Directeur: Ahmed Manaï

Rencontre

Actes de rencontre :  Tortures, prisons et prisonniers politiques en Tunisie
Actes de la rencontre organisée le 26 juin 1999 à Paris à l'occasion de la Journée internationale des Nations unies en soutien aux victimes de la torture
26.06.1999 

Ahmed Amri
Union générale tunisienne des étudiants en France


Je venais pour parler au nom de Radhia, au nom de Rachida et de Saida Chabbi mais vu qu'il y a autre chose de plus important, que nos amis, nos anciens collègues sont encore en prison, j'ai préféré parler au nom des étudiants tunisiens. Mais je veux d'abord remercier tous ceux qui ont aidé à la libération de Radhia, de Rachida et de Saida. La dernière information, c'est que les trois dames libérées ainsi que Nizar Charif sont toujours soumis au contrôle policier. A titre d'exemple, Radhia se déplace tous les jours de trente kilomètres à l'office de police le plus proche du village. Elle est toujours accompagnée de sa mère âgée de 67 ans, qui a peur que sa fille ait un autre sort. Il en est de même pour les autres.

Je parle donc au nom de l'Union générale tunisienne des étudiants en France et je remplace M. Karim Azzouz qui n'a pu être là.

Pour mémoire, l'Union générale tunisienne des étudiants, qui était interdite avant 1987, lors de l'arrivée au pouvoir de Ben Ali, a été reconnue légalement comme syndicat mais nous avons été confrontés à des situations un peu diverses, surtout lors de la Guerre du Golfe et avec la dégradation de la situation des droits de l'homme en Tunisie. On ne pouvait pas, comme étudiants, être loin de ce combat-là, combat de liberté. Donc, on était tous engagés pour que tout le monde ait la parole, ait le droit de parler et de dire son opinion sans crainte. C'est ce qui a poussé les autorités tunisiennes à interdire, en avril 1991, le syndicat et à commencer à arrêter tous les responsables et militants. J'étais responsable régional de Monastir, puis de Sfax. Je n'ai par chance pas été arrêté.

On a essayé récemment de faire un petit recensement pour voir combien d'étudiants étaient en prison. On n'a pas pu. Plusieurs d'entre eux ont été libérés puis remis en prison. On ne sait donc pas le nombre exact, mais il y en a encore des centaines en prison. De plus, les étudiants libérés n'ont pas le droit de poursuivre leurs études et ceux qui les ont poursuivies - ils sont peu nombreux - n'ont pas le droit de travailler. Les étudiants qui sont toujours en prison ont essayé, par la grève de la faim et par d'autres moyens, d'avoir le droit d'étudier, mais ils en ont été empêchés jusqu'ici.

En plus des étudiants, je tiens à citer les élèves, dont l'un, Moncef Dhibi a été arrêté en 1991 et condamné à 8 ans de prison et là, il se voit prolongé de 3 ans de prison, sans être averti.

Je voudrais parler d'un exemple-type, qui est Abdellatif El Mekki, ancien secrétaire général de l'UGTE, l'un des cas les plus connus, victime de tortures. Il a été arrêté avant 1987 et libéré en décembre 1987, puis de nouveau arrêté en mai 1991 et condamné à 10 ans et 11 mois de prison. Il se plaint de lombalgies chroniques depuis 1987. Ils l'avaient fait tomber de haut pendant les tortures en 1987. Il se plaint aussi d'ulcères, de varices. Il a été hospitalisé à deux reprises à l'hôpital de Sfax, il y a un an. Il a énormément maigri. Il faisait une taille de 52-54. Là, il fait une taille de 40. Il a un enfant qu'il n'a vu qu'une fois.

L'UGTEF a besoin de votre aide à tous, d'abord pour le recensement, ensuite pour nous aider à éclairer l'opinion française et internationale sur la situation des étudiants qui ont été emprisonnés à 18, 20 ou 25 ans et qui maintenant ont 35 ans. Qu'est-ce qu'ils veulent faire de ces gens-là? Ils veulent faire un exemple-type: c'est que personne ne pourra parler, sous peine d'avoir le même sort que les étudiants en 1987 et 1991.

Rencontre organisée le 26 juin 1999 | Actes de la rencontre 

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