Une vaine
manœuvre pour discréditer la Tunisie
Ismail Lejri,
Ambassadeur de Tunisie, Berne
Tribune de Genève : 15- 16- 17
AVRIL 1995
"Le dictateur tunisien Zine Ben
Ali se fait inviter en Suisse» («Tribune»
du 3l mars 1995).
Le pseudo témoignage auquel fait
écho «La Tribune» est le fait d'un
intégriste notoire, ancien de la choura,
organe élargi du groupe terroriste Nahda.
Qu'un tel individu parvienne -à l'instar de nombreux
intégristes sévissant en Europe - à
abuser certains journalistes et intellectuels européens,
cela n'est plus pour surprendre, tant il est vrai
que nombre d'organisations humanitaires, infiltrées
et manipulées, ainsi que certains médias
offrent aujourd'hui aux intégristes, sous le
couvert de la défense de la démocratie
et des droits de l'homme, un terrain propice à
la calomnie et à la désinformation. (...)
La manœuvre, destinée à
porter atteinte à l'image d'un pays démocratique
comme la Tunisie, est à l'évidence
vaine et vouée à l'échec. Elle
ne saurait leurrer une opinion désormais avertie
et édifiée, ni cacher l'appartenance de
Ahmed Manai à la mouvance intégriste,
dont il est un membre actif, ni encore nier son soutien
agissant à ces dangereux fanatiques dont la doctrine
affichée - et largement appliquée sur
le terrain où le terrorisme intégriste
frappe aveuglement en maints endroits du monde les intellectuels
et les journalistes et n'épargne même ni
femmes ni enfants - proclame par principe la négation
des droits de l'homme et la confiscation des libertés,
ne reculant pas pour imposer la théocratie obscurantiste
à employer les méthodes les plus
inhumaines.
Alors qu'il avait été
entendu le 6 avril 1991, sans être arrêté,
pour complicité active dans un complot contre
la sûreté de l'Etat fomenté par
le mouvement terroriste Nahda dont il est membre, Ahmed
Manai avait pourtant été relâché
deux semaines plus tard sur intervention présidentielle
dans un geste de grande clémence au vu de
sa situation personnelle, recouvrant passeport
et liberté de voyager.
Quittant la Tunisie en mai 1991 à
destination de Paris, il adresse au président
de la République une lettre où il
écrit notamment: «Conscient de la situation
que vit le pays et de la lourde responsabilité
qui m'incombe en tant que citoyen patriote, jaloux de
la sécurité du pays et en signe de fidélité
et de reconnaissance de ma part à l'égard
de Monsieur le président de la République
qui a bien voulu m'accorder sa grâce, je
voudrais assurer Monsieur le président que je
serai l'œil vigilant qui veille sur la sécurité
du pays et son intérêt supérieur».
Depuis, l'intéressé n'a
cessé de donner de faux témoignages sur
les «mauvais traitements» dont il aurait
été victime alors qu'il n'a jamais fait
l'objet d'une détention quelconque. Quelle crédibilité
accorder donc à un tel individu?
La vérité est que cette
opération démasquée de désinformation
ne saurait occulter ce qui est aujourd'hui une évidence
aux yeux du monde: à savoir que la Tunisie demeure
par choix autant que par vocation un pays de démocratie,
ouvert et tolérant.
Un Etat de droit où les libertés
fondamentales sont garanties et où, depuis
le changement du 7 novembre 1987, les droits économiques
et la politique sociale d'avant-garde - à laquelle
un grand hommage a été rendu au sommet
social de Copenhague - sont unanimement reconnus
et partout cités en exemple, aussi bien par nombre
d'institutions internationales de référence
que par les observateurs et les experts les moins suspects
de complaisance.
Aussi, ce n'est pas un hasard si les
élections du 20 mars 1994 ont confirmé
avec éclat la grande cohésion des Tunisiens,
toutes tendances confondues, autour du président
Ben Ali, et leur attachement au projet de société
dont il est le promoteur, élections qui ont,
entre autre, consacré le pluralisme avec l'entrée
de l'opposition au Parlement pour la première
fois dans l'histoire du pays. (...)
Ahmed Manaï- Savigny
Réaction des autorités
tunisiennes («Tribune* des 15. 16 et 17avril 1995).
J'ai du mal à imaginer qu'un
homme, de surcroît ambassadeur de son pays en
Suisse, puisse porter tant de haine envers ses
semblables, sortir de sa réserve et exprimer
publiquement tant de mépris envers ses concitoyens.
Mais je n'en veux guère à son Excellence
l'ambassadeur de Tunisie à Berne, parce que je
compatis à son sort et que, sans le vouloir,
il m'a rendu, ainsi qu'à la cause que je défends,
un service inestimable. Il est en effet le premier responsable
tunisien, dans l'exercice de ses fonctions à
reconnaître publiquement, certes avec beaucoup
de détours et de contradictions, que «j'ai
été entendu sans être arrêté,
mais relâché deux semaines plus tard sur
intervention présidentielle ».
C’est sur ordre présidentiel
aussi que j'ai été arrête et torturé.
Tout le monde aura compris. La thèse officielle
concernant mon cas et des milliers d'autres, a
toujours été celle de l'ATCE, l'organisme
de propagande à l'étranger et tenant en
cette phrase de sa réponse au rapport d'A.I.
de mars 1992, «Le dénomme Ahmed Manaï
n'a jamais été arrêté et
encore moins torturé, puisqu'en fuite à
l’étranger depuis deux ans ». J’ai
grand espoir que quelqu'un reconnaisse un Jour que des
dizaines de tunisiens sont morts sous la torture, des
milliers ont été torturés et que
de plus nombreux encore croupissent injustement
dans les prisons.
Pour le reste, c'est- à- dire
ma prétendue appartenance au mouvement Nahdha,
l'ambassadeur me déçoit beaucoup,
puisqu'il fait de moi un simple membre de son conseil
élargi, alors que son collègue à
Paris me présente dans ses rapports aux médias
français comme le chef de ce mouvement. Ceux
qui me connaissent, savent que j'ai le courage do mes
idées et de mes engagements.
Le problème de la Tunisie et
le mien, n'est pas dans une dictature fictive des islamistes,
officiellement «éradiqués»
depuis trois ans, mais dont on continue néanmoins
à brandir régulièrement le spectre,
mais plutôt dans cette dictature réelle,
vécue au quotidien par les tunisiens, toutes
tendances confondues et souvent sans aucun engagement
politique.
Il est celui d'un pouvoir qui s'impose
à des citoyens pacifiques, par la terreur, la
force brutale et la délation, alors qu'il se
présente à l'étranger sous le couvert
de la démocratie, du droit et du respect de l'homme.
(...)
Et toute la passion de son Excellence
ne saurait faire d'un pays où un candidat
unique à la présidence rafle 99,91% des
voix, où un parti au pouvoir remporte 97,73%
des suffrages et où la liste des députés
de l'opposition officielle était connue des mois
avant le scrutin…un pays démocratique.
Ayons le courage d'appeler chaque chose
par son nom. Cela s'appelle une dictature et Ben Ali,
son chef, un dictateur. (...)