Comité de Soutien à
la LTDH
Comité de Lutte contre la Répression,
la Torture et pour les Libertés en Tunisie
Paris le 05 novembre 1992
Sur mon initiative personnelle, maître
Daniel Jacoby, Président de la Fédération
Internationale des Droits de l’homme, a bien voulu
me recevoir le 5 novembre 1992 avec messieurs Ahmed
Manaï, Président de la Coordination pour
la Défense des Libertés en Tunisie et
Ahmed Bennour, ancien ministre ainsi que son épouse.
Cette initiative s’imposait après l’entrevue
accordée par le Président Ben Ali à
maître Jacoby et surtout le communiqué
de presse qui en est issu et publié par la FIDH
à Tunis en date du 21 septembre 1992. Ce communiqué
a suscité l’étonnement des milieux
démocratiques tunisiens en France en ce qu’il
gratifie le régime tunisien de « progrès
importants accomplis par la Tunisie depuis 1988 dans
le domaine des libertés et des droits de l’homme
», et semble en outre accréditer les conclusions
du rapport Driss, alors que celui-ci ne fait que donner
l’illusion d’une authentique enquête
sur les atteintes aux droits de l’homme en Tunisie,
ne serait-ce que par le fait que cette enquête
est menée par le pouvoir en place et non par
des parties indépendantes.
Maître Jacoby nous a assuré que la moitié
du temps qu’a duré son entrevue avec le
Président Tunisien a été consacrée
à la question des atteintes aux droits de l’homme
en Tunisie avant même d’évoquer le
problème de la LTDH lui- même. En outre,
maître Jacoby nous a appris que l’entrevue
a été initiée par le Comité
directeur de la LTDH soucieux de s’inscrire dans
la légalité.
Les personnes présentes à l’entrevue
que nous a accordée le président de la
FIDH, ont tenu à affirmer qu’elles ne mettent
nullement en cause l’honnêteté de
la démarche de la FIDH, mais ont tenu à
lui affirmer que de sérieuses divergences nous
séparent. Le moyen adopté par la FIDH
de vouloir intervenir à l’amiable auprès
des autorités locales afin de sauver les victimes
des violations des Droits de l’Homme, s’il
implique de se taire sur les pratiques abusives de ces
autorités, de s’abstenir à les dénoncer,
voire même de leur décerner des certificats
de bonne conduite en matière des DH, ce moyen
devient une prime aux abus et une incitation flagrante
à de nouvelles violations encore plus nombreuses
et plus graves. Cela est d’autant plus vrai pour
le cas de la Tunisie que Ben Ali a assis son système
répressif sur une image de marque d’honorabilité
qui est la clé de voûte de la survie de
son régime anti-démocratique, une image
qu’il n’a eu de cesse de cultiver auprès
de l’opinion internationale et surtout auprès
d’organisations humanitaires et de défense
des DH.
C’est pour cela que nous, démocrates tunisiens,
libres dans nos mouvements et assumant pleinement nos
responsabilités historiques envers notre pays
soumis à une dictature sanguinaire et corrompue,
appelons la FIDH à joindre sa voix à l’ensemble
des organisations humanitaires et de défense
des DH afin de dénoncer solennellement et sans
ambiguïté les violations des droits de l’homme
en Tunisie et la terreur policière que sème
le régime sur l’ensemble du peuple, y compris
et surtout les défenseurs des DH, les poussant
parfois à des attitudes désespérées
de compromission et de défaite devant la force
brutale. Seule la fermeté pourra faire reculer
les violations des DH en Tunisie, le compromis les encouragera.
C’est le seul moyen d’aider la LTDH à
retrouver le peu d’indépendance dont elle
jouissait avant la promulgation de la loi scélérate
et liberticide sur les associations.
Mondher Sfar