Julia Ficatier
Qui peut affirmer qu’un pays, quel qu’il
soit, même le plus démocrate, n’ait
pas ses zones d’ombre ? Sur l’épineuse
question des droits de l’homme, aucun pays
au monde ne peut se targuer d’être
exempt de critiques. Mais le chemin vers la démocratie
et la défense des droits de l’homme
est encore plus long pour les pays dits «
du sud ». Il n’est pas un jour où
une information, une déclaration d’un
dirigeant ou la sortie d’un livre, n’
remette aux premières loges des violations
des droits de l’homme. La Tunisie, pays
de lumière, de plages et de soleil pour
les gens du Nord souffre aussi de ce mal Ahmed
Manaï, tunisien, agronome et expert international
auprès de l’ONU, qui a toujours voulu
croire à la démocratie, a souffert
dans « le jardin secret du général
Ben Ali », le président de Tunisie.
Il raconte dans un ouvrage au titre parlant, Supplice
tunisien son calvaire à l’occasion
d’un retour à Tunis.Ahmed Manaï
a donc cru au départ à la bonne
foi démocratique du nouveau régime
: comme il l'écrit, « la défense
des droits de l'homme connut une première
victoire avec l'installation à Tunis en
mars 1988 d'une section d'Amnesty International
puis la ratification, en juillet de la même
année, de la Convention des Nations Unies
sur la torture et les traitements cruels, inhumains
et dégradants. La vitrine étant
prête, les bourreaux pouvaient travailler
en toute sécurité dans l'arrière
boutique ». Manaï a eu le tort de vouloir
se présenter, en indépendant aux
élections législatives d'avril 1989
!
C'est, du même coup, la descente aux enfers,
la prison, la torture pour un homme qui, à
sa sortie de prison, avant d'être contraint
à l'exil, dira en pleurant à un
passant : « C'est difficile à raconter,
mais j'ai perdu ma dignité. Non, bien plus,
j'ai perdu mon humanité. » Comment
ne pas espérer que ce témoignage
bouleversant, qui gêne aujourd'hui les autorités
tunisiennes, mette un frein, si ce n’est
un arrêt, à de telles pratiques ?
On l'a bien vu ailleurs.
Julia FICATIER