| Genève
: Alors que les opposants dénoncent le durcissement
de la répressio
Le président Ben Ali en visite éclair
à l’ONU
Invité
par le Bureau international du travail, le président
tunisien n’est resté que quelques heures
à Genève.
De mémoire
de fonctionnaire international, on ne se souvient
pas d’une visite de chef d’Etat qui
ait provoqué pareilles mesures de sécurité.
La majorité des parkings du Palais des Nations
ont été bouclés, la presse
est restée à l’écart.
Et l’exposition inaugurée hier par
le président tunisien Ben Ali « De
Kairouan à Carthage : esprit des lois et
tolérance » n’a été
suivie que par des personnalités tirées
sur le volet.
Invité d’honneur de la 82è session
de la Conférence internationale du travail,
le président tunisien a néanmoins
prononcé auparavant un discours dans lequel
il a assuré que son pays « avait placé
l’emploi au premier rang des priorités
nationales ». Dans ce texte très général,
Ben Ali a en outre tenu à souligner «
l’importance que la Tunisie accorde aux Droits
de l’homme », qui représentent
« le fondement sur lequel nous avons édifié
les rapports sociaux de notre pays ».
Des milliers de prisonniers politiques.
La présence aux portes de l’ONU, de
quelques dizaines de manifestants explique peut-être
en partie le caractère confidentiel de cette
visite. Des opposants en exil ont donné de
la voix depuis quelques jours pour témoigner
des violations des droits de l’homme qui sont
commises dans le pays depuis l’accession au
pouvoir de Ben Ali, en 1987.
Autour de l’ancien prisonnier politique Ahmed
Manaï, qui vient de publier un livre sur le
»Supplice tunisien », ces opposants
ont dénoncé l’existence d’une
répression qui s’étendrait à
toutes les tendances politiques « sous prétexte
de faire barrière à l’intégrisme
». Selon M.Manaï, il y aurait actuellement
entre 4000 et 10.000 prisonniers politiques, dont
le statut n’est pas même reconnu et
qui auraient été condamnés
pour des charges « qui n’ont rien à
voir avec la politique ».
Au mois de mai, le parti du président Ben
Ali, le rassemblement constitutionnel démocratique
(RCD)……………
-ne sont, aux yeux de ces opposants qu’une
manière pour lui de se donner un semblant
de respectabilité internationale ».Dénonçant
le fait que Ben Ali ait autorisé à
se rendre en Suisse, ces opposants assurent que
le président poursuivrait le même objectif
en tentant de se faire inviter par le Conseil fédéral.
Selon le Département fédéral
des affaires étrangères (DFAE), le
président tunisien n’aurait pas demandé
à être reçu de manière
officielle à Berne. Même réponse
du côté des autorités genevoises.
En rappelant que la Suisse entretient avec la Tunisie
de bonnes relations diplomatiques, le DFAE, par
la voix du porte- parole Christian Meuwly, souligne
que la Suisse se contente, lors des visites de ce
type, de faciliter le travail des organisations
internationales.
L’accession à la présidence
de Ben Ali a coïncidé dans le temps
avec l’apparition des craintes occidentales
face à la naissance du phénomène
intégriste en Afrique du Nord. La Tunisie
compte d’ailleurs une mouvance islamiste dont
les principaux dirigeants sont en exil. Mettant
en avant les bons résultats économiques
obtenus (4% de croissance en moyenne depuis 1987),
le pouvoir insiste à souhait sur «
la stabilité politique dont bénéficie
la Tunisie ».
Les opposants ne mettent pas moins en garde devant
une situation qu’ils qualifient de «
pré-algérienne ». A leurs yeux,
face à l’autoritarisme du régime
et à un endettement par habitant qui est
comparable à celui de leurs voisins algériens,
les Tunisiens pourraient devenir de plus en plus
nombreux à être tentés par une
solution extrémiste.
Luis Lema
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