A P P E L DES
200
(Tunis, le 9 avril 1993)
La Tunisie entame aujourd’hui
sa trentième-huitième année d’indépendance,
avec son patrimoine civilisationnel, son passé
militant et ses potentialités humaines, lui donnant
droit à une politique moderne reposant sur un
gouvernement puisant sa légitimité de
la volonté populaire, sur une société
civile incarnant, de par son pluralisme politique, social
et intellectuel réel un contre- pouvoir effectif,
et sur un Etat de droit respectant les droits de l’homme
en toutes circonstances, sans discrimination ni faux-
semblants, sans sélection ou exception.
C’est par devoir national que nous sommes amenés
à déclarer que le changement annoncé
il y a plus de cinq ans, s’il a pu susciter espoir
et enthousiasme auprès de larges couches de la
population et de la plupart des sensibilités
politiques et courants de pensée, s’est
manifesté en par un recul sensible ainsi qu’en
témoignent la persistance d’un parlement
monocolore, les graves dérapages dans le domaine
des libertés et des droits de l’homme consacrés
finalement par la disparition de la LTDH, le harcèlement
moral et matériel des quelques rares journaux
indépendants, sans parler de la monopolisation
de l’audiovisuel et de l’information.
Ce recul est lié essentiellement à trois
facteurs :
1) Le poids des forces opposées au changement
et l’amplification du souci sécuritaire
au sein du pouvoir. De ce fait, la culture du parti
unique est encore enracinée au cœur de l’appareil
de l’Etat et de l’administration avec ses
conséquences dans la pratique quotidienne sur
toute opinion non-conformiste et plus généralement
sur le citoyen qui subit le contre- coup de la liaison
établie entre les services qu’il attend
et le degré d’allégeance vis-à-vis
de l’autorité.
2) Le noyautage des institutions civiles, partis, syndicats,
associations, empêchées de jouer leur rôle
de contre-pouvoirs. Certaines d’entre elles ont
été, par souci de conformisation à
la politique officielle, jusqu’à mener
en leur propre sein des purges pour éliminer
les militants restés attachés à
la liberté d’expression et au droit à
la différence. Désemparée, l’opinion
publique ne peut plus faire la différence entre
leurs positions et discours et la thèse officielle.
La classe politique et l’intelligentsia en plein
désarroi ont vu leurs horizons se boucher : le
désenchantement et l’indifférence
se sont accrus à l’égard de la vie
politique et associative, fondement de la société
civile.
3) Le relâchement des exigences des forces démocratiques
en ce qui concerne les problèmes de liberté
et de démocratie. En effet, ces forces ont été
piégées par la politique du pouvoir justifiant
le gel de ces questions, pourtant fondamentales, par
la priorité accordée à l’éradication
du danger intégriste.
En réalité, sous prétexte
de défendre la société civile,
on a fini par réduire au silence les voix discordantes,
par marginaliser les oppositions, la société
civile se trouvant curieusement réduite aux seules
parties en accord avec le pouvoir.
Au service de l’intérêt
supérieur du pays et en harmonie avec la vague
de liberté qui affecte tous les pays du monde,
y compris ceux de l’Afrique, les soussignés,
convaincus de la nécessité d’un
changement démocratique affirment :
* La situation actuelle, si elle se poursuit, peut aboutir
à des secousses qu’aucun patriote sincère
soucieux du devenir de son pays et de la dignité
de son peuple, ne peut accepter. L’intérêt
national exige qu’un terme soit mis à la
domination d’un parti- Etat, que la neutralité
de l’administration soit garantie, que la libéralisation
de la vie politique et associative soit effective, que
l’étouffement des espaces d’expression
et d’organisation cesse et que l’interdiction
qui frappe la Ligue Tunisienne des D.H soit levée.
* L’intérêt national exige une révision
sérieuse de la politique économique qui,
en encourageant la spéculation et l’enrichissement
éhonté, a approfondi les écarts
tant entre les catégories sociales qu’entre
les régions.
* L’opposition tire son crédit de sa capacité
à assumer son rôle de contrôle et
de contre- pouvoir. La responsabilité des forces
démocratiques, toutes sensibilités confondues,
réside dans leur prise de conscience de la gravité
de la situation : elle leur impose de passer outre les
obstacles et d’assurer leur cohésion autour
d’objectifs communs, condition préalable
à toute action et réalisation.
* La Tunisie d’aujourd’hui a besoin d’un
projet clair et ambitieux qui rompe avec le système
du parti unique et le pluralisme de façade. La
priorité la plus absolue doit être la construction
d’une société pluraliste où
le droit à la citoyenneté soit concrétisé
et d’un régime démocratique fondé
sur le respect de la volonté populaire et la
règle de l’alternance.
Nous lançons un appel pressant
à toutes les forces démocratiques, qu’il
s’agisse d’individus ou de groupes, qu’elles
soient organisées ou indépendantes, pour
qu’elles luttent contre la démission et
l’indifférence, pour qu’elles rallument
la flamme de l’espoir en mobilisant les différentes
composantes de la société civile et en
créant l’espace le plus large possible
pour un débat national global ouvert à
toutes les forces vives du pays. C’est ainsi que
nous abattrons cette barrière artificielle érigée
entre les élites et notre peuple et que nous
réaliserons la cohésion de toutes les
forces nationales afin de garantir à notre pays
stabilité, invulnérabilité et progrès.
Signataires :
Abdelkrim Abdellaou ; Abdellatif Abid ; Abdelaziz Abri
; Mohamed Abrougui ; Amor Adouani ; Salah Ahmad ; Béchir
Ahmed ; Naceur Ajili ; Randa Alibi ; Mohamed Hédi
Allami ; Mohamed Allouche ; Omrane Alouane ; Taoufik
Aloui ; Naji Amadi ; Hédi Ouf ; Saïda Aoun
; Mohamed Mokhtar Arbaoui ; Adel Arfaoui ;Issam Asmi
; Hachmi Attia ; Leila Attia ; Mohamed Mounir Ayadi
; Hachemi Ayari ; Wassila Ayari ; Jelloul Azzouna ;
Rafik Baccouche ; Salem Bahu; Lotfi Bairi ; Abdelaziz
Basti ; Baïzoul Bchiroun ; Abdeljelil Bedoui ;
Slaheddine Belarbi ; Ahlam Bel Hadj ; Mondher Bel Hadj
Ali; Mohamed Benaïcha ; Mounir Ben Amara ; Mokhtar
Ben Ali ; Salem Ben Brahim ; Taoufik Ben Brick ; Issam
Ben Cherifa ; Taoufik Ben Fadhl ; Mustafa Ben Ghorbal
; Abdessalem Ben Hamida ; Morched Ben Hamida ; Mustafa
Ben Jâafar ; Abdel Kader Ben khemissi ; Adel Ben
Mansour ; Aleya Ben M’barek ; Hassen Bennaceur
; Béchir Ben Nasr ; Rachid Ben Nasr ; Mohamed
Bennour ; Ahmed Bennys ; Hamida Ben Salah ; Fayçal
Ben Salem; Rabiaa Ben Taarit ; Abderrahman Ben Zakkour
; Brahim Berbiha ; Mondher Berrahal ; Bourguiba Berrejeb
; Abdeljabbar Bessaïes ; Jameleddine Bida ; Noura
Borsali ; Rached Bouaziz ; Ali Bougi ; Monji Boughzala
; Hassine boujarra ; Fayçal Boukef ; Driss Boukhris
; Abdelaziz Boulares ; Naceur Bounatouf ; Chadly Bourouina
; S. Bouraoui(Syn) ; Ezzeddine Braïk ; Ali Briki
; Hédi Chabbi ; Taher Chagrouch ; Mohamed Tahar
Chaïeb ; Chiheb Chaouch ; Mohamed Tahar Chamkhi
; Mohamed Charni ; Mansour Cheffi ; Salah Chouaib ;
Borni Chougrane ; Mohamed Marzouk Chouchane ; Larbi
Chouikha ; Béchir Dakhli ; Abdessalem Dammak
; Kamel Darghouth ; Lotfi Debbiche ; Monji Derbal ;
Mahmoud Dhaouadi ;Abderrazak Dhifaoui ; Tahar Dhifaoui
; Rached Dhifaoui ; Zakia Dhifaoui ; Hassine Dimassi
; Kéfi dridi ; Radhia Dridi ; Farhat Drissi ;
Hosni El Mahmoudi ; Leila Ennigrou ; Mohamed El Ouni
; Béchir Essid ; Rafik Fadhlaoui ; Béchir
Fani ; Don Fourati ; Sadok Gaui ; Hafedh Gamaoun ; Leila
Gasmi ; H. Ghaïth ; Ali Ghidhaoui ; Adel Gharbi
; Ridha Gharbi ; Monder Gorgi ; Tahar Goussi ; Mehrez
Guebli ; Mouidi Habchi ; Adel Hachicha ; Sami Hachicha
; Omrane Hadhri ; Mohamed Lamine Hammas ; Selma Hani
; Abdel Hamid Hénia ; Abdellatif Hermassi ; Abdel
Hamid Hilali ; Ahmed Inous ; Lotfi Issa ; Mohamed Jabeur
; Abdelwaheb Jerraya ; Ali Jerray ; Messaoud Jebir ;
Abdel aziz Jaziri ; Mohamed Lakhdar Jebali ; Mourad
Jendoubi ; Belgacem Jeridi ; Sana Jelassi ; Salah Jeliti
; Mohamed Jouini ; Jelila Kefi Boulouba ; ; sabri Khiari
; Mohamed Hédi Khzouri ; Ahmed Kilani ; Slaheddine
Klibi ; Mokhtar Kraïem ; Kamel Labidi ; Yassine
Labiedh ; Naceur Lajili ; Olfa Lamloum ; Ali Louati
; Mohamed Louhichi ; Hamda Maamer ; Ahmed Maaroufi ;
Lyès Makni ; Mohamed Tahar Mansouri ; Hédi
Manaï ; Tahar Manaï ; Mokhless Marzouki ;
Abdelhafidh Mekhtoumi ; Hassen Mensi ; Hammadi Messaoudi
; Mohamed Ali Mestiri ; Mohamed Mestiri ; Omar Mestiri
; Mahmoud Mehiri ; Mohamed Missaoui ; Nouri Mimoun ;
Ahmed Mouelhi ; Mohamed Naceur Mouelhi ; Monji Mokkadem
; Mouna M’Tibaa ; Ali M’Timet ; Mohamùed
Naceur Nefzaoui ; Moncef Naouar ; Abdessatar Nasri ;
Béchir Ouarda ; Nadia Omrane ; Moncef Ouanes
; salah Oueslati ; Béchir Ouled Ahmed ; Rafika
Rached ; Tahar Rajhi ; Ridha Rezgui ; Romdhane Rezgui
; Monia Rimane ; Omar Mahmoud Romdhani ; Fethi Safsafi
; Houcine Saida ; Mehdi Sbaa ; Habib Smaali ; Mohamed
Selmi ; Mahmoud Selmi ; Ahmed Semii ; salah Semii ;
Seddik Skhiri ; Hamza Soltani ; Mahmoud Souar ; Monji
souab ; Mohamed Souilem ; Senoussi Senoussi ; Noureddine
Souli ; Abdelhak Thabet ; Mondher Thabet ; Hédi
; Timoumi ; Ali Tinjal ; Hajer Touiti ; Jamel Toumdine
; Habiba Trabelsi ; Hédi Trabelsi ; Mokhtar Trifi
; Fayçal Triki ; Mohamed Arbi Yahiaoui ; Hachemi
Yarmani ; Khelil Zamiti ; Ali Zedini ; Mohamed Zine
El Abidine.