Directeur: Ahmed Manaï

Lettre

Paris, juin 1995

Lettre ouverte aux avocats du Barreau de Paris



Messieurs les Avocats du Barreau de Paris

Un colloque sur « l’apport Franco- Tunisien au développement des relations Euro- arabes » se tiendra le 23 juin 1995 au Palais de justice à Paris, à l’invitation de votre barreau. Ce colloque est placé sous le haut patronage de l’ambassadeur de Tunisie, le général Abdel Hamid Cheikh. Le ministre tunisien de la justice, Monsieur Sadok Châabane, en sera l’invité d’honneur.
Il n’appartient pas à notre coordination de contester la compétence du barreau de Paris à organiser une rencontre sur un tel thème. Il est de notre devoir par contre d’émettre de sérieuses réserves sur son opportunité et la qualité de ses invités, au vu de la réalité que vivent de nombreux citoyens tunisiens et notamment certains de vos confrères.
La Tunisie dont on vantera les mérites et les vertus démocratiques au cours de ce colloque, n’est pas un Etat de droit. Nombre d’entre vous l’ont déjà constaté en accompagnant, en qualité d’observateurs d’organisations humanitaires, les procès en série de militants politiques ou des droits de l’homme. Vos rapports témoignent que les droits de la défense sont systématiquement bafoués, que les aveux des suspects sont extorqués sous la torture et que l’ensemble de l’appareil judiciaire est mis au service de l’oppression et de l’iniquité.
Le système a des milliers de victimes anonymes mais aussi des personnalités qui se sont illustrées dans le domaine de la défense des droits de l’homme. Il en est ainsi des avocats tels que maîtres Béchir Essid, Abderrahmane El Hani, Najette Yacoubi et Néjib Hosni. Ce dernier est incarcéré depuis juin 1994 sous la fausse inculpation de faux et usage de faux et vient de l’être encore pour violence à magistrat. Il est adopté par Amnesty International comme prisonnier d’opinion.
Le système a aussi son maître à penser, en l’occurrence le ministre de la justice, Monsieur Sadok Châabane, artisan de l’arsenal juridique le plus répressif que la Tunisie ait jamais connu. C’est à lui que l’on doit la loi 93-113 de novembre 1993, en vertu de laquelle de nombreux tunisiens ont été condamnés pour des activités associatives ou politiques à l’étranger. Il vient d’en conseiller l’adoption aux démocraties Européennes, comme il vient de leur conseiller, à la conférence du Caire sur le crime organisé, d’expulser leurs réfugiés politiques et de se défaire des lois d’asile.
Le système cherche des complices en France. Nous avons la certitude qu’il ne les trouvera pas au barreau de Paris.
Coordination pour la Défense des Libertés en Tunisie (CDLT)
Ahmed Manaï

N.B : Ce tract a été distribué devant le palais de justice de Paris, tout au long de la semaine qui a précédé le colloque, ce qui a découragé la présence du ministre Châabane.

[Accueil] [Actualités] [presse] [Interviews] [Appel] [Lettre ouverte] [Archives] [Livres] [I.T.R.I]