COMITÉ
DE SOUTIEN AU DR SALAH EDDINE SIDHOUM
21 ter, rue Voltaire, 75011 Paris
Pour contacter le comité, contacter :
M. Ahmed Manai (France) : 00 33 1 69 44 21 52 (presse
arabophone)
M. Anouar Koutchoukali (Pays-Bas) : 00 31 30 236 93
86 (presse anglophone)
Communiqué de presse
Paris, le 29 septembre 2003
Le Dr S.-E Sidhoum (défenseur des droits humains
en Algérie) décide de sortir de la clandestinité
Le Dr Salah-Eddine Sidhoum, chirurgien et défenseur
des droits de l’homme en Algérie, a décidé,
après neuf ans de clandestinité, période
au cours de laquelle il a fait successivement l’objet
d’une campagne de calomnie, d’une tentative
de d’assassinat par les escadrons de la mort et
d’une condamnation à vingt ans de prison
par contumace par une cour de type vichyste, de sortir
de la clandestinité et de se présenter
à la justice. Assisté par un collectif
international d’avocats, il compte faire opposition
au jugement prononcé à son égard.
Le Comité de soutien au Dr Sidhoum suivra de
près cette affaire et mobilisera l’opinion
publique nationale et internationale en vue d’un
procès public et équitable au cours duquel
les droits de la défense seront intégralement
respectés.
Le Comité de soutien
ABDI Nourredine. Sociologue. Chercheur CNRS. France
ADDI Lahouari. Professeur Sociologie politique. IEP
de Lyon.
AGGOUN Lounis, Informaticien
AIT-AHMED Jugurtha (Suisse)
ALLILI Larbi, Scientifique, Justitia Universalis, Hollande.
ASSAM Yahia, Chargé des relations avec les ONG,
LADDH.
AYADI Abderraouf, Avocat - Conseil National pour les
Libertés –Tunisie
BENAISSA Rachid (Pr.). Expert. UNESCO. Paris.
BENABDELMOUMENE Saléha. Informaticienne (France)
; Militante pour les Droits des Femmes en Algérie.
BEN AMOR Samir. Avocat. Militant des droits de l’homme.
Tunis
BENAYADA Rachid. Juriste. France.
BENCHIKH Madjid, professeur de droit, Paris
BENDERRA Omar. Consultant. France.
BENOZENE Leila, Conseillère en formation, France.
BEN SALEM Ali. Président de l’Amicale Nationale
des Anciens Résistants Tunisiens.
BEN SALEM Moncef. (Pr.) Mathématicien - En résidence
surveillée depuis 12 ans en Tunisie- Président
Honoraire de l'ITRI
BEN-YOUCEF Lotfi (Dr), Chirurgien. Etats-Unis.
BRAHAMI Mostafa, Dr. Sciences Economiques, Chercheur
Ethique et Management, Lausanne- Suisse
BRAHIMI Abdelhamid, Professeur, Directeur Général,
Centre for Maghreb Studies, Londres. Ancien premier
ministre (1984-1988)
BURGAT François (CNRS, Sanaa, Yémen),
membre du CIPA (Comité international pour la
paix en Algérie)
CHEKRAOUI Khalid (Maroc) Informaticien.
CHOUITER Sofiane, Avocat, Justitia Universalis, LADDH-Constantine
DAOUD Kamel. Professeur de Médecine. Président
Association Algérie-Droits de l’Homme pour
tous. Paris.
DARWICH Raouf (Dr), Mathématicien, Université
d’Angers.
DHINA Mourad Dr (Algérie).
DUTOUR Nassera Collectif des Familles de Disparu(e)s
en Algérie
ESSID Béchir, Bâtonnier de l'ordre des
avocats, Tunis.
GAOUAR Badia. Avocate. Militante des Droits de l’Homme.
Alger
GEZE François. PDG Editions La Découverte,
CIPA (Comité international pour la paix en Algérie)
GILQUIN Michel. Chercheur. Casablanca. Maroc.
GRAAMAND Erla. Artiste, Danemark
GUIDOUM Amor, Dr. Chercheur, Suisse
HAGGAG Nail. Directeur de l’APHRA (The Arab Program
for Human Rights Activists. Egypte).
HAMANI Mohamed Tahar. Dr. Médecin. Algérie
HANIFI Ahmed. Formateur. (France)
HARBI Mohamed. Historien. France.
HOLENWEG Pascal. Politologue. Genève (Suisse)
KADI Amina. (Dr). Mathématicienne. France.
KAÏS El Azzaoui (Dr), Directeur du journal Al Jarida.
Baghdad.
KERVYN Jeanne. Sociologue. Membre du CIPA (Comité
international pour la paix en Algérie) Belgique.
KHANDJANI Djimukai. Journaliste. Iran.
KOUTCHOUKALI Anouar. Traducteur. Justitia Universalis.
La Haye. Pays Bas.
MAATER Abdelwaheb. Avocat. Tunis.
MANAI Ahmed. Président Institut Tunisien des
Relations Internationales. (ITRI)
MANNA Haytham (Dr). Porte-parole Commission Arabe des
Droits de l’Homme (ACHR)
MELLAH Salima. Journaliste. Algeria-Watch.
MERZOUKI Moncef (Pr.). Professeur de médecine.
Commission arabe des Droits de l’Homme
MISEREZ Marc-André, Journaliste, Swissinfo -
Radio suisse internationale, Berne – Suisse
MOSBAH Mehdi. Technicien. Paris. (France)
MOULAY Mohamed Saïd. Professeur de mathématiques.
Université de Bab Ezzouar.Alger.
NOUAYDI Abdelaziz. Organisation Marocaine des Droits
de l’Homme (OMDH).
NOURI Mohamed. Avocat. Président de l'Association
de soutien aux prisonniers politiques (AISPP). Tunis.
QUINTAL Yves. Vice-président du Comité
pour la Paix Civile et la démocratie en Algérie
(CPCDA). Directeur d’école.
REZIG Missoum. Universitaire. Chlef. (Algérie)
ROLLINDE Marguerite. Association Hourrya/Liberté
RUF Werner, Professseur de relations internationales
(retraité), Université de Kassel. Allemagne.
Membre du CIPA (Comité international pour la
paix en Algérie).
SAMRAOUI Mohammed, ex officier supérieur de l´armée
nationale.
SAMYGIN Anastasia étudiante, Belgique
SATOUR Khaled, Universitaire, France.
SFAR Mondher, Collectif de la Communauté Tunisienne
en Europe
SIDHOUM Abdeslam (Canada)
SMAIN Mohamed. LADDH, Relizane. Algérie
SOUAÏDIA Habib. Ex-officier de l’armée
nationale. Auteur de « La sale guerre ».
SOUFI-RICHARD Joumana. Sociologue. France.
TAHRI Mohamed, Avocat, membre LADDH.
TALEB IBRAHIMI Khaoula, professeur. Université
d’Alger.
TAOUTI Brahim. Président Justitia Universalis.
Danemark.
VIDAL-NAQUET Pierre. Historien. France.
YAHIAOUI Mokhtar. Président du centre Tunisien
pour l'indépendance de la justice (CTIJ), Membre
du comité directeur de l'association Tunisienne
de soutien aux prisonniers Politiques (AISPP).
ZEHOUANE Hocine, avocat, vice-président de la
LADDH. Algérie
Organisations :
Algeria-Watch.
Algérie-Droits de l’Homme pour Tous (ADHT).
Arab Program for Human Right Activists (APHRA).
Association des Travailleurs Maghrébins de France
(ATMF).
Commission arabe des droits humains (ACHR)
HIJRA International Organisation, Genève.
Institut Tunisien des Relations Internationales (ITRI).
Justitia Universalis, La Haye (Hollande).
COMIT? DE SOUTIEN AU DR SALAH EDDINE SIDHOUM
c/o Algeria-Watch
21 ter, rue Voltaire, 75011 Paris
sidhoum_soutien@algeria-watch.org
Pour contacter le comité:
M. Ahmed Manai (France) : 00 33 1 69 44 21 52 (presse
francophone et arabophone)
M. Anouar Koutchoukali (Pays-Bas) : 00 31 30 236 93
86 (presse anglophone)
Communiqué n°2
Paris, 30 septembre 2003
Dr. Salah-Eddine Sidhoum entame une grève de
la faim totale en raison des mesures disciplinaires
imposées
Dr Salah Eddine Sidhoum qui avait été
condamné en 1997 par contumace à 20 ans
de prison s’est présenté le 29 septembre
2003 à la justice algérienne pour faire
opposition au jugement. En droit algérien interne,
il n'existe aucune autre possibilité de purge
de la contumace que l’arrestation ou le fait de
se constituer prisonnier.
Après l’audition chez le procureur il a
été placé en détention à
la prison de Serkadji. Il a aussitôt entamé
une grève de la faim pour revendiquer des droits
tels que la garantie d’un procès équitable
et public, droit aux livres, journaux, la radio, le
parloir rapproché etc.
Par mesure disciplinaire la direction de la prison l’a
placé dans un cachot situé au sous sol
de la prison Serkadji. Il s’agit d’une cellule
exiguë, humide, froide, éclairée
artificiellement 24h sur 24h. La direction lui a enlevé
ses effets personnels et son eau minérale.
Salah-Eddine Sidhoum a entamé une grève
de la faim totale, refusant toute alimentation et boisson
pour protester contre ces sanctions et obtenir un régime
et des conditions dans lesquelles sont assurés
ses contacts avec le monde extérieur (famille,
avocat, services sociaux et médicaux, organisations
non gouvernementales).
Le Comité de soutien au Dr. Sidhoum rappelle
que Dr. Salah-Eddine Sidhoum chirurgien et défenseur
des droits de l’homme en Algérie, avait
en raison de ses dénonciations des graves violation
des droits de l’homme depuis 1992 fait l’objet
en 1994 d’une campagne de calomnie, d’une
tentative d’assassinat par les escadrons de la
mort et en 1997 d’une condamnation à vingt
ans de prison par contumace. Pour recouvrir sa liberté
il avait décidé de se rendre à
la justice.
Le Comité de soutien au Dr. Sidhoum exige que
ces mesures disciplinaires soient immédiatement
levées.
Le Dr. Sidhoum a droit à un procès rapide
et équitable en conformité avec les normes
internationales que l’Etat algérien s’est
engagé de respecter. En attendant la date de
son procès, et puisque la contumace a été
purgée, il a droit à la liberté
provisoire. En se constituant prisonnier, il a démontré
sa volonté et son désir d’avoir
un jugement contradictoire, ce qui signifie qu’en
le mettant en liberté provisoire, sa représentation
le jour du procès est assurée.
Le Comité de soutien au Dr. Sidhoum rappelle
ses demandes auprès du gouvernement algérien
:
1. d'assurer la sécurité et l'intégrité
physique et psychologique du Dr Sidhoum Salah-Eddine
et des membres de sa famille;
2. de respecter sa dignité, son droit d'avoir
et de défendre ses opinions et sa croyance;
3. de lui garantir un procès équitable
et public, par une juridiction indépendante et
devant des observateurs d'organisations de défense
des droits de l'homme nationales et internationales;
4. de faire respecter les principes de présomption
d'innocence, de droit à la défense et
de discussion contradictoire des charges, des preuves
et des témoignages;
5. de faciliter l'obtention de visas aux observateurs
étrangers pour qu'ils puissent se rendre en Algérie
sans difficultés et dans des délais raisonnables.
6. d’éviter qu’il soit confronté
à de nouvelles machinations dans le but de le
condamner à de lourdes peines et le marginaliser.
Pour de plus amples informations veuillez consulter
les documents relatifs à la campagne pour la
libération de Dr. Salah-Eddine Sidhoum :
http://www.algeria-watch.org/fr/mrv/mrvrepr/sidhoum/sidhoum.htm
Mon cher Si Ahmed,
Essalam Alaykum ya akhi el fadhel,
Je n'ai jamais douté de la disponibilité
et de la mobilisation de mes frères maghrébins
dans l'épreuve que traverse ma famille. Ce sont
des épreuves que vous avez vous-même vécues
dans votre courageux et admirable combat pour la dignité
et les libertés démocratiques dans votre
(notre pays), la Tunisie. Djazaka Allahou kheiran.
C'est avec joie que je participerais à votre
généreux projet de faire connaître
les militants de la Dignité Humaine dans nos
pays qui accomplissent humblement et loin des caméras
leur DEVOIR et rien que leur DEVOIR. Il est vrai que
certaines ONG et certains militants adeptes du monopole
des droits de l'homme, nous occultent parfois. Mais
cela n'est pas important. L'essentiel, pour nous est
encore une fois de faire notre DEVOIR et être
aujourd'hui en règle avec notre conscience et
de pouvoir, demain rencontrer notre Créateur
en toute quiétude. Il y a ceux que guident des
principes et des valeurs et qui se mettent au service
des opprimés et il y a ceux que guident les calculs
malsains et se servent des malheurs des opprimés.
Il y a aussi un point important à préciser,
c'est que malgré la politique d'occultation pratiquée,
ON NE S'IMPOSE QUE PAR LE SERIEUX DE SON TRAVAIL quelle
que soit l'étiquette politique, culturelle ou
l'appartenance géographique et qu'ONG et adeptes
du monopole finissent par reconnaître. Cela fait
partie de sunnat el Hayat.
En ce qui concerne la façon de rédiger
l'ouvrage, les deux procédés peuvent se
compléter. Je suis disposé à répondre
à vos questions sans problème.
Il y a un petit point sur lequel je ferais une remarque
si vous me le permettez, mon cher Si Ahmed. C'est lorsque
vous me dites :"Il y a de partout dans le monde
des militants musulmans des DH dont le combat est pratiquement
ignoré du grand public......". Pourquoi
uniquement MUSULMANS ? Il y a d'admirables militants
arabes et africains d'autres confessions qui sont ignorés.
A mon humble avis, je crois qu'il faudrait peut-être
s'intéresser à leur courageux combat et
les sortir de l'anonymat.
Ma conception, comme la votre, des droits de l'homme
est UNIVERSELLE (Oua lakad karramna Bani Adam). Je suis
de ceux qui ne peuvent admettre qu'on prive de liberté
un citoyen, pour ses opinions et ses idées politiques,
quelles que soient ces opinions et ces idées.
Je n'ai pas hésité une seconde à
participer au comité international pour la libération
de notre frère Hamma Hammami militant communiste
dont les idées politiques sont aux antipodes
des miennes. Oua El Hamdou Lillah, ce frère et
ses compagnons ont retrouvé leur liberté
et leurs foyers.
Hélas, cette culture de l'acceptation de l'autre
reste à parfaire et nous devons nous atteler
à cela. Seule la confrontation pacifique des
idées doit prévaloir et seul le peuple
SOUVERAIN tranchera. Il y a de la place pour tout le
monde dans notre Maghreb oua el Hamdou Lillah.
Je reste à votre disposition pour vous fournir
le maximum d'informations. Je vous adresserais dès
que possible quelques photos (de mon enfance à
nos jours) et qui pourront illustrer le fascicule.
Encore une fois, tous mes remerciements pour tout ce
que vous avez fait pour ma famille. Vous avez toute
ma confiance.
Que Dieu vous protège.
Votre frère Salah-Eddine
___________________________________________________________________________
Paris le
Bismillah Arrahman Arrahim,
Bien cher frère,
Merci pour ton message et je te prie de m’excuser
pour mon silence. J’étais un peu fatigué
ces deux dernières semaines et je suis devenu
très fragile depuis deux ans, après une
opération cardiaque et avec un diabète
que je traîne depuis 10 ans. Et puis il a fait
très chaud, ce qui n’arrange guère
mes affaires. Maintenant et depuis hier soir, ça
va mieux.
J’espère que tu vas bien, quoique je ne
sais pas ce que cela veut dire vraiment dans ton cas.
Bref !
Je pense que tu suis la pétition sur Algéria-watch.
Elle va être hébergée sur le site
oumma.com, un des meilleurs sites musulmans francophones
où nous pourrons recueillir In Cha Allah davantage
encore. Nous allons faire le maximum pour avoir le plus
de signatures avant son envoi aux NU. Il y a eu beaucoup
de perte de temps mais passons.
Je reviens à notre projet de livre où
il est question de ton portrait. Je ne te cache pas
que lorsque je te l’ai proposé, je travaillais
sur deux autres portraits. Le premier concerne un militant
tunisien, un grand mathématicien, enterré
vivant chez lui, depuis une quinzaine d’années,
pour avoir mouillé dans une tentative de complot
en 1987. Il s’appelle Moncef Ben Salem. Le second
concerne un économiste et ancien ministre des
finances de Mauritanie, condamné il y a deux
ans à 3 ans de prison. Il s’appelle Chebih
Ould Cheikh Mâa Al Aïnein, le petit fils
du vénérable résistant à
l’occupation française (c’est le
personnage principal du livre de Le Clézio :
Désert) de ce qui est l’actuelle Mauritanie.
Je travaille sur les trois projets en même temps,
avec beaucoup de difficultés sur le tien et sur
celui de Moncef. Je suis assez avancé sur celui
de Chebih parce que je l’ai connu de près
et qu’il a été arrêté
en Mauritanie le lendemain de notre dernière
rencontre à Paris. Je sens toujours la chaleur
de son corps au moment où nous nous sommes séparés.
Je ne connais pas Moncef non plus, sauf au téléphone,.
depuis quelques mois, mais j’arrive à avancer
un peu depuis qu’il m’a livré des
réponses à un certain nombre de questions.
Mon idée dans ce travail, n’est pas de
faire le portrait d’un militant ou d’un
homme politique mais davantage ou peut-être plus
simplement encore. En tout cas autre chose. Mon idée
est de présenter des hommes en chair et en os,
des itinéraires et des choix dans la vie, des
succès et des échecs…et de parvenir
surtout à traduire ce feu intérieur qui
oblige des hommes qui ont tout pour réussir normalement
dans la vie, à choisir les sentiers difficiles.
Tu sais, quand je t’avais parlé il y a
quelques mois des hommes de foi et de conviction dont
il nous faudrait mettre en valeur le combat et les sacrifices,
ce n’est guère par esprit d’ostracisme
envers les autres, mais parce que j’ai appris
au cours de ces longues années que pour de nombreux
militants des DH, le militantisme est une activité
comme toutes les autres, un job pour lequel on est plus
ou moins rémunéré, selon la chapelle
qui l’abrite.
Alors il me vient à l’esprit de te poser
la question que m’a posée la journaliste
Algérienne Rabha Attaf en 1992 : après
m’avoir observé et suivi pendant plus d’un
an et demi : qu’est-ce qui te fait courir ? Et
je te demande de m’écrire autant que tu
veux sur ton enfance, ta jeunesse, tes lectures, ta
famille, tes parents…J’ai besoin de te saisir.
Tiens je te fais une confidence : je suis le produit
infalsifiable d’une leçon de langage en
arabe, apprise il y a près de cinquante cinq
ans où il est question d’un Farès
Moutelethem qui arrive le premier sur le champ de bataille
et qui, sitôt cette dernière remportée,
s’en va indifférent aux honneurs et au
butin. C’est fou ce qu’un simple texte,
ni sacré ni même très beau, peut
faire de la vie d’un homme. Et je suis toujours
incapable de dire que j’ai fait telle ou telle
chose ou de présenter un rapport moral où
il serait question d’un succès personnel.
Je t’envoie ce papier d’une journaliste
française de Réforme un peu vieux mais
qui décrit avec une grande fidélité
certains aspects de ma vie et de ma personnalité.
Alors s’il te plaît, essaie de m’écrire
à cœur ouvert. J’en ai vraiment besoin
pour que se déclenche enfin l’étincelle.
___________________________________________________________________________
Lettre du Docteur Salah-Eddine SIDHOUM
Algérie en 2003.
A mon ami Ahmed Manaï
Très cher ami
Tu me demandes de quitter ma carapace de militant et
de me présenter un peu plus aux gens. Quoique
je n’aime pas parler de ma personne, j’accède
à ta demande…
Je suis né le 11 juin 1948, quelques
semaines après la proclamation de l’Etat
d’Israël et l’occupation d’une
partie d’EL. C’est en raison de cet événement
que je fus prénommé par mon grand-père
maternel Salah-Eddine.
Mon enfance a été des plus simples. J’ai
été élevé par mon grand-père
maternel, un homme très pieux, compagnon de Cheikh
El Bachir El Ibrahimi et Cheikh El Fodhil El Ouertilani
fondateurs, avec Ibnou Badis et d’autres, de l’association
des Oulémas algériens.
Après des études primaires à la
Colonne Voirol et à l’ex- Redoute (Al-
Mouradia), mon grand-père insistera pour que
je passe le concours d’entrée en 6è
au lycée franco-musulman de Ben Aknoun, (devenu
lycée Amara Rachid après l’indépendance).
Cette année de CM2 était très difficile
pour moi, car il fallait m’y mettre à la
langue arabe (qui était à l’époque
une langue étrangère) pour espérer
réussir à entrer au lycée franco-
musulman. Quand je tentais vainement de convaincre mon
grand- père de me laisser aller comme tous mes
autres camarades dans un lycée « normal
» (francisant), il me répondait gentiment
mais fermement : »non, Salah-Eddine, la France
et le français ne sont pas l’avenir. Tôt
ou tard, la langue arabe retrouvera sa place et la France
partira et il ne faudrait pas te retrouver demain étranger
dans ton propre pays ». Ce n’est que bien
plus tard que j’ai pu saisir le sens profond de
ses sages paroles.
Ce lycée auquel j’ai eu
la chance d’accéder en octobre 1961, fut
pour moi une véritable école du nationalisme.
Cette première année de lycée fut
très mouvementée. Nous suivions malgré
notre jeune âge les événements de
la dernière année de la guerre avec nos
aînés des classes supérieures dont
certains activaient au sein du FLN. Nous eûmes
à observer une grève de la faim, fin 1961,
en solidarité avec les dirigeants du FLN détenus
en France (Aït Ahmed, Ben Bella, Boudiaf, Khider).
C’était aussi l’année de l’OAS
(organisation de l’armée secrète)
qui appliquait la politique de la terre brûlée.
Un maître d’internat et un professeur du
lycée, furent assassinés début
1962, ce qui nous amena à observer des grèves
et à brûler le drapeau français.
Les responsables de l’OAS qui habitaient à
la cité universitaire mitoyenne se jurèrent
de plastiquer le lycée. J’avais treize
ans et j’étais pensionnaire. Nous nous
relayons à tour de rôle pour assurer la
garde la nuit des fenêtres de nos dortoirs qui
dominaient la cité universitaire, pour surveiller
tout mouvement suspect autour du lycée, craignant
un plasticage. Le gouvernement français décida
de le fermer en mars 1962 à quelques jours du
cessez- le- feu et de nous priver de cours jusqu’à
l’indépendance.
Mes lectures furent dès mon jeune âge orientées
vers l’Histoire. Celle de mon pays d’abord.
J’ai actuellement l’une des bibliothèques
les plus fournies d’Alger, concernant la guerre
de libération nationale.
J’étais également très attiré
par la question de la Palestine en particulier et du
monde arabe en général.. Je me suis beaucoup
intéressé aux différentes guerres
perdues par les arabes et j’ai beaucoup lu les
ouvrages écrits par les officiers israéliens,
pour essayer de connaître leur perception des
régimes arabes.
Après l’indépendance, les études
secondaires se firent dans de bonnes conditions. Le
niveau d’enseignement était excellent avec
des enseignants de qualité, tant pour la langue
arabe, que pour la langue française et les matières
scientifiques. Je pense que tu as pu apprécier
la qualité de tes collègues puisque tu
as enseigné dans ce lycée. J’avais
dans les années 63-64, comme professeur d’arabe,
Abdelhamid Mehri, le militant PPA-MTLD et l’ex-ministre
du GPRA. Il était à l’époque,
mis sur la touche par le régime Ben Bella. Lors
des récréations, j’engageais souvent
des discussions politiques avec lui sur l’avenir
du pays. Il m’a pris en sympathie car j’étais
le seul lycéen de ma classe à discuter
avec lui de politique et d’opposition au régime.
En plus de l’histoire, j’aimais lire et
relire les ouvrages de Malek Bennabi sur l’état
du monde musulman et les conditions de sa Renaissance.
L’entrée à l’université
fut aussi le début de mon combat politique. L’université
était à l’époque dominée
le PAGS (communistes) qui tenaient le syndicat unique
des étudiants
(UNEA), jusqu’en 1970, date de sa dissolution.
Leur haine viscérale de l’islam les avait
conduit à incendier la mosquée de l’université.
Et c’est tout naturel que je ne me reconnaissais
ni dans leurs idées ni dans celles du FLN. Je
penchais plutôt pour un humanisme musulman, aux
contours encore mal déterminés mais que
je voyais déjà incarné à
l’époque par Malek Bennabi, dont les idées
symbolisaient en même temps, l’ancrage dans
nos propres valeurs et l’ouverture sur l’universel.
La fin des mes études médicales fut aussi
le début de mon contact avec la vie sociale et
donc les injustices. Mon combat avec le système
devînt frontal. Le milieu professionnel médical,
notamment dans le secteur public, commençait
à être gangrené par la médiocrité
et l’opportunisme. Les médecins sérieux
et compétents sont découragés dans
leur travail quotidien pour les inciter à partir
ailleurs. Je commençais en tant que médecin
résident en spécialité à
affronter cette mafia. En 1977, fut parachuté
chez nous un professeur étranger, un véritable
aventurier, spécialiste en rééducation
fonctionnelle, mais qui doit son poste surtout à
ses appuis militaires, dont un ancien sous-officier,
élevé, je ne sais par quel miracle, au
grade de colonel. Cet aventurier, chargé de «
former »des médecins dans cette spécialité,
réussit à faire avorter un projet de construction
d’un Institut national d’Orthopédie-
Traumatologie, longtemps préparé par le
Professeur Brahimi, brillant orthopédiste, sur
le modèle de celui que vous avez à Ksar
Saïd à Tunis.
Mes confrères ne m’ayant pas suivi, j’étais
donc le seul à me révolter contre cet
aventurier et sa formation au rabais. Certains d’entre
eux ne m’ont toujours pas pardonné d’avoir
osé contester « l’octroi d’examens
sans efforts ». La gangrène a pris une
ampleur inquiétante du dans la corporation hospitalo-
universitaire du temps du Colonel Chadli. La thèse
d’agrégation était devenue un acte
d’allégeance à tel ou tel professeur,
lui même sous la coupe de tel ou tel clan du régime.
Ma thèse d’agrégation était
fin prête en 1989, mais face à la magouille,
érigée en valeur scientifique, j’y
ai renoncé. « Science sans conscience…Je
préférais rester maître- assistant
avec mon honneur et ma dignité que devenir professeur
sans dignité.
Mes compétences reconnues par mes maîtres
et mes étudiants de l’université
et la confiance que m’accordaient mes patients
à l’hôpital me suffisaient amplement.
J’avais toujours en mémoire, les paroles
d’un éminent professeur français
d’urologie, le professeur Couvelaire qui disait
« En médecine, comme partout, les hommes
de qualité sont seuls à n’avoir
pas besoin de titres ».
Mon père est d’origine modeste. Il était
magistrat. Il avait présidé le tribunal
de Boufarik durant près d’une décennie
avant de terminer comme conseiller à la cour
de Blida. Il a été suspendu à deux
reprises de ses fonctions pour avoir refusé d’obtempérer
aux ordres de la tutelle, concernant deux affaires de
corruption, touchant des parents de dignitaires du régime.
Il avait préféré répondre
à l’appel de sa conscience. Une fois il
s’agissait du neveu du colonel de la première
région militaire et la seconde fois, du parent
du secrétaire général du gouvernement.
A sa retraite, il n’avait ni propriété,
ni voiture et il était sous la menace d’expulsion
de la maison qu’il louait. J’avais beaucoup
d’admiration pour son honnêteté.
Hélas, je n’ai pas pu le voir pour la dernière
fois lorsqu’il fut rappelé à Dieu,
en Octobre dernier. Que Dieu ait son âme.
Voilà, mon cher ami…
Alger le
Salah-Eddine Sidhoum.
Communiqué
Paris le 16 octobre 2003
Libération du Docteur Salah Eddine
Sidhoum
Hamdan wa Choukran Lillah
L’ITRI a l’immense plaisir d’informer
de la libération du Docteur Salah- Eddine SIDHOUM
à l’issue de son acquittement par la chambre
criminelle de la cour d’Alger, aujourd’hui
16 Octobre 2003.
Rappelons que le Docteur Sidhoum est un militant de
longue date des droits humains. En avril 1980, il avait
été arrêté et avait subi
des menaces pour avoir diffusé une pétition
exigeant la libération de toutes les personnes
emprisonnées lors du printemps.
Berbère.
En octobre 1988, il avait alerté l’opinion
publique nationale et internationale sur l’usage
de la torture et de balles explosives dans la répression
des jeunes. Il avait contribué avec d’autres
confrères à la création du Comité
Médical de Lutte Permanente contre la Torture.
Ses responsabilités de militant s’alourdissent
avec la tragédie que vit l’Algérie
depuis une décennie. Il fut l’un des rares,
(avec notamment maître Yahia Abdennour, feu maître
Mahmoud Khelili et d’autres avocats courageux
à la LADDH et ailleurs) à avoir porté
haut et fort son témoignage sur les violations
systématiques des droits de la personne humaine
à une période où l’Omerta
régnait aussi bien à l’intérieur
qu’à l’extérieur : silence,
laissez tuer, torturer, faire disparaître…Il
fallait frapper de terreur les populations à
l’intérieur et organiser l’une des
plus grandes manipulations des opinions du vingtième
siècle.
« Le silence s’ensuivra. Mais quelques militants
ne désarmèrent pas face à l’extraordinaire
armada médiatique mise en place et à la
grande manipulation du pouvoir et de ses satellites.
Salah-Eddine Sidhoum est de ceux qui n’ont pas
abdiqué face à ces grands moyens. Il n’a
pas cessé depuis 1992 de témoigner et
d’informer sur la situation désastreuse
des droits humains en Algérie, notamment en diffusant
par plusieurs canaux, les nombreux cas de torture, de
disparitions, d’exécutions extra- judiciaires
». Il a toujours affirmé, à juste
titre, que « ni la torture, ni la politique dite
sécuritaire n’étaient des solutions
à la crise algérienne. Que le problème
était éminemment politique et que la solution
ne pouvait être que politique ».
En septembre 1994, il adressa une lettre ouverte au
général- chef de l’Etat Liamine
ZEROUAL, dans laquelle il attira son attention sur les
graves dérives du tout– sécuritaire
au détriment des droits de l’homme en documentant
son écrit de 53 cas précis d’atteintes
gravissimes aux droits humains. Il l’informa aussi
de sa possession d’un millier de cas de violations
graves bien documentées qu’il pourrait
éventuellement remettre à une commission
d’enquête honnête, si jamais elle
était créée. La lettre a été
manifestement interceptée. Par la suite il trouva
son nom, parmi une liste de professeurs d’université
et de médecins recherchés par la police.
Ils étaient accusés de terrorisme. Au
même moment, le miracle des hasards coïncide
avec une rumeur affolante selon laquelle Monsieur Sidhoum
est condamnée à mort par les « mystérieux
» GIA.
La mise en application de cette condamnation ne tardera
pas à venir. En effet, au lendemain de la diffusion
par une chaîne française du documentaire
de la BBC sur la « guerre cachée »
en Algérie, dans lequel il dénonçait
le terrorisme d’Etat, responsable de toutes les
autres dérives sanglantes que connaîtra
le pays, trois individus armés, feront irruption
à son domicile pour l’assassiner. Sidhoum
n’était pas chez lui et …il n’y
reviendra pas durant plus de 8 ans. C’est la plongée
dans la clandestinité.
En 1997, il est condamné à 20 ans de prison
par contumace. Malgré sa situation, il continua
à alimenter la postérité d’un
gigantesque travail de mémoire sur la tragédie
algérienne.
Le 29 septembre 2003, Sidhoum adresse une lettre à
l’opinion publique commençant par cette
magnifique phrase de Robert Barrat « J’aime
mieux être en prison et demeurer d’accord
avec ma conscience et mon sentiment du devoir que de
demeurer en liberté et me dire que je suis un
poltron » qui renseigne sur les fortes convictions
de l’homme et sa détermination à
combattre l’oppression et les dictatures jusqu’au
bout et ce quel qu’en soit le prix. Il se livre
le même jour à la justice de son pays.
Ecroué à la prison de Serkaji il entame
aussitôt une grève de la faim totale qu’il
n’arrête que huit jours après.
La justice algérienne vient de l’acquitter
et de le rendre aux siens. Connaissant son engagement
total à la cause de la liberté et de la
démocratie en Algérie et dans le monde
musulman, le docteur Sidhoum, qui se définit
dans une correspondance privée, comme étant
un humaniste musulman, élève de feu Malek
Bennabi, adepte de la non violence et hostile à
« l’ingérence humanitaire ou démocratique
» chère aux néo-colonialistes, ne
tardera pas à reprendre son combat. Au téléphone,
il promît de se remettre au travail après
demain, samedi. C’est « un juste »
qui nous revient de loin !
Tous les membres de l’ITRI, dont le docteur Sidhoum
est Co- Président d’Honneur depuis le début
de cette année, se félicitent de sa libération
et lui adressent leurs meilleurs vœux de bonne
santé. Ils remercient tous ceux qui ont participé
à quelque niveau que ce soit à sa campagne
de libération (le comité d’organisation
de la campagne publiera ultérieurement un communiqué)
et, parmi les sites et listes de diffusion, tout particulièrement
Oumma.com, Assawra, tunisnews et tunisia2003 qui n’ont
pas hésité à relayer l’information
le concernant, depuis le début de cette campagne.
Toute l’information relative au combat de Salah-
Eddine Sidhoum et plus généralement sur
les violations des droits de l’homme en Algérie
se trouve sur le site :www.algeria watch.org/
Ahmed Manaï