Directeur: Ahmed Manaï

Rencontre

Actes de rencontre :  Tortures, prisons et prisonniers politiques en Tunisie
Actes de la rencontre organisée le 26 juin 1999 à Paris à l'occasion de la Journée internationale des Nations unies en soutien aux victimes de la torture
26.06.1999 

Fadhel Beda
Solidarité tunisienne

Je voudrais tout d'abord remercier les organisateurs de la présente conférence pour cette heureuse initiative, ô combien importante pour des gens étouffés et oubliés dans leurs prisons et qui n'ont d'espoir pour briser le mur de silence que leur foi et votre voix.

Je suis tout à fait d'accord avec les interventions et témoignages qui nous ont dressé une situation dramatique et scandaleuse des prisons tunisiennes. Pour ma part, je voudrais insister sur un phénomène qui est devenu une "spécificité tunisienne": il s'agit de l'isolement et des différentes formes qu'il peut prendre, selon plusieurs témoignages qui ont convergé pour affirmer que la pratique de l'isolement est une forme de torture organisée et systématique.

Cette mesure discriminatoire, puisque appliquée uniquement aux prisonniers politiques, vise à briser ces derniers en les coupant des mondes intérieur et extérieur.

Pour mettre en oeuvre cette politique de destruction, les autorités pénitentiaires ne lésinent pas avec les moyens: la dégradation de la nourriture, la privation des soins, l'interdiction de tout mouvement et de toute activité en dehors de la cellule, rendre la visite éprouvante et le plus souvent impossible, privation du droit à l'information (médias et presse), interdiction de tout contact avec les autres détenus et les agents surveillants, la violence, l'humiliation, le chantage, l'agression sexuelle sont des pratiques courantes dans les prisons tunisiennes. Les commanditaires et les exécutants de ces mesures inqualifiables courent toujours et continuent d'infliger supplices et "mort lente" à leurs victimes en toute impunité, en dépit des contestations et des plaintes venues de l'intérieur (grèves de la faim, correspondance...) et de l'extérieur (rapports, actions urgentes, communiqués, conférences...).

Cette situation, qui dure maintenant depuis dix ans pour la plupart des détenus, devient de plus en plus éprouvante et usante pour un certain nombre d'entre eux, auxquels la machine répressive et torturante du régime a réservé un châtiment particulier. Il s'agit notamment des dirigeants islamistes d'Ennahdha qui, outre les lourdes peines prononcées à leur encontre, subissent de mauvais traitements et des formes diverses d'isolement. Nous citons à titre d'exemple: l'isolement de durée indéterminée pour M. Ali Larayedh, ex-porte-parole d'Ennahdha, M. Hammadi Jebali, ancien directeur de l'hebdomadaire El Fejr, le professeur Sadok Chourou, Ali Zeroui, Mohamed Arkout, Habib Ellouz, ex-porte-parole d'Ennahdha. Il y a ensuite l'isolement prolongé pour Abdelkarim Harouni, ex-Secrétaire général de l'UGTE, Ajmi Ourimi, Abdelhamid Jelassi, Ahmed Labyedh, Sahbi Atig et d'autres anciens détenus tels que Mohamed Moada, président du MDS, Me Béchir Essid, le Dr Moncef Ben Salem... Il y a aussi l'isolement combiné avec d'autres sanctions - tous les prisonniers politiques ont dû passer par ce type de mesure - et enfin, l'isolement répété...

Pour conclure, je voudrais dire à tous les opposants et militants qui croupissent dans les prisons tunisiennes que nous compatissons avec votre douleur, que nous sommes solidaires de votre combat et que nous sommes déterminés à défendre votre cause.

Je profite de cette occasion pour lancer un appel à tous les défenseurs des droits humains, vous en particulier, pour que cette rencontre soit l'ébauche d'une campagne réclamant l'élargissement de tous les prisonniers d'opinion en Tunisie.

Rencontre organisée le 26 juin 1999 | Actes de la rencontre 

 

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