Bismillah Arrahman Arrahim
A l’Attention de Monsieur Chokri Hamrouni.
Organisateur des Rencontres d’Aix- Marseille.
C/ Comité pour les Libertés en Tunisie
d’Aix- Marseille
Assalamu Alaikum
Je voudrai vous remercier d’avoir pensé
à m’inviter aux rencontres d’Aix-
Marseille que vous organisez entre le 23 et le 25 mai
03 et souhaiter plein succès à votre entreprise.
Réunir autant de tunisiens, même à
l’étranger, n’est pas toujours chose
aisée. C’est donc avec une grande sympathie
que je salue vos efforts et ceux de vos amis, pour réussir
cette rencontre. Cependant je ne peux y participer pour
les raisons suivantes :
1) Dans le premier programme que vous m’avez envoyé,
il y a près de deux mois, et l’échange
téléphonique qui l’avait suivi,
vous m’aviez demandé d’animer une
table ronde sur les problèmes de la corruption
en Tunisie. Je constate, au vu du programme définitif,
qu’il n’en est plus question, ce que vous
m’avez confirmé d’ailleurs au téléphone,
aujourd’hui 19 mai.
2) L’invitation que vous m’avez adressée
est à titre personnel et ne mentionne nulle part
l’Institut des relations internationales que j’anime
depuis près de six ans, avec, pour votre information,
trente deux tunisiens. Il est vrai que mes amis et moi-même
avons choisi de travailler dans la discrétion.
Il s’agit en fait d’un cercle de réflexion
peu engagé dans la gestion du quotidien, si bien
que nous ne réagissons pas toujours sur Internet
à l’actualité Tunisienne. C’est
un choix que nous assumons entièrement. Mais
je peux vous assurer que le travail que nous avons accompli
n’est pas négligeable. Ainsi et pour ne
citer qu’un des aspects de notre activité,
l’ITRI a eu une part très active, ces dernières
années, dans l’élaboration de trois
livres sur la Tunisie, à savoir : Le Silence
Tunisien de Lise Garon, Notre ami Ben Ali de J.P.Tuquoi
et N.Beau et Tounès Al Ghad. Rien que cela aurait
justifié de mentionner notre modeste organisation.
3) Personnellement, vous pouvez me croire, ne pas être
invité à votre rencontre, ne m’aurait
nullement affecté. J’en ai l’habitude.
Mais je m’insurge que d’autres, présents
sur la scène associative, culturelle et politique
depuis 12 ans au moins, en soient exclus. Je pense notamment
à Monder Sfar, Cofondateur et président
du comité Tunisien d’Appel à la
Démission de Ben Ali en 1993 et militant infatigable
de la première heure ( j’apprends aujourd’hui
qu’il vient d’être invité au
téléphone), à Salah Kerker, avec
tous ses titres, son passé et son action au quotidien,
à Abdellatif Ben Salem, intellectuel et militant
de tous les instants et qui a produit récemment
un numéro spécial de «Horizons Maghrébins
»sur la Tunisie, à Noureddine Khatrouche,
dont les écrits, quoique rares, témoignent
d’un rare sens critique, à Abdel Aziz Aggoubi,
actuel président de la LDH à Ville- Franche
sur Saône, lui aussi militant de la première
heure et, d’autres encore. Que toutes ces personnes
ou certaines d’entre elles ne soient pas sympathiques
à certains de vos illustres invités, ne
peut justifier leur exclusion. A moins qu’il ne
s’agisse du poids politique de chacun d’eux,
auquel cas, je crains qu’aucun d’entre eux
ne soit, à de rares exceptions, moins représentatif
que les présents à la rencontre. L’une
des conséquences de ces quinze années
de dictature est d’avoir réduit à
néant toute prétention à la représentativité.
4) Mais la raison principale qui m’empêche
de participer à votre rencontre, tient aux problématiques
et aux thèmes que vous avez choisis de débattre
et auxquels il ne m’a pas été offert
de faire la moindre suggestion ou proposition:
1) Liberté d’expression
et verrouillage médiatique, Stratégie
de communication,
2) l’indépendance
de la justice en question, droits de l’homme quel
combat,
3) Acteurs politiques/
associatifs : même combat.
Quel projet démocratique
pour l’après dictature ?
Est-ce vraiment de cela que l’opposition et le
pays ont tant besoin ? Le moment n’est-il pas
venu au contraire, pour que tous ceux qui sont impliqués
dans l’action politique et associative et militent
pour l’avènement d’une démocratie
dans notre pays, se retrouvent, sans complexe d’aucune
sorte, pour faire leur propre autocritique et analyser
les raisons qui font que les millions de tunisiens qui
abhorrent le régime, ne font guère confiance
non plus à leur opposition ? Je le dis très
sincèrement et sans aucune arrière pensée.
Il m’est arrivé d’appeler les opposants
tunisiens à une plus grande humilité,
non pas par provocation mais simplement pour donner
plus de crédit à notre action, individuelle
ou collective. Je l’ai fait encore une fois, il
y a quelques mois, dans un article qui, contre toute
attente, m’a valu l’adhésion de deux
chefs de partis de l’opposition. Dans cet article,
j’ai fait une analyse de l’état des
lieux et j’ai conclu que les opposants tunisiens
ne constituent pas actuellement une opposition, capable
de gérer une transition démocratique et
qu’ils pourraient, tout au plus et moyennant de
profondes révisions de leur stratégie
et une recomposition de leurs forces, inciter ou obliger
d’autres, plus proches du système, à
entreprendre cette tâche. Ainsi, l’opposition
aura au moins servi de catalyseur au changement. C’est
mon point de vue et si l’occasion m’avait
été donnée, je serai venu le défendre,
à la lumière, entre autres, de ce qui
s’est passé en Irak.
Je pensais franchement, qu’après le cataclysme
Irakien et la faillite de l’opposition Irakienne,
vous alliez changer de programme et, qu’au lieu
de débattre de ce que tous les tunisiens connaissent
déjà depuis longtemps, de la dépendance
de la justice, au verrouillage de l’information
et à la corruption du régime, vous vous
pencheriez sur la situation de l’opposition, que
vous discutiez de son émiettement, de son peu
de crédit, national et international et de cette
tendance de certains de ses chefs, à se croire
présidentiables dès lors qu’ils
se retrouvent à la tête d’une trentaine
de militants. Enfin, qu’aurai-je ajouté,
en parlant de l’image du régime ou de celle
de la Tunisie à l’étranger, alors
que le véritable problème est celui de
l’image de l’opposition et de son crédit
auprès de son peuple ?
Je vais me hasarder à proposer un début
d’explication au fossé qui sépare
les opposants de la grande majorité des tunisiens,
actuellement hostiles au régime. Et c’est
le panel de vos invités qui me l’inspire.
En effet, nous avons d’un côté le
mouvement Nahdha et quelques associations et personnalités
proches et, à l’autre extrémité,
une kyrielle de partis, de personnalités et d’associations
rivés, disons à gauche. C’est là
un rassemblement des extrêmes qui ne peut en aucune
façon, quelque soit son activisme et l’idée
qu’il se fait de son poids médiatique,
traduire la réalité sociologique et politique
de la Tunisie. et encore moins initier une transition
démocratique dans le pays A mon humble avis,
c’est entre ces deux extrêmes, c’est
à dire au sein de ce large centre, indifférent
à l’idéologie des uns et des autres
et qui demeure encore muet et sans porte parole, qu’il
faudrait espérer sortir un jour de l’impasse
actuelle.
Je suis sûr que vous ne serez pas insensibles
à toutes ces questions et qu’il sortira
de votre rencontre une bonne déclaration et,
pourquoi pas, un futur candidat à l’élection
présidentielle.
Je regrette encore une fois de ne pouvoir être
des vôtres et je dénonce vigoureusement
la campagne de suspicion visant à dénigrer
votre initiative.
Avec mes souhaits de plein succès. Wassalam.
Ahmed Manaï
Institut Tunisien des Relations Internationales.
Tunisielibre@yahoo.fr