Directeur: Ahmed Manaï

Dans la presse

Le Canard enchaîné
A propos du livre « Supplice tunisien » d'Ahmed Manaï (Editions La Découverte, 110 F)
15 mars 1995 


Voici un livre (1) dont la parution indispose l’Elysée, le Quai d’Orsay et le ministère de l’Intérieur, où l’on entretient de bonnes relations avec le général Ben Ali. Sans oublier Frédéric Mitterrand, l’un des animateurs de la Saison tunisienne, une série de manifestations culturelles organisées jusqu’en juillet à Paris et dans plusieurs grandes villes.
Son auteur Ahmed Manaï, un Tunisien arrêté en avril 1991, reconnaît avoir cédé sous la torture et avoué de banales rencontres avec des opposants du général Ben Ali. « C’est difficile à raconter, mais voilà, j’ai perdu ma dignité. Non, bien plus, j’ai perdu mon humanité. » Rescapé des « caves chantantes » du « ministère de la torture », Manaï publie un témoignage courageux, le terrible récit- mais non dénudé d’humour- des nombreuses semaines qu’il a passées dans ce qu’il appelle le « jardin secret du président Ben Ali ». La première « séance de travail » a duré dix heures, pour un brouillon de lettre jamais expédiée à l’ancien premier ministre Mohamed Mzali.


Général décoré
C’est la Tunisie qu’on ne veut pas voir qu’Ahmed Manaï décrit. En vitrine : la mer, le sable fin des dépliants touristiques et le thé à la menthe. En 1989, Alain Poher, président du Sénat, décernait à Ben Ali le prix Louise- Michel des droits de l’homme. La « vierge rouge » a dû faire un tour complet dans sa tombe. Et comme le régime n’est pas à une hypocrisie près, le même Ben Ali a ratifié la Convention internationale contre la torture et les traitements dégradants.
Derrière le décor, le pain, dont le prix se maintient mais dont le poids diminue, « la légendaire couardise des hommes politiques tunisiens », la torture et son cortège de « faux suicides ». Enfin, comme l’a connu l’auteur, l’exil et l’angoisse d’éventuelles représailles sur sa famille.
Sous prétexte de lutter contre les intégristes, Paris cultive l’amitié d’un président « plus proche de Bokassa que de Hassen II », selon l’auteur. D’où la crainte que la parution d’un tel livre ne provoque, avec le général Ben Ali, une crise semblable à celle que connurent les relations franco- marocaines après la publication de « Notre ami le roi » par Gilles Perrault.
S.M.


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