffrons de cet éloignement. Je ne pardonnerai jamais ce qui nous a été infligé et je ne l’oublierai jamais. Des jours, des semaines et des années sont passés et rien n’a changé chaque fête n’est qu’un surplus de peine pour nous, même si avec toute la volonté du monde on s’efforce d’être joyeux, heureux ce n’est pas vrai car ce n’est que le paraître puisque le cœur n’y est pas.
Je sens une haine immense en moi et croyez moi ça fait mal, ça fait mal d’avoir mal. On dit que le bonheur est à portée de main on n’a qu’à tendre la main pour l’attraper quoi de plus facile et si j’essayais on ne sait jamais ! Ça pourrait marcher ! Du moins je l’espère, j’ai suivi ce conseil et j’ai tendu la main chaque jour de parloir (seul jour où on peut voir papa) je l’ai tendue cette main à maintes reprises mais y avait un grillage qui m’empêchait d’atteindre mon bonheur qui m’empêchais d’atteindre mon papa, ce maudit grillage de la prison civile comme je le hais il nous a gâché la vie.
Depuis la détention de mon papa ma mère n’a cessé d’envoyer des lettres à droite et à gauche aux autorités tunisiennes mais en vain. En effet toutes ces requêtes sont restées des lettres mortes n’ayant fait aucun écho, à aucun moment nous n’avons eu d’autres réponses que le silence. Mon père de son côté n’a trouvé que le langage des requêtes pour élever sa voix et faire passer son angoisse et ses cris de douleurs et de détresse mais malheureusement pour lui ses lettres ont eu le même sort que les autres. Apparemment il y a des personnes consciencieuses qui veillent à ce que ces lettres n’arrivent pas à destination sinon les choses auront changé depuis X temps.
Une citation me viens à l’esprit d’ailleurs je ne sais plus de qui elle est : « au pays du rêve, nul n’est interdit de séjour » c’est vrai je peux rêver de revoir mon papa parmi nous, rêver de le voir passer le seuil de la porte de chez nous, je peux rêver de le serrer dans mes bras, je peux même rêver de parler avec lui sans qu’il y ait de surveillance, voire rêver de le voir assis parmi nous à table, rêver de redonner sourire à ma petite sœur qui, à l’époque avait 3 ans, rêver de se lever un beau matin et ne plus apercevoir ce voile de tristesse sur le visage angélique de cette jeune fille, revoir briller ses beaux yeux de joie et de bonheur, rêver même de revenir 13 ans en arrière….Si seulement je pouvais… mais non je ne peux pas car tout ça ne reste que des rêves qui ne se réaliseront peut être jamais.
Ce n’est pas pour autant que je perdrai espoir. L’espoir qui, malgré cette peine, ne s’est pas dissipé et heureusement pour nous d’ailleurs car comme l’a dit DE GAULLE « La fin de l’espoir est le commencement de la mort » non je ne suis pas encore morte donc je ne baisserai pas les bras et je ne m’arrêterai pas de rêver et d’espérer, il faut aller au bout de ses rêves, mon rêve pourra prendre forme un jour, ce rêve me donne des ailes et la force de croire à un demain meilleur : une vie de famille normale aux côtés de mon père, ma mère, mes frères et ma sœur.
Je ne demande pas grande chose, je ne demande pas non plus l’impossible ni l’irréel mais seulement que justice soit faite : je souhaite que tout redevienne comme avant revivre en famille comme dans le bon vieux temps ; est-ce trop demander ?
Je ne le pense pas.
Alors que JUSTICE soit faite.

Lettre de Hammadi ben Abdel Malek à sa fille : 20 décembre 2004
« …j'aurai bien voulu ne pas être seul en rentrant dans l'étroite cellule, je recherchais avec peine ces moments passés ensemble et ne les trouvais plus. Le chemin avait disparu, la grande lumière s'était évanouie tout devenait noir autour de moi: le lit, mes draps, les murs, ma vie. Et troublé profondément et me répétant qu'il serait doux de vivre dans une simple atmosphère de pitié et de foi, dans une grande maison où l'on s'entretiendrait de Dieu avec la passion qu'on réserve aux choses terrestres, où l'on serait en perpétuelle extase avec, où il n'y aurait ni cupidité, ni dictature, ni oppression, ni haine, où la vie banale ne ferait pas chavirer le rêve qui me rapprocherait d'un "Au-delà" si délicieux qu'on souhaiterait n'en jamais sortir. On dit que le charbon ne change pas de couleur quand on le lave, ce qui ne peut être guéri doit être enduré. Je vous assure que c'est là, dans ce sale trou noir et froid comme un tombeau que j'ai appris combien les gens peuvent être méchants, cyniques et lâches, c'est là que j'ai appris à douter, à mépriser et à haïr. Soutenez moi, car, des moments je doute même de moi de mes capacités, au lieu de réunir la famille, je l'ai dispersé, séparé.... ».
Hammadi Ben Abdel Malek

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