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La
face sombre de la Tunisie.
Dictature
: Réélu avec 99, 9% des voix à
la tête d’un Etat policier et corrompu,
Le général Ben Ali, en visite à
Genève, profite bien de la peur des islamistes.
Jardin balnéaire, perle des agences de voyages,
on l’a parfois appelée « la suisse
de l’Afrique » et beaucoup encore la
croient paisible, épargnée des turbulences
du sud de la Méditerranée. Quand,
en novembre 1987, Zine Ben Ali fait son «
coup d’Etat médical » pour prendre
la place du vieux Bourguiba et multiplie les promesses
démocratiques, l’accueil est optimiste.
Il l’est d’autant plus qu’il faut
un homme résolu pour « éradiquer
»les islamistes, tâche dont il s’acquittera
d’ailleurs rapidement. Il le restera donc
longtemps, même si, dès 1988, une loi
punit de l’emprisonnement toute « action
de démocratisation de la nation »…
La Tunisie a aujourd’hui l’un des régimes
les plus impitoyables du monde arabe. Toute opposition,
quelle qu’elle soit, est tuée dans
l’œuf. Les prisons recèlent des
milliers de prisonniers politiques, la torture est
généralisée et aurait abouti
à plusieurs dizaines de morts. L’économie
privée ferait l’objet d’un racket
systématique au profit de la famille du chef
de l’Etat, plébiscité l’an
dernier (99,9% des voix) après la mise à
l’écart de tout rival. Le 23 mai dernier,
son parti a encore triomphé aux municipales
avec 99,86% des voix.
Dans un livre récent intitulé «
Supplice tunisien », récit de son incarcération
avec tortures en 1991, l’islamiste modéré
Ahmed Manaï évoque des cas de femmes
arrêtées et photographiées nues
en vue d’intimider leurs maris. Selon Amnesty
International, des centaines de femmes subissent
des sévices sexuels. « N’importe
quel commissaire sait qu’il peut accuser une
fille de connivence avec les islamistes, pour la
soumettre à un chantage sexuel », affirme
pour sa part un Tunisien exilé.
La lutte contres des « complots islamistes
» réels ou imaginaires permet tous
les abus. Ancien chef de la sécurité
et ministre de l’intérieur, ambassadeur
à Varsovie à l’époque
de Jaruzelski, Ben Ali, disent ses opposants, est
resté un policier de l’ombre. Il ne
donne jamais de conférences de presse et
évite les discours. Longtemps, il parvient
tout de même à conserver une bonne
image à l’extérieur en promouvant
une législation modèle, en garantissant
la laïcité de l’école,
en évitant le voile aux femmes. Mais entre
les discours et la réalité, il y a
« un abîme », dit Amnesty. Et
le régime en finit par tomber, aux yeux d’un
opposant, dans une « arrogance inexplicable
» qui pourrait se retourner contre lui. La
récente parodie des municipales a suscité
quelques incidents inhabituels ( voitures incendiées)
et Ahmed Manaï décèle les prémices
d’une explosion sociale. Sur le plan économique,
des investisseurs étrangers, découragés
par les infiltrations policières et le racket,
plient bagage : plusieurs entreprises suisses auraient
ainsi été lésées.
Est-ce pour cela que Ben Ali n’a pas droit
à une invitation officielle à Berne,
après sa visite à l’Organisation
internationale du travail ? « Il n’en
a pas formulé la demande et nous ne l’avons
pas prévue », se contente de dire le
Département des affaires étrangères.
Mais qu’on n’aille surtout pas en déduire
que les relations avec la Tunisie ne sont pas «
bonnes ». Ce qui fait dire à un avocat
tunisien que « l’Occident n’a
toujours pas tiré les leçons de la
chute du Chah d’Iran ».
A.M
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