Directeur: Ahmed Manaï

Appel

 

APPEL URGENT A ABDELLATIF MEKKI ET JALEL AYED

POUR ARRETER LEUR GREVE DE LA FAIM
Traduit de l’arabe.

Paris le 19 février 2004

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Mise au point :

Paris 22 février 2004

De nombreuses personnes m’ont téléphoné, aujourd’hui 22 février 2004, pour m’exprimer leur surprise de constater que la version arabe de l’appel à Abdellatif El Mekki et Jalel Ayadi, qu’elles avaient signé n’était pas celle qui a été diffusé ce jour par tunisnews. Ce qui est bien vrai malheureusement. Voici l’explication toute bête, des raisons d’une bourde dont j’assume seul et entièrement la responsabilité.
Mon ordinateur étant en panne depuis trois jours et ne pouvant accéder ainsi à internet, j’ai dû me rendre hier soir chez un ami qui a offert de me dépanner et de me faire profiter du sien, pour envoyer l’appel à tunisnews assez tard dans la soirée, mais avant la parution du n°. J’avais le texte français sur disquette et les deux versions arabes, qui m’ont été envoyées par la personne qui a saisi le texte, sur ma boîte de réception. La première version, qui a été envoyée par mégarde à tunisnews, est l’avant projet de l’appel, rédigé à peine deux jours après l’entrée en grève de Mekki et Ayadi. La deuxième, fruit de longues discussions et d’amendements par de nombreux signataires, est la version définitive. C’est celle qui a été traduite en français avec une petite présentation du cas El Mekki (les lecteurs ont dû se rendre compte que la traduction française ne correspondait pas au texte arabe) et que tunisnews publiera, je l’espère, demain en même temps que cette mise au point.
Concernant le sujet essentiel qui est la grève de la faim de Mekki et Ayadi, auxquels j’ai exprimé de vive voix et dès le premier jour ma solidarité mais aussi mon refus de les soutenir dans la voie suicidaire qu’ils ont choisie, j’invite tous ceux qui veulent les aider à sortir de leur calvaire à s’adresser directement à eux :
Abdellatif el Mekki : 00 216 71 484 294 en utilisant ce N° (tarif local) 08 11 65 31 31- E-mail : meki.taib@laposte.net
Jalel Ayadi : 216 22 57 25 08.
Enfin, ce dernier message à l’agitateur microscopique parisien, qui a mangé au cours des treize dernières années à tous les râteliers, continue de se nourrir de la détresse des gens et qui s’éreinte depuis deux jours à téléphoner à ses correspondants à Tunis pour dénoncer et tenter de discréditer un appel, signé entre autres par des militants du FIS : quand quelqu’un lance un appel public, non pas pour la constitution d’une société d’intérêts mais pour une action humanitaire, il est tenu de prendre compte de toutes les adhésions d’où qu’elles viennent et j’aurai sûrement fait de même pour la sienne s’il me l’avait fait parvenir. D’ailleurs, nombre de ceux qui ont soutenu El Mekki dans sa grève, ont fini par l’appeler à l’arrêter.
Je donne ci- joint la liste définitive des signatures qui me sont parvenues, j’en arrête la collecte et je réitère mes excuses à tous ceux qui m’ont fait confiance pour la bourde que j’ai faite.
Ahmed Manaï
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Texte de l’appel et signatures :

« Il arrive cependant que la machine se grippe ou bégaie. Le grain de sable est toujours à prévoir dans un pays souvent balayé par les vents du sud.
Le cas d’Abdellatif El-Mekki, ancien secrétaire général de l’union générale tunisienne des étudiants (UGTE, pro-islamiste), illustre le propos. El- Mekki a déclaré avoir été arrêté le 14 mai 1991. Le 18 mai, sa famille envoie une lettre recommandée aux autorités, pour s’enquérir de son sort. Le 22 mai, dans une conférence de presse convoquée pour dénoncer le présumé complot du mouvement Ennahdha, le ministre de l’Intérieur Kallel annonce l’arrestation d’El-Mekki- l’importance d’un tel gibier ne pouvait être passée sous silence. Mais le procès- verbal de la police mentionnera comme date d’arrestation…le 11 juillet 1991 ! (Supplice tunisien- Le jardin secret du général Ben Ali ; P. 160) ».
C’est ainsi que Abdellatif El- Mekki a été arrêté, puis jugé et condamné en 1992 à 10 années de prison pour appartenance au mouvement Ennahdha. Il a purgé l’intégralité de sa peine.
A sa sortie de prison il a voulu s’inscrire en médecine pour terminer les trois mois d’internat qui lui restaient à faire et soutenir sa thèse de doctorat. Il en a été empêché. Il a pu cependant s’inscrire en 3ème cycle de Biochimie dynamique à la faculté de sciences et réussir ses examens. Il lui restait tout juste deux mois pour terminer ses études, quand il fut exclu de la faculté sans motif. Le doyen était favorable à son inscription, mais son exclusion, devenue définitive le 13 décembre 2002, émanait d’autres centres de décision.
Il a écrit au ministre de l’Education nationale, au président de la République et à toutes les organisations tunisiennes des DH.
En désespoir de cause il a entamé une grève de la faim illimitée le 7 février 2004 , pour revendiquer tout simplement son droit à finir ses études, à nourrir sa famille et à avoir un statut social autre que celui d’ancien prisonnier qui lui colle à la peau et traumatise sa femme et ses enfants.
Nous pensons qu’en l’état actuel des choses en Tunisie, la grève de la faim de militants islamistes, ne mène à rien. C’est pour cette raison que nous lançons cet appel urgent à Abdellatif El- Mekki et Jalel Ayadi, lui aussi dans le même cas, pour qu’ils mettent fin à leur grève de la faim.

Assalamu Alaikum

Nous avons été surpris par votre décision d’entamer une grève de la faim et nous sommes très inquiets que vous l’ayez déclarée illimitée, donc aux conséquences imprévisibles.
Personne ne conteste évidemment votre droit de recourir à cette forme de combat qui est l’une des rares opportunités laissées aux tunisiens pour protester contre les injustices qu’ils subissent au quotidien et pour revendiquer leurs droits les plus élémentaires, entre autres au savoir.
Mais tu n’es pas sans savoir en tant que médecin mais aussi et surtout à travers les grèves de la faim que tu as menées en prison au cours des années 1992, 1995, 1998, 1999 et 2000 que cette forme de combat est très risquée et qu’elle peut occasionner de graves préjudices à la santé des grévistes, en plus des traumatismes qu’elle occasionne à la famille. De plus, la grève de la faim ne mène à rien dans les circonstances actuelles.
Pourquoi la grève de la faim ?
La grève de la faim est, je vous cite « l’expression du désespoir définitif d’un homme de faire aboutir ses revendications par les voies traditionnelles ». C’est l’appel au secours, le cri du cœur et des tripes à la conscience des hommes pour les appeler à soutenir une revendication légitime. C’est ainsi que nous comprenons cette violence que vous vous imposez. Mais pour qu’une telle forme de revendication ait une chance d’aboutir et d’atteindre ses objectifs, il faudrait qu’il y ait unanimité ou du moins un consensus, dans le conscient et le subconscient des citoyens, gouvernants et gouvernés, autour d’un certain nombre de valeurs éthiques et principalement le caractère sacré de la vie. Tel n’est pas le cas malheureusement.
Cher frère,
La grève de la faim, dans une société qui n’a pas encore réussi à résoudre ses problématiques fondamentales n’est pas le meilleur moyen de régler un dossier et faire aboutir une revendication. Il arrive cependant qu’une telle action, conçue dans une stratégie individuelle, parvienne à résoudre un problème. Il y en a eu de rares cas en Tunisie ces dernières années.
Nous comprenons parfaitement les conditions difficiles que vous vivez à la suite de l’interdiction qui vous est faite de continuer ces quelques mois d’études. Mais nous estimons encore une fois que la grève de la faim ou toute autre forme de combat individuel, n’est pas le procédé approprié pour faire aboutir vos revendications. D’ailleurs vous avez prouvé, au cours de vos longues années de prison, que vous n’êtes pas partisan des solutions individuelles, sinon vous vous serez arrangé pour en trouver une et abréger ainsi vos souffrances ce que nous avions souhaité très sincèrement.
Cher frère,
Encore une fois, personne ne vous en voudra d’avoir essayé de résoudre votre problème par la grève. Mais nous vous conjurons tous de l’arrêter, par amour pour les vôtres, parce qu’elle est sans effet dans les conditions actuelles et que votre message est parvenu à tous.
De nombreux signataires de cet appel vous sont inconnus même de nom. Mais croyez que nous vous estimons tous et que votre santé, votre sort et celui de votre famille nous importent beaucoup.
Nous vous exprimons toute notre solidarité avec vos revendications légitimes, avec votre droit au savoir, au travail et à la dignité et nous vous appelons ainsi que votre ami Jalel Ayadi, qui est privé comme vous de son droit au savoir et à la dignité, à arrêter votre grève au premier jour du Nouvel An de l’Hégire. Bonne année 1425 à vous, à tous ceux que vous aimez et à l’humanité toute entière.

Wassalam Alaikum

Premiers signataires, par ordre d’arrivée des signatures :

1) Dr Salah- Eddine Sidhoum, Chirurgien- Militant des DH- Algérie ; 2) Dr Mustafa Ben Jâafar: S.G du F.D.T.L : Tunisie ; 3) Maître Abdelfettah Mourou : Avocat : Tunisie ; 4) Dr Anouar Koutchoukali : S.G. - Justitia Universalis- Hollande ; 5) Maître Brahim Taouti : Avocat- Président Justitia Universalis- Danemark ; 6) Maître Ahmed Simozreg : Avocat : Burkina Faso ; 7)Ahmed Smiai: Universitaire: Tunisie ; 8) Dr Abbas Aroua : Universitaire : Suisse ; 9) Rachid Benaïssa : Expert International : Algérie ; 10) Brahim Belkilani : Journaliste( ITRI) : Norvège ; 11)Aziz Salmane Fall : Politologue : Montréal : Canada ; 12)Dr Bilel Manaï : Universitaire, France ; 13)Sami Ben Gharbia : Ecrivain, demandeur d’asile : Hollande ; 14)Alain Lecœur : Commission Internationale des Verts- France ; 15)Fathi Belhadj : Citoyen Tunisien, Montréal ,Canada ; 16)Dr Nizar Châari- Universitaire- France ; 17)Fatiha Talahite : Chercheur CNRS : France ; 18)Dr Fayçal Kâabi : Psychologue : France ; 19) Père Michel Lelong : Universitaire, Prêtre Catholique : France ; 20)Nidhal Hamadé : Office Français des D.H : France ; 21)Chakib Bdira : Ecrivain- Traducteur : France ; 22)Malika Khier : Militante associative : Algérie ; 23)Dr Abdessalem Lassoued : Universitaire : France ; 24)Fausto Giudice : Ecrivain- Editeur : France ; 25)Adel Selmi : Universitaire : France. ; 26)Ginette Skandrani : La Pierre et l’Olivier : France ;; 27)Ferjani Amara :Commerçant : Italie ; 28) Mohamed Bouriga : Traducteur : Alberta, Canada ; 29)Dr Idrissi Boussouf Habib : Maître de Conférence, Paris ; 30)Mounir Boughattas : Professeur : France ; 31)Dr Sahbi El Amri : Médecin : Tunisie ; 32)Beddi Ould Ibnou : Porte parole du Front Populaire : Mauritanie. ; 33)Kamel Makni : (ITRI)- Espagne ; 34)Maître Mohamed Taheri : Avocat, membre Réseau Euromed : Paris, 35)Mohamed Lamari : (ITRI) : France ; 36)Dr Mondher Sfar : Conseil de la communauté Tunisienne : France ; 37)Noureddine Khatrouche : Chercheur : France ; 38)Lasâad Jouhri: AISPPT: Tunisie ; 39)Abdelkhalek Toukabri: Militant pour la démocratie en Tunisie: France ; 40)Nabil Rebaï : Ancien prisonnier politique : Tunisie ; 41)Yacine Khlifi : Informaticien : France ; 42)Bochra Manaï : Etudiante : France ; 43)Mehdi Mosbah : Informaticien- Militant des D.H. : Algérie ; 44)Lazhar Abaab : Chef d’entreprise : France ; 45)Kamel Besrour : Informaticien :France ; 47)Dr Mostafa Brahami : Universitaire : Suisse ; 48)Dr Ahmed Zanad : Chirurgien : Suisse ; 49) Dr Lise Garon: Professeure: Université: Québec ; 50)Dr Anwar N.Haddam : F.I.S. : Washington ; 51)Dr Alhabib Haddam: Chirurgien Thoracique et Cardio-vasculaire: Alger ; 52)Dr Youcef Nedjadi : Physicien : Grande Bretagne ; 53)Saïd Benfarah : Militant associatif : France ; 54)Azzeddine Chammam : Ancien membre du B.E. de l’UGTE. ; 55) Habib Houar : Militant associatif : France ; 56)Moncef Lamari : Militant Associatif : Suisse. ; 57)Abdullatif Fakhfakh : Ancien membre du B.E. de l’UGTE : Suisse ; 58)Taieb Smati : Parti des Travailleurs Tunisiens : Tunisie ; 59)Dr Khaled Traouli : Universitaire : France ; 60)Ben Ohman Ridha : Ancien membre de l’UGTT ; 61)Imed Barkati : Cadre associatif : France ; 62)Nasser El Misri : France ; 63) Moussaoui Moussa : Ingénieur : Allemagne ; 64) Dr Amina Kadi : Mathématicienne : France ; 65)Neila Charchour Hachicha : PLM : Tunisie ; 66) Cheikh Rached Ghannoushi : Président du Mouvement Tunisien Nahdha ; 67) Werner Ruf : Professeur à l’Université de Kassel : Allemagne ; 68) Dr Farès Aissaoui : Médecin : France-
Rassemblement des Tunisiens libres, avec dix signatures : 69) Derbali : Ouvrier-syndicaliste ; 70) El Hanni Néjib : Inspecteur des impôts- RTL ; 71) Pacaud Mireille : Ingénieur ; 72) El Hanni Nebiha : Styliste ; 73) El Hanni Bilel : Enseignant ; 74) Derbali Nour : Pédiatre ; 75) Derbali Sonia : Sciences Po/ ENA- Paris ; 76) Trabelsi Chihab : Commerçant. ; 77) Berrachid Mongi : Dentiste ; 78) Slama Sihem: Photographe ; 79) Nabli Marouan: Etudiant ; 80) Slama Choukri : Etudiant ; 81) Rachid Messoudi : Journaliste : Royaume Uni. ; 82) Abdi Belgacem : Directeur d’entreprise : France ; 83) Dr Chokri Hamrouni : Congrès pour la République ; 84) Baroudi Mahmoud : Etudiant Magistère Finance : France ; 85) Moncef Boushaki : Etudiant : Paris ; 86) Ahmed Manaï : (ITRI) : France

 

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