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La
visite controversée du président tunisien
en suisse
Un ancien prisonnier politique dénonce
la venue de Ben Ali à Genève.
Le chef d’Etat est invité par le Bureau
international du travail.
Compte tenu des
faits, très graves reprochés au régime
tunisien et à son président, le général
Ben Ali, on se demande pourquoi le secrétariat
général de l’Organisation internationale
du travail (OIT), à Genève, a invité
le dirigeant de Tunis à venir inaugurer,
demain à la Bibliothèque du Palais
des Nations, une exposition intitulée : «
De Kairouan à Carthage ; esprit des lois
et tolérance ». Les adversaires de
Zine Ben Ali, qui lui ont préparé
un « comité d’accueil »,
avancent une explication. C’est la conférence
internationale des syndicats libres qui aurait,
en remerciement à la Tunisie pour sa contribution
au dialogue proche- oriental, encouragé l’OIT
à faire un geste ne direction du président
Ben Ali. Par contre, ni la Confédération,
ni le gouvernement genevois ne rencontrent ce dernier.
Hier à Genève, des opposants au régime
tunisien, parmi lesquels Ahmed Manaï, ancien
prisonnier politique torturé par ses geôliers,
ont tenu à dénoncer la visite du président.
La Tunisie nourrit encore chez certains l’image
de la Suisse de l’Afrique du Nord, parallèle
autrefois accolé au Liban pour le proche-
Orient et, il n’y a pas si longtemps, au Rwanda
pour l’Afrique noire ? Il faut briser cette
image, ont dit ces opposants à Ben Ali. Et
le témoignage d’Ahmed Manaï, rapporté
dans un livre*, est accablant pour l’ancien
ministre de l’intérieur de Bourguiba,
devenu président à la faveur d’un
« coup d’Etat médical »,
en 1987, contre le vieillard cacochyme, héros
de l’indépendance tunisienne.
Agronome de formation, expert auprès de l’ONU,
aujourd’hui exilé à Paris, Manaï
a eu le tort, aux élections législatives
de 1989 auxquelles il se présentait, de se
réclamer d’un humanisme religieux.
Or Ben Ali pourchasse tous ceux qui, de près
ou de loin, fraient avec les islamistes. Interdits
d’existence partisane, ceux-ci sont réduits
au silence. Et comme toute contestation de son pouvoir
ne peut servir, selon lui, que les intérêts
du pôle islamiste, il en profite pour faire
taire toute opposition réelle. Dans son rapport
de 1994, Amnesty International recensait 2000 prisonniers
politiques en Tunisie, en 1993. Le recours à
la torture, ajoute l’organisation, est une
pratique courante dans les locaux du ministère
de l’Intérieur.
Visiblement apeuré à l’idée
que ses propos puissent contrarier le président
Ben Ali, le secrétaire général
de l’Union générale des travailleurs
tunisiens (UGTT) et vice-président de la
CISL, Ismaïl Sahbani, explique, en signifiant
son approbation, que son pays agit envers les islamistes
comme à l’époque, l’Italie
vis-à-vis des terroristes, issus des brigades
rouges. Mais l’Etat ne torture pas. Nous nous
élèverions contre une telle pratique
».
« Supplice Tunisien », La Découverte,
1995.
Antoine Menuisier
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